La République démocratique du Congo est une nation fondée sur le principe de l’égalité entre tous ses citoyens. Aucune communauté ne devrait être discriminée en raison de son origine, de sa langue, de son apparence physique ou de son histoire. Tous les Congolais, sans distinction, ont droit à la protection de l’État, à la sécurité, à la justice et à une pleine participation à la vie nationale.
C’est précisément au nom de ce principe qu’une clarification apparaît aujourd’hui nécessaire.
Depuis plusieurs années, une partie des élites et des porte-parole se réclamant de la communauté banyamulenge interpelle régulièrement les institutions internationales afin de dénoncer les souffrances dont cette communauté serait victime. Toute allégation crédible de violation des droits humains mérite d’être examinée avec sérieux. Aucune victime ne doit être ignorée, quelle que soit son identité.
Cependant, une question demeure au cœur du débat national : pourquoi observe-t-on si rarement, avec la même détermination, une condamnation claire de l’agression menée contre la République démocratique du Congo par le Rwanda, du soutien apporté à l’AFC/M23 et des atrocités commises contre des milliers de citoyens congolais ?
Depuis plusieurs années, le Congo subit une agression largement documentée ayant entraîné des massacres, des violences sexuelles, des déplacements massifs de populations et l’occupation de plusieurs territoires nationaux. Face à cette tragédie, le silence ou les prises de position ambiguës de certains responsables communautaires suscitent inévitablement des interrogations au sein d’une grande partie de l’opinion publique congolaise.
Parallèlement, plusieurs récits ont été développés autour de la question banyamulenge : revendications foncières, débats sur l’appartenance nationale, interrogations liées à la morphologie, à la langue ou encore à l’histoire de cette communauté. Nombre de ces récits ont été instrumentalisés afin d’alimenter les divisions internes. Les adversaires du Congo excellent précisément dans cette stratégie consistant à opposer les Congolais entre eux pour affaiblir l’État et compromettre son unité.
Pourtant, le véritable enjeu ne réside ni dans les caractéristiques physiques, ni dans la langue parlée, ni dans les origines historiques. Être Congolais ne se mesure pas à un visage ou à un accent. La citoyenneté implique également un engagement envers la République, sa souveraineté, son intégrité territoriale et ses institutions.
C’est pourquoi une interrogation légitime mérite d’être posée.
Si ceux qui parlent au nom de cette communauté estiment que leur avenir est lié au Rwanda, ils doivent avoir le courage de l’affirmer clairement. En revanche, s’ils revendiquent leur appartenance à la nation congolaise, alors cette appartenance doit naturellement s’accompagner d’une solidarité visible envers le reste de la Nation, notamment par une condamnation sans ambiguïté de toute agression étrangère dirigée contre leur propre pays.
Cette exigence ne concerne d’ailleurs pas uniquement les Banyamulenge. Elle s’impose à tous les citoyens congolais, sans distinction de province, d’ethnie, de religion ou de communauté. La loyauté envers la République ne peut être à géométrie variable.
Les manifestations organisées devant les Nations Unies ou d’autres institutions internationales relèvent naturellement de la liberté d’expression, laquelle constitue un droit fondamental dans toute société démocratique. Toutefois, lorsque certaines démarches tendent à occulter l’agression extérieure ou à établir une équivalence entre l’État agressé et des groupes armés soutenus par une puissance étrangère, elles entretiennent une confusion susceptible de nuire à la vérité des faits et à la compréhension du conflit.
Le Congo a besoin de justice pour toutes les victimes. Oui, chaque communauté mérite protection. Oui, aucune souffrance ne doit être minimisée. Mais cette quête de justice ne peut servir de prétexte à des agendas politiques susceptibles de favoriser, directement ou indirectement, des projets de fragmentation ou de balkanisation du territoire national.
Les Banyamulenge ont toute leur place en République démocratique du Congo. Ils peuvent, comme toutes les autres communautés du pays, contribuer pleinement à la construction de la Nation. Cette contribution passe aussi par un rejet explicite de toute entreprise visant à porter atteinte à la souveraineté nationale et à l’intégrité du territoire congolais.
Dans les périodes de guerre, les ambiguïtés ont un coût élevé. La confiance entre citoyens se construit par des actes, des prises de position cohérentes et une solidarité clairement exprimée envers l’ensemble de la Nation.
L’avenir du Congo repose sur une citoyenneté commune, une responsabilité commune et un engagement commun envers la République.
Le Congo ne remportera cette épreuve ni par la méfiance entre ses communautés ni par la multiplication de récits concurrents servant les intérêts de puissances étrangères. Il la surmontera lorsque tous ses citoyens, quelles que soient leurs origines, parleront d’une seule voix pour défendre la souveraineté nationale, condamner toute agression extérieure et placer l’intérêt supérieur de la République au-dessus de toute autre considération. C’est à cette condition que la confiance pourra être restaurée, que l’unité nationale sera consolidée et que la République démocratique du Congo sortira durablement renforcée.
Éric Kamba
Géostratège, analyste des relations internationales et chercheur en politiques publiques
Président de Congo Action pour la Diplomatie Agissante (CADA)