La ville de Kinshasa, capitale de la République Démocratique du Congo, est secouée par des scènes d'insécurité ces derniers jours, causant mort d'homme, des blessés et plusieurs autres dégâts importants qui sèment la psychose dans le chef de la population.
Les auteurs de ces crimes sont, pour la plupart, des jeunes communément appelés « Kuluna » ou encore des délinquants urbains organisés en gangs, opérant à l'aide des armes blanches ou avec des balles réelles dans les rues de la capitale congolaise ou dans des résidences ciblées en amont.
Constatant ce regain de l'insécurité, les autorités policières et gouvernementales ont lancé la traque de ces malfrats, majoritairement récidivistes, à travers, notamment, l'opération "Ndobo" à Kinshasa, voire dans d'autres provinces secouées par le même fléau, conduisant à des audiences foraines pour établir la vérité des faits.
Quelques victimes rapprochées par la rédaction de 7SUR7.CD gardent encore des souvenirs de ces crimes durant des mois et même des années après.
« J'ai été agressé par les Kuluna à l'entrée Righini , vers le rond-point Ngaba le 6 juin 2024. Les sentiments directs ressentis après cet acte étaient la peur et la tristesse. Maintenant, je me sens mieux, mais toujours pas à l'aise de circuler à cet endroit, surtout aux heures du soir. La communauté du Renouveau catholique et ma famille ont été d'un grand secours. Les autorités devraient multiplier la présence des agents apparents et surtout non apparents dans de grands carrefours et points chauds », a affirmé un homme de la cinquantaine révolue, victime d'une agression.
Une autre victime, Anne (nom d'emprunt), vivant autrefois à Matadi-Kibala, à Mont-Ngafula, en famille avec mari et enfants, raconte l'intrusion des criminels à leur domicile l'année dernière (2025). Ces derniers ont emporté avec eux l'argent et autres biens de valeur. Elle et sa famille ont délaissé leur maison pour aller louer dans une autre commune de la capitale.
« Nous avons été cambriolés en octobre 2025, on a été traumatisés. Maintenant, ça va, mais le traumatisme est toujours présent. On a pu se relever grâce à la prière. Nous avons déménagé pour oublier. La justice a été saisie mais sans suite. Nous partons des temps dans notre ancienne maison. Il faut que les autorités renforcent
la sécurité pour le reste du monde qui pleure chaque jour », a-t-elle expliqué.
Nécessité d'une prise en charge psychologique
Face à toutes ces agressions énumérées, Nera Chanera Kanyinda, psychologue social et des organisations, a souligné l'importance pour les victimes d'une agression de se faire suivre par les spécialistes pour sortir du stress qui survient après ces actes.
« Il est très important que la victime d'une agression criminelle puisse suivre un soutien psychologique. Qu'il ait un diagnostic psychologique qui soit établi et qui va permettre de mettre en place un schéma thérapeutique qui va lui permettre de surmonter courageusement ce traumatisme dû à cette agression criminelle vécue et de reprendre normalement et de développer tous ses facteurs qui lui permettront de trouver son épanouissement et de vivre harmonieusement en dépit du fait d'avoir subi une agression criminelle. Il est très important de suivre une thérapie auprès des spécialistes, notamment des psychologues, ce qui permettrait d'éviter des stress post-traumatiques chroniques pouvant aggraver la victime… », a-t-il lancé au cours d'une interview accordée à notre rédaction le lundi 12 janvier 2025.
Il a par ailleurs évoqué les risques majeurs survenant après une agression, à l'exemple d'une incertitude aiguë confrontant la victime à la mort. Cette dernière, comme il l'a expliqué, ressent potentiellement un choc émotionnel, la peur, la colère, la perte du sentiment de sécurité, et un stress aigu pouvant migrer vers un stress post-traumatique, une atteinte à la dignité, à la confiance en soi et aux autres.
« Ces conséquences se manifestent sur plusieurs plans, notamment émotionnel, où la peur devient persistante, d'autant plus qu'on vit dans l'insécurité. On ne sait plus à quel moment on peut être agressé, est-ce qu'on nous surveille ? Quand on rencontre une personne dans une circonstance de similitude ou une personne ayant porté les mêmes habits ou ceux de même couleur que portait l'un des criminels, il y a cette persistante de l'anxiété, de la tristesse, et de la culpabilité », a-t-il ajouté.
Nera Chanera Kanyinda a indiqué que les démarches judiciaires, l'incertitude dans l'arrestation des criminels peuvent également aggraver les symptômes traumatiques du fait que la victime va commencer à rêver au quotidien avec l'impression que le bourreau peut revenir à tout moment, parce qu'il est animé par le sentiment d'injustice. Il a par ailleurs encouragé les victimes à se surpasser, à considérer que ces événements n'arrêtent pas leur destin, à arrêter de se culpabiliser et à contribuer à ce qu'il n'y ait plus d'autres victimes.
Christel Insiwe