La ville de Kinshasa, en République démocratique du Congo, fait face à des coupures intempestives d’électricité ces derniers jours. Cette situation a été décriée par des internautes congolais en général et kinois en particulier. Comment expliquer ces coupures ? Quelles en sont les raisons et quelles solutions pour améliorer la desserte en électricité à Kinshasa et sur l’ensemble du territoire national ?
Le directeur général de la Société nationale d’électricité (SNEL), Teddy Lwamba, a répondu à ces préoccupations au cours d’un briefing presse coanimé avec le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya.
D’entrée de jeu, le DG de la SNEL a expliqué que son entreprise dispose d’une capacité de production de 2 800 mégawatts, mais que la puissance actuellement disponible varie entre 1 900 et 2 000 MW pour desservir l’ensemble du pays.
Pour Kinshasa, Teddy Lwamba a souligné que la puissance disponible a connu une légère amélioration depuis 1989, alors que la population de la capitale est passée d’environ 4 millions à près de 20 millions d’habitants.
« Vous avez, par exemple, la ville de Kinshasa qui avait une énergie presque de 580 MW depuis 1989 avec 4 millions d'habitants, mais aujourd'hui nous sommes autour de la même puissance avec une légère augmentation vers 600 MW en pic, mais on a aussi atteint un pic historique de 700 MW, mais avec 20 millions d'habitants. Face à cette situation, la SNEL a créé une politique de délestage. Il s'agit de quoi ? Il s'agit de roter la même quantité d'énergie pour couvrir différentes personnes », a-t-il fait savoir.
Concernant les raisons des coupures, notamment à Kinshasa, le DG de la SNEL a d’abord souligné que la disponibilité de l’électricité est saisonnière, la RDC produisant principalement de l’hydroélectricité. Il a notamment évoqué la baisse « drastique » du niveau des eaux durant la période allant de juillet à mi-octobre.
« Vous devez avoir à l'esprit que la disponibilité est saisonnière. Il pleut pour une certaine période de l'année et pas une autre. Et ce sont réserves d'eau dans nos cours d'eau qui nous permettent de produire. Dans cette période particulièrement, partant de juillet à mi-octobre, il y a une baisse drastique d'eau. Ce qui fait que pour des raisons de contrôle d'équipements, il y a des machines qui sont mises à l'arrêt volontairement parce que l'ingrédient de base qui devrait permettre que ça tourne n'est pas suffisant », a expliqué Teddy Lwamba.
Il a également évoqué la mise à l’arrêt du groupe G25 pour contrôle technique, après une période au cours de laquelle la puissance injectée dans le réseau de Kinshasa avait atteint un pic de 700 MW.
« [...] aujourd'hui nous avons atteint un pic d'injection de puissance sur Kinshasa, du 11 juin au 15 juillet, de 700 MW. Une période festive de Coupe du monde et tout le monde était desservi. À la fin de cette période, malheureusement nous sommes arrivés à sortir le G25 du réseau pour le contrôle technique. Subsidiairement à ça, il y a la baisse d'eau qui arrive, aujourd'hui nous sommes entre 390 et 450 MW si nous rajoutons les 50 MW que nous reprenons chaque soir du secteur industriel pour injecter dans la population », a-t-il précisé.
Dans l’entre-temps, des efforts ont été entrepris pour améliorer la capacité d’injection de puissance dans la capitale. Selon Teddy Lwamba, l’installation de nouveaux transformateurs, notamment à Makala et Utexco, a permis d’obtenir un gain supplémentaire de 140 MW.
Centrale flottante comme solution urgente
Pour améliorer la desserte en électricité à travers la République démocratique du Congo, la SNEL mise notamment sur les centrales flottantes, une expérience déjà mise en œuvre dans certains pays africains.
Cependant, le DG Teddy Lwamba a fait savoir que l’adoption de cette solution nécessiterait des réformes, notamment en raison de son coût, qui serait supérieur aux capacités financières actuelles de la SNEL.
« La solution d'urgence que nous avons et qui est la plus classique, c'est de faire du photovoltaïque, mais le photovoltaïque, c'est entre 6 et 12 mois. Alors, nous avons une solution. En observant la tendance de consommation de l'énergie des autres pays africains, c'est qu'il y a un opérateur turc qui construit ses propres centrales qui sont des centrales flottantes qui ont permis aujourd'hui à desservir cette solution au Ghana. Le Ghana, qui a intégré 60% de ses productions via ces centrales flottantes, a permis un essor économique avec l'exploitation de l'or. La même chose est appliquée au Nigeria et au Kenya. Pourquoi pas nous ? Nous avons dit que nous allons sauter sur cette opportunité. Mais ça appellera de grandes réformes pour financer cette opération parce que le coût serait supérieur à ce que nous avons », a-t-il précisé.
Au cours de ce briefing presse, le DG de la SNEL a également rejeté les accusations d’incompétence portées contre lui. Teddy Lwamba a affirmé que la société publique ne souffre pas d’un problème de leadership et dispose, selon lui, de l’une des meilleures administrations du pays.
Il a, par ailleurs, appelé au renforcement du rôle de l’État dans le secteur de l’électricité afin d’améliorer la desserte à travers le pays.
Prince Mayiro