Le 24 avril 2016 reste une date gravée dans la mémoire collective. Ce jour-là, Papa Wemba, icône incontestée de la rumba congolaise et figure majeure de la musique africaine, s’effondrait sur scène lors du Festival des musiques urbaines d’Anoumabo (FEMUA) à Abidjan, en Côte d’Ivoire.
Dix ans plus tard, l’émotion demeure intacte, mais une question revient sur toutes les lèvres des proches de l’artiste interrogés par notre rédaction : pourquoi celui que l’on surnommait « le Roi de la Sape » ne bénéficie-t-il toujours pas d’un lieu de repos à la hauteur de sa légende ?
C’est le cas de Senado, alias Tata Malongi, chanteur-compositeur ayant travaillé étroitement avec Papa Wemba, que nous avons rencontré dans les rues de Lemba. Pour lui, à défaut d’un mausolée, le gouvernement doit au moins ériger une pierre tombale digne.
« Vivement un lieu de repos éternel digne »
« Le chef de l’État doit se souvenir de Papa Wemba. Il doit s’impliquer personnellement afin de lui offrir une pierre tombale digne de son rang, à défaut d’un mausolée », a-t-il plaidé.
Même appel du côté d’autres proches de Papa Wemba. De Reddy Amisi à Michel Kabeya, en passant par la veuve de l’artiste, Marie Rose, alias Mère Amazone, tous réclament une pierre tombale digne.
Par ailleurs, certains mélomanes interrogés dans les rues de Kinshasa appellent à la concrétisation d’un projet de musée en l’honneur de Papa Wemba. D’autres suggèrent l’organisation d’un grand festival national portant son nom.
« Une légende qui transcende les générations »
Né Jules Shungu Wembadio, Papa Wemba a marqué l’histoire musicale d’une empreinte unique, mêlant tradition et modernité. De Zaiko Langa Langa à Viva La Musica, son parcours est jalonné d’innovations, de succès internationaux et d’une influence culturelle dépassant les frontières de la RDC.
Il a également été l’un des ambassadeurs les plus visibles de la SAPE, érigeant l’élégance en art de vivre. Ses chansons continuent de résonner dans les rues de Kinshasa, lors des fêtes populaires comme sur les grandes scènes du monde.
« Dix ans après : un devoir de mémoire inachevé »
Mais derrière les hommages, les concerts commémoratifs et les déclarations officielles, une réalité interpelle : la tombe de Papa Wemba ne reflète ni son rang ni son apport à la nation. À l’heure où d’autres figures culturelles reposent dans des mausolées ou des sépultures dignes, la RDC semble encore hésiter à honorer pleinement l’un de ses plus grands ambassadeurs.
Il ne s’agit pas seulement d’une question esthétique ou symbolique. Une tombe digne est un repère de mémoire, un lieu de recueillement et un espace pédagogique pour les générations futures. Elle matérialise la reconnaissance nationale envers un homme qui a porté haut les couleurs du pays.
« Mausolée ou pierre tombale : agir maintenant »
Certes, l’idéal serait la construction d’un mausolée : un espace culturel vivant retraçant la carrière de Papa Wemba, exposant ses œuvres et inspirant les jeunes artistes. Un tel projet pourrait devenir un site touristique et un symbole fort de la valorisation du patrimoine congolais.
Mais à défaut de ce projet ambitieux, une exigence minimale s’impose : offrir à Papa Wemba une pierre tombale digne, propre, entretenue et à la hauteur de son statut. Dix ans d’attente, c’est déjà trop.
« Une responsabilité collective »
L’État, la famille, les acteurs culturels et le secteur privé ont tous un rôle à jouer. Honorer Papa Wemba, ce n’est pas seulement célébrer un artiste : c’est affirmer l’importance de la culture dans la construction de l’identité nationale. Car un peuple qui ne prend pas soin de ses icônes envoie un message ambigu à ses talents vivants.
ODN