[Tribune] Peut-on confier les données des citoyens, l'e-ID national à des entreprises sans références vérifiées et non certifiées ?

Image
Image.

Dans un monde où la souveraineté nationale devient plus importante que la simple capacité technologique, la gestion des données d'identité des citoyens n'est pas un projet comme les autres. Elle constitue un droit fondamental et un pilier stratégique de la souveraineté de l'État. Chaque nom, chaque date de naissance, chaque empreinte biométrique et chaque profil numérique représente à la fois un droit constitutionnel et une ressource critique pour la planification, la sécurité, la défense nationale et le développement économique du pays.

Aujourd'hui, un projet d'identité nationale et numérique (e-ID), censé couvrir des dizaines de millions de citoyens, est confié à des entreprises dont les références opérationnelles sur des projets d'envergure similaire ne peuvent être vérifiées de manière indépendante. Cette situation pose des questions majeures peut-on légitimement confier l'avenir numérique et physique de millione citoyens congolais à des acteurs dont l'expérience industrielle à grande échelle n'est pas documentée? Peut-on ignorer les risques de sécurité, d'éthique et de souveraineté associés à cette décision ? Et pourquoi, alors que le Président a clairement exprimé sa volonté de corriger les erreurs passées sur l'identité nationale, deux ministères différents créent-ils une confusion sur un sujet aussi stratégique ?

L'importance d'ancrer la gestion de l'identité dans la loi

La loi congolaise ne prévoit pas l'existence de deux identités nationales distinctes : une identité physique gérée par le ministère compétent et une identité numérique (e-ID) confiée à un autre ministère c.à.d. le ministère du numérique. Tout comme le e-Tax reste sous l'autorité directe de l'administration fiscale (DGI, ministère des Finances), et que le e-Health / e-Santé ou e-Education demeurent sous la supervision de leurs ministères respectifs, l'identité nationale même sous sa forme numérique (e-ID) doit rester sous la responsabilité légale du ministère de l'Intérieur via l'ONIP, avec supervision et contrôle stricts.

Ne pas respecter cette logique crée un précédent dangereux, propice aux erreurs, aux conflits institutionnels et aux projets lancés sur des bases douteuses, comme cela a été observé dans le cas controversé du RAM sur la taxe sur les téléphones, mis en œuvre sans fondement légal clair et ayant suscité de graves critiques publiques et institutionnelles. Pourquoi donc considérer que l'identité numérique (e-ID), qui n'est qu'une dérivation de l'identité nationale, devrait être gérée par un autre ministère ? Si chaque projet digital doit désormais changer de ministère, quelle est la cohérence institutionnelle et sur base de quels textes de lois ?

L'importance du respect de l'engagement présidentiel

Le Président de la République a exprimé, lors de son allocution devant le Parlement réuni en Congrès, sa volonté de corriger les erreurs passées liées à l'identité nationale. Il a souligné l'importance d'une vision claire et d'un engagement politique fort pour garantir que les leçons tirées des échecs antérieurs ne soient pas oubliées. Cette volonté doit se traduire par des mesures concrètes afin d'éviter la répétition des mêmes erreurs : une autorité unique, un registre d'identité national unique, et un contrôle total par l'État, avec des partenaires crédibles et éthiques.

La nécessité d'une supervisione souveraine

L'absence d'une infrastructure nationale souveraine pour l'identité soulève des inquiétudes. Il y a quelques années, lors d'une démonstration, le Président avait reçu une carte de démonstration. Ce geste symbolique soulève une question stratégique : où ont été stockées les données collectées à cette époque, alors qu'aucune infrastructure nationale critique ne soutenait ce projet? Cette experience montre que la supervision souveraine est essentielle pour garantir la protection et la sécurité des données des citoyens.

Confier la gestion de l'identité nationale à des entreprises dont le passé industriel et la crédibilité sont non vérifiés représente un risque stratégique majeur. La fragmentation entre identité physique et identité numérique (e-ID) expose le pays à des vulnérabilités : doublons, incohérences, usurpations et perte de confiance citoyenne.

Éthique et équité industrielle

Dans un domaine aussi stratégique, complexe en spécialité, même les entreprises locales compétentes et a peine expérimentée sont exclues, tandis que des sociétés étrangères aux références non vérifiables se voient confier par partenariat public privé des responsabilités critiques qui s'étendent sur des dizaines d'années. Cela crée une injustice industrielle, un risque systémique et démontre clairement une mauvaise gouvernance sur ce dossier d'une sensibilité extrême. Si des entreprises prétendant avoir mené des projets d'envergure mondiale et aussi en Afrique selon le rapport de l'UC-PPP en notre disposition ne peuvent pas prouver leurs références africaines ni international listées, comment garantir que les données des citoyens soient manipulées de manière éthique et sécurisée ?

Acteurs du secteur privé numérique congolais inquiets

Les experts et acteurs économiques du secteur privé numérique en République démocratique du Congo expriment une préoccupation croissante face à la confusion qui s'installe autour de ce sujet et cette technologie stratégique, désormais discutée politiquement dans l'arène politique. Ces entreprises locales, compétentes et expérimentées du domaine du numérique s'interrogent sur la rationalité de transférer la gestion l'identité numérique ou l'e-ID à un ministère du numérique, alors que d'autres systèmes critiques comme l'e-Tax, e-Health ou e-Education sont restés ou resterons sous leurs ministères respectifs. Cette confusion non seulement crée un préjudice industriel, mais met également en question la capacité de l'État à maintenir la cohérence, la sécurité et la souveraineté numérique dans un domaine aussi complexe et fondamental pour la nation.

Digitalisation expérimentation ni privilège

Le concept de "digital identity" est une extension naturelle de l'identité nationale. Il ne peut être géré comme un projet indépendant, ni confte à des acteurs non certifiés ou sous un ministère généraliste et normatif. La digitalisation doit sécuriser le droit existant et non fragmenter le registre national, au risque de compromettre la confiance des citoyens, les climats des affaires et les investisseurs futurs. Les expériences des pays pionniers montrent que centralisation, certification rigoureuse et ancrage légal sont indispensables. La technologie ne crée pas le droit: elle le sécurise.

Digital Identity (e-ID) : dérivation de l'identité nationale

Il est essentiel de rappeler que la digital identity (e-ID) n'est pas une identité distincte. Elle est la dérivation de l'identité nationale, conçue pour permettre la portabilité et l'usage dans le monde numérique. Elle prolonge la légitimité et la sécurité de l'identité existante, permettant aux citoyens de s'authentifier sur les services publics et privés, d'accéder aux plateformes financières et de simplifier leurs interactions numériques d'une manière sécurisé (online et offline). Fragmenter cette responsabilité entre plusieurs ministères ou créer des registres parallèles introduit des risques de sécurité nationale et souveraineté considérables doublons, état numérique parallèle, incohérences et vulnérabilités potentielles irréversible.

L'importance stratégique de l'information d'identité

Dans un monde où l'information est la nouvelle monnaie, les données d'identité sont plus précieuses que l'or. Elles ne se limitent pas à un simple registre administratif. Elles touchent tous les aspects de la vie économique, sociale et sécuritaire. Ces informations permettent à chaque citoyen d'ouvrir un compte bancaire, d'obtenir un téléphone mobile, de s'inscrire à des programmes sociaux, de voyager ou de contracter des services essentiels. Mais leur importance dépasse l'individuel: elles constituent le socle de l'ordre public et de la souveraineté nationale.

Un système d'identité unique et fiable garantit la sécurité nationale, la cybersécurité des infrastructures, l'inclusion économique et sociale, la planification et la gouvernance, ainsi que la protection contre Fusurpation et la fraude. Confier cette information à des entreprises non vérifiées ou se certifiées constitue un risque systémique majeur, avec des conséquences immédiates stivéversibles pour la sécurité des citoyens et l'État.

L'indivisibilité de l'identité et le devoir de l'État

La question n'est pas seulement technique: elle est juridique, stratégique et éthique. Peut-on légitimement confier l'identité numérique et physique d'un citoyen à des entreprises dont les références sont non vérifiées et qui n'ont jamais démontré de capacité industrielle à grande échelle? La réponse doit être claire et sans équivoque: jamais.

La digitalisation de l'identité nationale (e-ID) doit renforcer le registre unique et légal, avec des acteurs vérifiés, compétents et éthiques, sous contrôle direct de l'État. La souveraineté, la sécurité et la confiance des citoyens en dépendent.

"L'identité des citoyens n'est pas une expérience de laboratoire. Elle est le socle invisible de la souveraineté et de la sécurité nationale".

Transparence et vigilance sur les entreprises cotées

Certaines de ces entreprises sont cotées au Nasdaq l'une de bourse américaine depuis 2024 seulement pour le besoin de lever des fonds, rendant toutes leurs informations financières et historiques publique. Pourtant, leurs références contractuelles présentées aux administrations congolaises ne correspondent pas aux informations publiques disponibles.

Si nous voulons aider le Président et garantir la protection des citoyens, il est impératif de ne pas répéter les erreurs du passé et de ne pas aggraver la situation avec un manque de due diligence. Des précédents existent où des entreprises ont réclamé des fonds publics sans justification, simplement parce que la vérification préalable n'a pas été réalisée correctement. Il serait inacceptable de reproduire ces erreurs sur un sujet aussi crucial que l'identité nationale, dont la sécurité et la souveraineté doivent être protégées, peu importe la forme technologique que prendra l'identité nationale dans le futur.

Tribune de R. Lukusa, observateur politique