NKUY KIMBUNGU WALLY-W, chercheur en Sciences Po (UNIKIN)
La diplomatie congolaise traverse une phase de recomposition permanente. Entre initiatives africaines, médiations régionales et ouvertures vers des partenaires extra-africains, Kinshasa semble multiplier les ajustements pour tenter de contenir une crise sécuritaire persistante dans l’Est de la République démocratique du Congo. Mais à force de changements de formats et de priorités, une question s’impose : la RDC dispose-t-elle encore d’une ligne diplomatique clairement lisible ?
Ces derniers mois, les autorités congolaises ont laissé transparaître une forme de lassitude vis-à-vis de certaines médiations africaines, notamment celles de Luanda, Nairobi, de l’Union africaine ou de la Communauté d’Afrique de l’Est. Jugés trop lents et peu efficaces face à l’urgence sécuritaire et humanitaire, ces cadres ont progressivement perdu leur centralité dans le discours officiel. Cette critique a ouvert la voie à une diversification diplomatique, avec un recours accru à des partenaires comme les États-Unis, le Qatar ou les Émirats arabes unis.
Sur le principe, cette ouverture n’est pas illégitime. Elle traduit la volonté de Kinshasa d’élargir ses marges de manœuvre et de mobiliser des leviers complémentaires. Mais dans la pratique, elle a déplacé le centre de gravité du processus sans toujours en mesurer les effets politiques. Le lancement des pourparlers de Doha, opéré sans réelle concertation avec les médiateurs africains, a ainsi provoqué un malaise notable.
Selon plusieurs sources diplomatiques, le Président angolais João Lourenço s’est progressivement mis en retrait après avoir été surpris par cette initiative. Il a alors invoqué ses responsabilités en tant que Président en exercice de l’Union africaine, choisissant de se recentrer sur ses charges continentales, tout en prenant acte de ce glissement diplomatique vers le Golfe.
Le retour de Kinshasa vers Luanda, matérialisé par la visite du Président Félix Tshisekedi le 5 janvier 2026, s’inscrit dans ce contexte ambigu. Présenté comme une relance porteuse de « propositions intéressantes », ce déplacement donne néanmoins l’image d’un réajustement tardif. Les cadres de Nairobi et de Luanda, pourtant à l’origine des premières discussions structurées avec Kigali, avaient été relégués au second plan avant d’être réhabilités, sans explication claire sur la stratégie suivie.
À cette instabilité des formats s’ajoute un facteur déterminant : l’absence d’adhésion des acteurs armés concernés. Dans un communiqué publié le 7 janvier 2025, le M23 a explicitement déclaré ne pas être intéressé par cette nouvelle initiative de Kinshasa. Cette prise de position rappelle une réalité souvent occultée : aucune médiation ne peut produire de résultats durables sans un minimum d’acceptation des parties directement impliquées sur le terrain.
Deux dynamiques se superposent alors. D’un côté, la volonté de la RDC de préserver son ancrage régional et d’éviter toute marginalisation diplomatique en Afrique centrale et orientale. De l’autre, la recherche d’une visibilité et d’un soutien accrus sur la scène internationale. Mais l’absence d’articulation claire entre ces deux dimensions fragilise l’ensemble de la démarche.
La paix ne se construit ni par des allers-retours diplomatiques, ni par une succession de cadres concurrents. Elle exige de la constance, de la clarté et une stratégie assumée dans la durée. À défaut, la RDC risque de multiplier les initiatives sans jamais transformer l’activisme diplomatique en résultats concrets sur le terrain.Changer de piste ne suffit pas à changer le tempo. Sans cap clairement défini, la diplomatie congolaise risque de danser seule, pendant que la guerre, elle, continue d’imposer sa cadence.