Le Tribunal militaire de garnison de Kinshasa/Gombe a rendu, ce vendredi 15 mai 2026 à la prison militaire de Ndolo, son jugement avant dire droit dans l’affaire opposant le parquet militaire au jeune opposant Nathanaël Onokomba.
Dans sa décision, le juge militaire a rejeté la demande de mise en liberté provisoire introduite par la défense, ainsi que l’ensemble des exceptions soulevées par les avocats du prévenu. Parmi celles-ci figurait notamment une exception d’incompétence, les conseils de Nathanaël Onokomba soutenant que leur client, étant civil, ne pouvait être jugé par une juridiction militaire.
Par ce jugement avant dire droit, le Tribunal militaire de garnison s’est déclaré compétent pour connaître de cette affaire. La juridiction a également rejeté la demande visant à écarter les procès-verbaux établis par le Conseil national de cyberdéfense (CNC), décidant de les verser au dossier de la procédure.
Cette décision intervient après le dépôt d’un mémoire unique de la défense dénonçant plusieurs irrégularités supposées ayant, selon les avocats, entaché aussi bien l’instruction préparatoire menée au niveau du CNC que l’instruction préjuridictionnelle conduite par le parquet militaire.
Avec ce jugement, le Tribunal clôt le débat sur la forme et ouvre désormais l’examen du fond de l’affaire. Les juges militaires vont ainsi entamer l’instruction proprement dite en interrogeant Nathanaël Onokomba sur les faits qui lui sont reprochés. À ce stade de la procédure, la juridiction peut également faire comparaître des témoins, des renseignants ou encore des experts afin d’éclairer sa religion.
De son côté, le ministère public militaire, chargé de soutenir l’accusation, tentera d’établir la culpabilité du prévenu. Toutefois, la loi lui permet également d’instruire à décharge s’il estime, au regard des éléments du dossier, que Nathanaël Onokomba est innocent.
Sans attendre, le Tribunal a immédiatement commencé l’instruction au fond concernant la première prévention mise à charge du prévenu, à savoir l’apologie du terrorisme. Faute de temps, l’audience a été renvoyée au 22 mai 2026 pour la poursuite des débats.
Selon le ministère public, les poursuites engagées contre Nathanaël Onokomba reposent à la fois sur des déclarations faites lors d’une émission télévisée et sur une publication diffusée sur le réseau social X.
Le parquet militaire affirme qu’au cours de cette émission, Nathanaël Onokomba aurait déclaré :
« Vaut mieux avoir une RDC sous la colonisation qu’une RDC dirigée par Félix Tshisekedi. Nous sommes mille fois colonisés. »
Pour l’accusation, ces propos s’apparenteraient à un soutien au mouvement AFC/M23 et constitueraient une apologie du terrorisme au sens de l’article 206 du Code pénal militaire.
Une seconde prévention est fondée sur un message publié le 22 juin 2025 sur le réseau social X. Selon le ministère public, Nathanaël Onokomba y aurait notamment écrit :
« Le Rwanda n’a jamais agressé la RDC, ni tué nos familles à l’Est, ni soutenu le M23. Il a plutôt mis en place un mécanisme de défense contre les FDLR soutenus par la RDC. »
Le parquet estime que ces déclarations pourraient relever d’une négation ou d’une justification de crimes graves, notamment des crimes de génocide, des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité et des crimes d’agression, conformément à l’article 361 du Code du numérique.
Nathanaël Onokomba est connu à Kinshasa pour ses prises de position critiques à l’égard du pouvoir en place, régulièrement exprimées sur les plateaux de télévision.
Son arrestation remonte au 5 janvier 2026, alors qu’il quittait une conférence-débat organisée avec des étudiants dans la capitale. Il aurait été détenu plusieurs jours sans communication officielle avant d’être transféré à l’auditorat militaire aux alentours du 8 janvier, marquant ainsi le début de l’instruction préjuridictionnelle.
ODN