[Tribune] Décédé au Maroc, Honoré Ngbanda échappe à une procédure judiciaire pour incitation à la haine raciale en France

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L’ancien sécurocrate du régime Mobutu, Honoré Ngbanda Nzambo ko Atumba, est décédé de la Covid 19 le dimanche 21 mars dernier à Agadir, coquette ville du sud-ouest marocain. C’est, en effet, dans la capitale de la région administrative Sous-Massa qu’il avait discrètement élu domicile depuis plusieurs années. Ancien chef de l’Agence nationale de documentation (services de renseignements du Zaïre), ministre de a Défense, et conseiller spécial en charge de la sécurité de Mobutu, lui aussi mort et enterré au Maroc en septembre 1997, il dirigeait une organisation dénommée Apareco, Alliance des patriotes pour la résistance congolaise, très hostile à tous les présidents qui se sont succédé au pouvoir depuis la chute du maréchal du Zaïre. Il ne saura jamais qu’une action savamment préparée était en train d’être déposée en justice contre lui pour incitation à la haine raciale. 

Viscéralement opposé au pouvoir de Kinshasa, Honoré Ngbanda était connu pour ses violentes diatribes contre les Tutsi, auxquels il déniait la nationalité congolaise, et qu’il présentait comme des occupants du Congo, et de ce fait, les vrais maîtres de l’ex-Zaïre dont les dirigeants ne seraient en réalité que des pantins entre les mains du président rwandais Paul Kagame. Selon  des observateurs, ce discours réveillait souvent la mémoire de la tristement célèbre radio des Mille collines qui, au Rwanda voisin, avait lourdement contribué au génocide perpétré contre les Tutsi en 1994. 

«Ces serpents de Banyamulenge … »

Un collectif comprenant des congolais basés à Kinshasa, en Belgique et aux Pays-Bas, avait entrepris de le traîner en justice pour incitation à la haine raciale, voire pour incitation au génocide. Le document de signalement que le collectif a envoyé au parquet de Paris sur conseil de l’organisation anti raciste français MRAP (Mouvement contre le racisme et l’antisémitisme et pour l’amitié entre les peuples) se base sur plusieurs vidéos de M. Ngbanda diffusées sur la chaîne YouTube de l’Apareco. 

Il était reproché à Honoré Ngbanda d’avoir, en date du 03 mars 2020, sur la chaîne YouTube de l’APARECO, dans la vidéo intitulée : «H.NGBANDA alerte : Nouvelle stratégie rwandaise pour arracher les terres congolaises (Faux dialogues)» (https://www.youtube.com/watch?v=rydgp6lMm64&t=360s), tenu les propos ci-après en langue Lingala, la langue la plus parlée de la République démocratique du Congo : «Mes frères, ces gens-ci contre qui nous nous battons, les Tutsi rwandais, sont devenus comme des rats, mais aussi comme des chats. Ils utilisent maintenant tous les moyens pour passer à la phase finale pour prendre nos terres. Ils ne viennent pas pour chercher le dialogue avec vous, ils cherchent plutôt vos signatures sur le document que vous signerez avec eux soi-disant pour la paix, pour le processus et tout ça, avec lesquelles ils iront mener une campagne à l’ONU et auprès de la communauté internationale, disant que c’est vous les chefs coutumiers Fulero et Bembe qui avaient convenu de leur céder la terre de vos ancêtres, de nos ancêtres». 

En date du 5 mars 2020, M. Ngbanda est accusé d’avoir, sur la chaîne youtube de l’APARECO, dans la vidéo intitulée : «(Lingala) ALERTE : La Croix Rouge australienne manipulée par les banyarwanda dit "banyamulenge" ?», disponible sur le lien 

https://www.youtube.com/watch?v=HPbZpPT1lnc&t=159s , évoquant un communiqué de la Croix Rouge australienne de la ville de Wollongong cherchant un emploi humanitaire pour une personne parlant Kinyarwanda, Kirundi et Kinyamulenge, tenu des propos en Lingala déniant aux Tutsi Banyamulenge leur nationalité congolaise, les accusant globalement d’user des «manœuvres mensongères», et d’être des étrangers qui veulent «ravir nos terres», affirmant notamment : 

«Cette Croix Rouge avait pourtant la possibilité de procéder aux vérifications, mais si elle est parvenue à diffuser un tel communiqué, c’est parce que ces serpents de Banyamulenge, de Rwandais, ont infiltré cette Croix Rouge d’Australie. Parce que, vous ne le savez pas mes frères, si aujourd’hui vous dîtes : Ooh, le Rwanda est un petit pays ! C’est vrai. D’autres disent : Vous avez laissé le Rwanda rentrer dans le pays, ils nous ont infiltré ! Sachez que ces gens-là n’ont pas infiltré que nous. Ils ont infiltré le monde entier, ça vous ne le savez pas. Cette Croix Rouge que vous voyez aujourd’hui n’est rien. Mais ils ont infiltré toutes les grandes institutions, qu’il s’agisse de l’ONU, de l’Union européenne, de l’Union africaine, de la Banque africaine du développement, de l’UNESCO, et même la Francophonie aujourd’hui, ils ont infiltré partout. Leurs hirondelles, leurs filles prostituées sont répandues partout chez les Blancs, et sont devenues leurs maîtresses. Comme les Blancs sont discrets de ce côté-là, vous les verrez seulement défendre une cause donnée mais vous n’en comprenez pas la raison».

«Bourrées d’agents et d’hirondelles tutsi rwandais»

 

Autres propos en cause : ceux en Français, tenus en date du 11 mars 2020, sur la chaîne YouTube de l’APARECO, dans une vidéo intitulée : «(Français) / ALERTE : La Croix Rouge australienne manipulée par les banyarwanda dit "banyamulenge" ?», disponible sur le lien https://www.youtube.com/watch?v=UIDNa65vtGM&t=323s, (en fait la version française de la précédente) : 

 

«Par aileurs, on ne saurait comprendre que la Croix Rouge australienne, ou la Croix Rouge tout court, qui a ses représentations partout dans le monde, y compris en République démocratique du Congo, puisse publier une telle monstruosité, alors qu’elle a toutes les possibilités de disposer des données pour savoir que la langue Kinyamulenge n’existe nulle part au monde, et n’est parlée ni au Rwanda, ni au Burundi, et encore moins en République démocratique du Congo. Je dis cela parce que, quand on regarde la logique de ce communiqué, la Croix Rouge australienne est en train de chercher une personne qui soit capable de parler les langues des trois pays voisins : le Kinyarwanda qui est parlé au Rwanda, le Kirundi qui est parlé au Burundi, et le Kinyamulenge qui est censé être la langue de la République démocratique du Congo. Vous comprendrez alors l’importance de ce montage, et de ce mensonge. Et ce comportement étrange de la Croix Rouge, pour nous, ressemble plus à une complicité plutôt qu’à une simple négligence. Et ce communiqué laisse supposer que la Croix Rouge australienne est infiltrée et noyautée, comme les autres institutions internationales, par le lobby Tutsi rwandais qui, l’instrumentalise pour ses objectifs politiques. Ce document de la Croix Rouge nous révèle le degré et l’ampleur de la campagne mensongère que mène le lobby des Banyarwanda qui se sont autoproclamés Banyamulenge, et qui recourent à la fraude et au mensonge, à la violence pour s’attribuer la nationalité congolaise. On constate ici qu’à l’instar de la Croix Rouge, je vous dis que l’ONU, l’Union africaine, l’Union européenne, la Francophonie, l’UNESCO, la Banque africaine de développement, ainsi que d’autres institutions internationales, sont bourrées d’agents et d’hirondelles tutsi rwandais qui déversent chaque jour des rapports mensongerspour intoxiquer la communauté internationale en vue de camoufler leurs ambitions hégémoniques sur les autres pays de la région des Grands lacs africains, d’Afrique centrale et d’Afrique de l’Est». 

Selon le collectif, les propos de M. Ngbanda s’inscrivent dans une rhétorique violemment raciste et incitative à la haine et à la violence contre les Tutsi en tant que communauté humaine, aussi bien en RDC qu’en France et dans d’autres pays où «des membres de la diaspora congolaise connus par leur propension à la violence, risquent de porter atteinte à l’intégrité physique des Tutsi». Le document de dénonciation poursuit : «Ces propos 

1. en présentant les Tutsi comme étant «ces gens contre qui nous nous battons», désignent les Tutsi indistinctement comme des ennemis à abattre car supposés engagés dans une guerre contre le Congo, alors qu’ils sont aussi citoyens de ce pays ; 

2. déshumanisent les membres de la communauté Tutsi en les ravalant au rang des animaux (rats, chats), autant que les Nazis traitaient les Juifs de rats, et les génocidaires rwandais traitent les Tutsi de cafards. Pire encore, en les traitant de serpents, il les présente comme des ennemis mortels qu’il faut absolument abattre sous peine d’être tué soi-même ; 

3. présentent les Tutsi indistinctement comme des mauvaises personnes, étrangères au Congo, des fraudeurs de la nationalité congolaise, qui veulent détruire le Congo et les Congolais, voler leurs terres et leurs richesses, des hégémoniques qui complotent pour corrompre les dirigeants des grandes puissances et des grandes institutions avec leurs filles. L’objectif de tels propos est de susciter contre les personnes Tutsi indistinctement des réactions de haine et de violence comme ce à quoi on assiste aujourd’hui dans la province du Sud Kivu au Congo et les attaques racistes auxquelles les membres de la communauté Tutsi sont souvent victimes en France et en Belgique de la part des bandes des Congolais violents qui se surnomment eux-mêmes combattants ou résistants». 

Le collectif espérait ainsi que M. Ngbanda soit jugé pour provocation publique à la haine raciale conformément à la loi de 1972, voire pour incitation à commettre un génocide au regard de la transposition en droit pénal français de la Convention internationale sur la prévention et la répression du crime de génocide selon laquelle l’incitation au génocide est punie au même titre que la commission du génocide lui-même. 

La mort d’Honoré Ngbanda arrêtera sans doute le processus qui était enclenché. Cependant, enhardi par la condamnation du pasteur Ngoy Mulunda pour incitation à la haine, le collectif est décidé de traîner en justice, aussi bien dans les pays d’Occident qu’en RDC, tous ceux qui se livrent à la haine anti-Tutsi devenue virale sur les réseaux sociaux, mais aussi dans le discours de certains hommes politiques. Les chantres de ce discours sont prévenus. 
 

CP/ Roger Lumbu