Les travaux des Rocades Sud-Est et Sud-Ouest de Kinshasa se poursuivent, avec un taux d’avancement global estimé à plus de 50 %. Au cœur de ce vaste chantier routier, l’échangeur de Mitendi, dans la commune de Mont-Ngafula, constitue l’un des ouvrages majeurs appelés à assurer la connexion entre les deux axes de la rocade.
Mais alors que les travaux avancent sur plusieurs fronts, leur rythme reste affecté par les opérations d’indemnisation et de libération des emprises occupées par les propriétaires concernés.
Le projet des Rocades de Kinshasa prévoit la construction d’un corridor routier d’environ 73 kilomètres, reliant les parties sud-est et sud-ouest de la capitale, avec pour objectif de faciliter la circulation entre plusieurs communes et de réduire la pression exercée sur les principaux axes existants.
Le projet comprend notamment trois ponts majeurs et un échangeur à trois niveaux. Son coût global est estimé à plus de 395 millions de dollars américains, tandis que l’achèvement des travaux est prévu pour septembre 2027.
L’échangeur de Mitendi occupe une place stratégique dans cette infrastructure. Il doit permettre de connecter la Route nationale n°1 (RN1) à la Rocade Sud-Ouest, créant ainsi un point de liaison important entre l’axe Kinshasa-Matadi et le nouveau corridor routier.
Conçu comme un ouvrage structurant, l’échangeur doit organiser les différents mouvements de circulation au croisement de la RN1 et de la Rocade Sud-Ouest.
« L’échangeur comporte quatre bandes de 7,3 mètres de largeur de chaque côté. Ce qui bloque l’évolution du chantier pour l’instant, c’est la démolition des maisons qui se trouvent sur le tracé et qui n’ont pas encore été indemnisées », explique le chef de chantier de l’échangeur de Mitendi.
Selon lui, les habitants de la zone accueillent favorablement la réalisation de l’infrastructure.
« Les habitants du coin sont très contents de la construction de l’échangeur et de la rocade. Cette route va permettre de désengorger et lutter contre les embouteillages dans la ville de Kinshasa », ajoute-t-il.
À terme, les usagers venant de la RN1 pourront accéder directement à la Rocade Sud-Ouest, tandis que le trafic provenant de la rocade pourra rejoindre la RN1 sans dépendre des conditions actuelles de circulation au niveau du carrefour.
Pour les habitants riverains, le chantier représente également une perspective de désenclavement et de développement de cette partie de Mont-Ngafula.
Propriétaire d’une parcelle à proximité de la rocade, Justin Mutagata se dit particulièrement satisfait de voir l’échangeur prendre forme.
« Je suis très content de voir la construction de l’échangeur. J’ai le sentiment que c’est Dieu qui nous a fait grâce. Il y avait une menace imminente d’une érosion ici. Il y a quelques années, j’ai été victime des érosions qui ont emporté une partie de ma maison », témoigne-t-il.
Pour lui, la nouvelle infrastructure pourrait contribuer à transformer l’image de Mitendi et à améliorer les conditions de circulation.
« Ces travaux vont nous aider à développer Mitendi, que beaucoup ne considèrent pas comme faisant partie de Kinshasa. Ces travaux vont également permettre de désengorger les embouteillages. Il y a des gens qui ne voulaient plus vivre ici à cause des embouteillages, mais avec cette nouvelle route, nous pensons que ce problème sera résolu », poursuit-il.
Justin Mutagata relève toutefois plusieurs difficultés susceptibles d'affecter la poursuite du chantier.
« Il y a trois difficultés dans la poursuite des travaux : les installations de la Regideso et de la SNEL, les indemnisations des propriétaires des parcelles qui se trouvent sur le tracé. Si rien n’est fait rapidement pour garantir la poursuite des travaux, tout ce qui est fait ici peut s’écrouler puisque nous avons vécu ça dans le passé », prévient-il.
La question des emprises constitue ainsi l’un des principaux enjeux pour la progression du projet. Lors de la visite de la Première ministre Judith Suminwa en mai 2026, les autorités avaient fait état de près de 3 000 propriétés affectées par les opérations d’expropriation le long du tracé des Rocades Sud-Est et Sud-Ouest.
Pour permettre l’avancement du projet, les parcelles concernées doivent être identifiées, évaluées et indemnisées avant leur libération.
Du côté des opérations d’expropriation, les responsables présents sur le chantier assurent que le processus avance.
« Je suis Adrien Ngodi, notable de Mitendi et je fais partie de la GREC-8, chargé de l’expropriation. Cette route est pour l’intérêt de la population. Vous avez vu comment nous avons fait cet échangeur. Pour y arriver, nous avons dû exproprier certaines parcelles avant même d’avoir indemnisé les propriétaires, mais aujourd’hui, tout le monde a été servi », affirme-t-il.
Pour les autres zones encore concernées par le processus, il appelle les propriétaires à finaliser les démarches administratives.
« Pour le reste du tronçon de 21 et 18 kilomètres, nous demandons à la population d’aller signer le protocole d’accord pour être mise sur la liste de ceux qui seront payés prochainement », ajoute Adrien Ngodi.
Le gouvernement a également interdit toute nouvelle construction dans les emprises réservées aux rocades et prévu la protection d’une bande provisoire de 100 mètres, soit 50 mètres de part et d’autre de l’axe.
L’avancement du projet ne se limite pas à l’échangeur de Mitendi. Plusieurs travaux sont exécutés simultanément sur différents tronçons, notamment les terrassements, les ouvrages d’art et les travaux préparatoires à la réalisation des différentes chaussées.
Le 8 août 2026, une nouvelle étape a notamment été franchie avec la pose de la première poutre en T préfabriquée de 30 mètres destinée au pont de la Lukaya. Cette opération marque le début des travaux de superstructure de cet ouvrage.
Le chef de chantier du pont de Lukaya détaille les caractéristiques de l’infrastructure.
« Ce pont a une longueur de 180 mètres. Nous avons six ranges, nous avons également sept panneaux de poutres. Nous avons chacun une marche piétonne d’un mètre de chaque côté du pont. Il ne reste plus que quelques travaux de finition. Nous avons déjà posé les poutres. La longueur du pont est de 180 mètres et une largeur de 17 mètres », explique-t-il.
Ces différentes étapes témoignent de la progression du chantier, malgré les contraintes rencontrées sur certaines zones du tracé.
Pour les habitants de Mitendi, l’enjeu dépasse la seule réalisation d’un nouvel ouvrage routier. La rocade doit améliorer les liaisons avec d’autres parties de Kinshasa et faciliter les déplacements quotidiens.
« Cette route est d’une importance capitale pour nous. Avec cette route, je peux aller un peu partout à Kinshasa, ce qui n’était pas le cas avant », témoigne Alphonsine Baseya, habitante de Mitendi.
L’ouvrage devrait également contribuer à une meilleure répartition des flux entre l’ouest, le sud-ouest et le centre de la capitale, tout en favorisant les activités économiques le long du nouveau corridor.
À court terme, cependant, la réalisation de l’infrastructure impose des contraintes aux usagers, notamment avec la fermeture temporaire d’une partie de la RN1 au niveau de Mitendi.
Depuis le 23 août 2026, une partie de cet axe est fermée à la circulation pour une période prévue de douze mois. Une voie provisoire a été aménagée afin d’assurer la continuité du trafic pendant les travaux.
Cette configuration permet à l’entreprise China Railway Engineering Corporation (CREC 8) de poursuivre les opérations sur le site tout en maintenant une circulation alternative pour les usagers.
À l’échelle des deux Rocades, l’avancement global du chantier dépasse désormais 50 %. Plusieurs travaux sont menés simultanément sur les différents tronçons, alors que les opérations d’expropriation et de libération des emprises se poursuivent dans les zones encore concernées.
Avec un taux d’avancement supérieur à 50 %, le chantier des Rocades de Kinshasa est désormais engagé dans une phase déterminante.
L’échangeur de Mitendi représente l’un des ouvrages clés de cette infrastructure. Sa réalisation doit permettre d’assurer la connexion entre la RN1 et la Rocade Sud-Ouest, tandis que les autres ouvrages d’art doivent progressivement compléter le nouveau corridor routier.
L’objectif fixé reste une livraison globale en septembre 2027. Le respect de cette échéance dépendra notamment de la poursuite des travaux techniques, mais aussi de la vitesse d’exécution des opérations d’indemnisation et de libération des emprises.
À terme, les Rocades Sud-Est et Sud-Ouest doivent offrir à Kinshasa une nouvelle liaison routière de 73 kilomètres, avec l’ambition de mieux répartir les flux de circulation et de renforcer la connexion entre les différents pôles de la capitale.