Le département du Trésor des États-Unis, par l’intermédiaire de l’Office of Foreign Assets Control (OFAC), a annoncé ce 30 avril 2026 des sanctions contre l’ancien président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabange Kabila.
Cette décision est motivée par son soutien présumé au Mouvement du 23 mars (M23) et à l’Alliance du fleuve Congo (AFC), deux entités impliquées dans le conflit armé à l’Est du pays.
Selon le communiqué, le M23, un groupe armé soutenu par le Rwanda, et l’AFC, décrite comme sa coalition politico-militaire, « ont alimenté l'instabilité politique et les violents conflits dans l'est de la RDC, causant la mort de milliers de civils et un déplacement massif de populations ».
Les autorités américaines inscrivent cette décision dans le cadre des efforts diplomatiques engagés pour stabiliser la région des Grands Lacs.
« Le président Trump ouvre la voie à la paix en République démocratique du Congo et il a clairement indiqué que ceux qui continuent de semer l’instabilité devront répondre de leurs actes. Le Trésor continuera d’utiliser tous les moyens à sa disposition pour garantir l’intégrité des accords de Washington », a déclaré le secrétaire au Trésor, Scott Bessent.
Ces accords, signés le 4 décembre 2025 par les chefs d’État de la RDC et du Rwanda, visent à promouvoir la paix, renforcer l’intégration économique régionale et améliorer la transparence dans les chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques.
Dans son analyse, le Trésor américain revient sur la dégradation de la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC. Le M23, désigné par les États-Unis et les Nations Unies, est accusé d’avoir conquis de vastes territoires, notamment les villes de Goma et Bukavu, avec le soutien « militaire, financier et logistique direct » des Forces de défense rwandaises, elles-mêmes sanctionnées par l’OFAC en mars 2026.
Face à ces offensives, plusieurs groupes armés rivaux se sont également mobilisés, contribuant à une escalade des violences et à une instabilité persistante dans la région.
Le communiqué précise que le M23 agit comme la branche armée de l’AFC, une coalition politico-militaire qui « cherche à renverser le gouvernement congolais ».
Le rôle de l’AFC et de ses dirigeants
Le document souligne le rôle de Corneille Nangaa, chef de l’AFC, déjà sanctionné par l’OFAC en 2019 pour son implication dans le report des élections de 2016 en RDC, puis de nouveau en juillet 2024 en tant que dirigeant de cette coalition.
Selon le Trésor, l’AFC poursuit un objectif de prise de contrôle du territoire congolais en mobilisant des groupes armés et en coordonnant ses actions avec le M23 pour renverser les institutions en place à Kinshasa.
Les accusations visant Joseph Kabila
Le Trésor américain affirme que Joseph Kabila est retourné en RDC dans un contexte de résurgence du M23 et de l’AFC « avec l’intention de déstabiliser le gouvernement de la RDC ».
Les autorités américaines l’accusent notamment d’avoir apporté un soutien financier à l’AFC afin d’influencer la situation politique dans l’est du pays. Il lui est également reproché d’avoir encouragé des éléments des Forces armées de la RDC (FARDC) à déserter pour rejoindre ce mouvement.
Par ailleurs, le communiqué indique que l’ancien chef de l’État aurait tenté, sans succès, de lancer des attaques depuis l’étranger contre les FARDC. Il lui est aussi attribué des démarches visant à favoriser l’émergence d’un candidat opposé au président en exercice afin de regagner de l’influence politique.
Sur la base de ces éléments, l’OFAC a désigné Joseph Kabila en vertu du décret exécutif 13413, tel que modifié par le décret 13671, pour avoir « apporté une aide matérielle, un parrainage ou un soutien financier, matériel ou technologique, ou des biens ou services » au M23 et à l’AFC.
Conséquences des sanctions américaines
Le Trésor précise que cette désignation entraîne le gel de tous les biens et intérêts patrimoniaux de la personne visée situés aux États-Unis ou contrôlés par des personnes américaines. Toute entité détenue à 50 % ou plus, directement ou indirectement, par une personne sanctionnée est également concernée.
Sauf dérogation spécifique accordée par l’OFAC, toute transaction impliquant des personnes ou intérêts liés à la personne désignée est interdite pour les citoyens américains ou sur le territoire des États-Unis.
Les autorités américaines rappellent que les violations de ces sanctions peuvent entraîner des sanctions civiles ou pénales, y compris à l’encontre d’acteurs étrangers. Elles précisent également que les institutions financières et toute personne impliquée dans des transactions avec des individus sanctionnés s’exposent à des mesures coercitives.
Enfin, le Trésor souligne que « l'objectif ultime des sanctions n'est pas de punir, mais d'induire un changement positif de comportement », tout en rappelant les mécanismes permettant, le cas échéant, de demander une radiation de la liste des personnes sanctionnées.
Raphaël Kwazi