La République démocratique du Congo (RDC) juge « moralement indéfendable » l’organisation d’un Grand Prix de Formule 1 au Rwanda, annoncée pour le début des années 2030, en raison de l’implication présumée de Kigali dans la guerre dans l’Est congolais.
Cette position a été exprimée par la ministre congolaise des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, dans une déclaration adressée, jeudi 15 octobre, à Stefano Domenicali, président-directeur général de la Formule 1.
« En février 2025, j’ai averti Stefano Domenicali et les autorités de la Formule 1 que permettre au Rwanda d’accueillir un Grand Prix serait moralement indéfendable », rappelle la cheffe de la diplomatie congolaise dans ce document.
Kinshasa ne remet toutefois pas en cause le principe du retour de la Formule 1 sur le continent africain, absent du calendrier depuis 1993.
« La RDC se félicite du retour de la Formule 1 en Afrique », écrit Thérèse Kayikwamba Wagner, tout en dénonçant le choix du Rwanda, qui offrirait, selon elle, une importante vitrine internationale au président Paul Kagame.
« Donner à Paul Kagame cette tribune contribuerait à redorer l’image d’un dirigeant autoritaire dont le gouvernement a contribué à alimenter une guerre dévastatrice dans notre pays », poursuit-elle.
La ministre fait ainsi référence au conflit qui oppose les forces congolaises au mouvement rebelle M23 dans l’Est de la RDC. Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir ce groupe, une implication également dénoncée dans plusieurs rapports internationaux.
La cheffe de la diplomatie congolaise établit également un lien entre ce conflit et l’exploitation des ressources naturelles.
« L’exploitation illégale des minerais congolais profite directement au Rwanda », affirme-t-elle, accusant des minerais extraits en RDC d’être introduits clandestinement au Rwanda avant d’être exportés depuis ce pays.
Cette déclaration intervient alors qu’en mars 2026, les États-Unis ont sanctionné l’armée rwandaise ainsi que quatre hauts responsables militaires pour leur implication présumée dans la déstabilisation de la région, les opérations militaires en RDC et leur soutien au M23.
Pour Kinshasa, l’enjeu dépasse donc le seul cadre sportif. La RDC estime que l’organisation de cette course doit également tenir compte du contexte sécuritaire et de l’origine des financements mobilisés.
« Un Grand Prix ne peut pas effacer ce bilan », tranche Thérèse Kayikwamba Wagner, qui réclame « des garanties crédibles et indépendantes » sur l’origine des fonds destinés à financer l’événement.
La RDC maintient par ailleurs son soutien à la candidature sud-africaine pour accueillir une course de Formule 1 sur le continent.
« J’ai déclaré l’année dernière que la RDC soutiendrait une candidature de l’Afrique du Sud pour accueillir une course, et nous maintenons toujours cette position », affirme la ministre.
Cette prise de position intervient trois jours après l’annonce officielle par la Formule 1 d’un accord de dix ans avec le Rwanda. Le futur circuit, qui devra répondre aux normes FIA Grade 1, sera construit à Bugesera, à environ 40 kilomètres au sud de Kigali, à proximité du nouvel aéroport international.
Alphonse Muderwa