Le gouvernement provincial du Kwango est secoué par une nouvelle crise. Le gouverneur Willy Bitwisila a mis fin, vendredi 7 août 2026, aux fonctions du ministre provincial de la Santé publique, Hygiène, Affaires sociales, Personnes vivant avec handicap, Jeunesse, Sports, Culture et Arts, Apollinaire Yumba Tiabakweno, quelques heures après la diffusion d’une correspondance dans laquelle ce dernier formulait de nombreuses critiques sur le fonctionnement et la gestion de la province.
La décision a été officialisée dans un arrêté signé le vendredi 7 août 2026, lu publiquement vers 23 heures par Maître Emmanuel Kuyungana, directeur de cabinet adjoint du gouverneur chargé des questions juridiques et administratives.
Dans ce document, Willy Bitwisila indique que la révocation fait suite à une lettre adressée le même jour par Apollinaire Yumba à l’autorité provinciale. Le gouverneur reproche au ministre sortant d’y avoir tenu des propos et utilisé des expressions jugés irrespectueux, offensants et incompatibles avec les exigences de sa fonction ministérielle.
Selon le chef de l’Exécutif provincial, ces faits constituent notamment un manquement aux valeurs de référence de l’agent public, parmi lesquelles la courtoisie et la réserve. Il invoque également la nécessité de préserver la discipline gouvernementale et la sérénité des institutions provinciales.
Dans sa correspondance, Apollinaire Yumba avait notamment dénoncé plusieurs "dysfonctionnements" au sein de l’Exécutif provincial. Le ministre sortant affirmait ne pas avoir reçu régulièrement les moyens nécessaires à l’accomplissement de ses missions et indiquait n’avoir perçu qu’un montant de 1 million de francs congolais en octobre 2024 pour le fonctionnement de son cabinet.
Il critiquait également certaines décisions prises et exécutées sans implication des ministres sectoriels concernés, alors que plusieurs d’entre elles relevaient, selon lui, de leurs attributions. Il citait notamment l’affectation des agents et cadres du secteur de la santé et du Fonds pour la promotion de la santé du Kwango, ainsi que la mise en place du Comité provincial de l’approche « Une seule santé ».
La gestion des ressources du Fonds pour la promotion de la santé du Kwango figurait également parmi les préoccupations soulevées. Apollinaire Yumba estimait que certaines ressources de ce service public auraient été utilisées à des fins autres que celles pour lesquelles il a été institué.
Le ministre sortant dénonçait, par ailleurs, l’absence de rémunération régulière des membres du gouvernement provincial sur les recettes locales, l’irrégularité des réunions du Conseil des ministres et l’absence de cadres de concertation avant la prise de certaines décisions engageant l’Exécutif provincial.
Il faisait également état d'énormes préoccupations concernant la traçabilité de certaines recettes provinciales et la transparence dans leur gestion, sollicitant à cet effet la réalisation d’un audit.
Dans le secteur de la santé, Apollinaire Yumba évoquait aussi des interférences dans la gestion de certains programmes ainsi que des mutations et permutations au sein des structures sanitaires qui auraient été effectuées sans concertation préalable avec les instances techniques compétentes.
En outre, sa correspondance faisait état de présumés détournements des matériels de sécurité transfusionnelle destiné à l’Hôpital général de référence de Tembo, ainsi que de kits scolaires destinés aux centres de santé de la ville de Kenge construits dans le cadre du projet STEP. Ces accusations, formulées par le ministre sortant, n’ont pas été confirmées de manière indépendante.
La réaction du gouverneur ne s’est pas faite attendre. Quelques heures après cette correspondance, l’arrêté portant révocation d’Apollinaire Yumba a été rendu public.
Willy Bitwisila justifie cette mesure par le non-respect des institutions provinciales et de l’autorité du gouverneur, ainsi que par des manquements aux obligations de courtoisie et de réserve imposées aux membres de l’administration publique.
La décision s’appuie notamment sur la loi portant principes fondamentaux relatifs à la libre administration des provinces et sur le Code de conduite de l’agent public de l’État.
Chançard Sindani, à Kenge