Le Programme national de santé de la reproduction (PNSR) a organisé, ce lundi 30 mars 2026, à Kinshasa, un atelier de réflexion consacré à la prise en compte des droits à la santé sexuelle et reproductive dans la couverture santé universelle (CSU) en République démocratique du Congo, avec l’appui technique et financier de l’organisation IPAS RDC.
Cette rencontre a réuni des représentants des ministères sectoriels, des professionnels de santé, des organisations de la société civile ainsi que des structures de défense des droits des femmes. Les échanges ont porté sur le plaidoyer en faveur de l’intégration des services de santé sexuelle et reproductive dans le paquet de base de la CSU, notamment en lien avec les avortements sécurisés, tels qu’autorisés par le Protocole de Maputo.
À l’ouverture des travaux, la directrice du PNSR, la Dre Anne-Marie Ntumba, a présenté les objectifs de l’atelier ainsi que les limites du dispositif actuel de la couverture santé universelle.
« Nous ouvrons un atelier sur la discussion que nous allons mener autour de la couverture santé universelle dans le cadre de la prise en compte des droits sexuels et reproductifs. Certes, la CSU, dans son premier paquet, prend en considération les soins de la femme enceinte jusqu’à l’accouchement. Mais ici, nous discutons dans le cadre du Protocole de Maputo. Ce protocole donne le droit à la femme ayant une grossesse issue d’un viol, d’un inceste ou mettant en danger la vie de la mère ou de l’enfant, de recourir à un avortement sécurisé », a-t-elle déclaré.
Elle a également évoqué les données liées aux conséquences des avortements clandestins ainsi que les mécanismes envisagés pour y faire face dans le cadre de la CSU.
« Dans notre pays, 30 % des adolescentes décèdent à la suite d’avortements clandestins. Dans les cas prévus par le Protocole de Maputo, nous disposons de politiques, d’outils et de personnel formé. C’est ainsi que nous souhaitons intégrer ces services dans le paquet de soins de base de la CSU. Concrètement, une femme dont la grossesse est éligible à un avortement sécurisé pourra bénéficier d’une prise en charge gratuite dans le cadre de la couverture santé universelle », a-t-elle ajouté.
Le directeur pays d’IPAS RDC, Jean-Claude Mulunda, a pour sa part mis en avant les enjeux liés à l’accès aux services de santé reproductive et à la réduction de la mortalité maternelle.
« Cette activité revêt une importance capitale pour IPAS, car la couverture santé universelle offre une grande opportunité à la RDC de réduire sensiblement les difficultés d’accès aux services de santé de la reproduction et la mortalité maternelle », a-t-il déclaré.
Il a également insisté sur l’approche basée sur les droits dans la mise en œuvre de la CSU.
« Notre plaidoyer vise à saisir l’opportunité qu’offre la CSU pour intégrer pleinement ces soins. La couverture santé universelle ne se limite pas à répondre aux besoins de soins : elle renforce aussi le droit de chaque femme et de chaque fille à accéder à des services de qualité, sans jugement, sans stigmatisation ni violence », a-t-il indiqué.
Les professionnels de santé, notamment les gynécologues et obstétriciens, ont pris part aux discussions techniques sur les modalités d’intégration de ces services dans les structures sanitaires.
Le Dr Arthur Munkana, récemment élu président de la Société congolaise de gynécologie et d’obstétrique (SCOGO), a souligné le rôle des praticiens dans la mise en œuvre des décisions issues de cet atelier.
« Ces échanges sont essentiels, car nous, en tant que gynécologues, obstétriciens ou médecins hospitaliers, sommes en première ligne dans la prise en charge de la femme congolaise. La SCOGO veille à ce que la mise en œuvre se fasse dans de bonnes conditions, afin d’éviter toute difficulté dans la prise en charge », a-t-il indiqué.
Il a également précisé les attentes des professionnels de santé quant à l’opérationnalisation des mesures discutées.
« Notre priorité est que chaque femme retourne chez elle en bonne santé après un accouchement et que l’expérience de la maternité se déroule dans de bonnes conditions. Nous voulons nous assurer que l’intégration des soins complets d’avortement, centrés sur la patiente, soit effective dans le paquet minimum d’activités de la CSU. Car sur le terrain, il est regrettable de voir des femmes mourir des suites d’avortements clandestins, alors que la loi les autorise dans certains cas à travers le Protocole de Maputo », a-t-il conclu.
Les travaux ont également permis d’aborder les cadres politiques existants, les outils techniques disponibles ainsi que les défis liés à l’application effective des dispositions légales en matière de santé sexuelle et reproductive. Cet atelier s’inscrit dans le processus d’opérationnalisation progressive de la couverture santé universelle en RDC.
Bob Bondo