Face à Kabila, Nicolas Kazadi pose les conditions d’une paix durable en RDC

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Alors que les réactions au dernier discours de Joseph Kabila se multiplient, le député national et ancien ministre des Finances Nicolas Kazadi recentre le débat sur une question fondamentale : la République démocratique du Congo peut-elle construire une paix durable sans reproduire les compromis politiques issus des guerres du passé ? Entre défense de la souveraineté, dialogue national et accords de Washington, il met en garde contre le risque de voir la violence armée redevenir un moyen d’accéder au pouvoir.

Le dernier discours de Joseph Kabila continue de susciter de vives réactions au sein de la classe politique congolaise. Tandis que Jean-Pierre Bemba a adopté un ton particulièrement offensif à l’égard de l’ancien chef de l’État et qu’Augustin Kabuya est allé jusqu’à évoquer le sort de Jonas Savimbi, Nicolas Kazadi a choisi de centrer sa réponse sur les implications politiques et institutionnelles de la crise.

Dans une déclaration publiée sur X, l’ancien ministre des Finances et député national interroge d’abord la cohérence du discours de Joseph Kabila, qui affirme vouloir contribuer au salut du Congo alors que sa proximité avec la rébellion de l’AFC/M23 suscite de profondes controverses.

« Mais comment prétendre sauver notre souveraineté en épousant la cause de ceux qui la violent ou, pire encore, en suscitant malicieusement le conflit ? », s’interroge Nicolas Kazadi.

Pour le député, le silence qu’il reproche à Joseph Kabila sur les agissements de l’AFC/M23 et le soutien apporté par le Rwanda à ce mouvement ne saurait être considéré comme une simple posture politique. Il estime que cette attitude engage la responsabilité politique de l’ancien président et contredit sa prétention à défendre la souveraineté congolaise.

Au-delà de cette interpellation, sa déclaration soulève une question plus large : la RDC doit-elle, une nouvelle fois, accepter que la guerre détermine les conditions d’exercice du pouvoir ?

« Le précédent de Sun City : une histoire qui risque de se répéter ? »

C’est l’un des points centraux de la réflexion développée par Nicolas Kazadi.

Entre 1996 et 2006, la RDC a traversé une décennie de guerres, de négociations et de transitions politiques au cours de laquelle les rapports de force militaires ont largement pesé sur la redistribution du pouvoir.

Les accords de Sun City et l’Accord global et inclusif de 2002 ont notamment ouvert la voie à la transition dite « 1+4 », associant autour d’un président quatre vice-présidents issus de différentes composantes politiques et militaires.

Cette formule a contribué à mettre fin à une phase majeure du conflit et à réunifier progressivement les institutions du pays. Mais elle a également consacré, dans un contexte exceptionnel, une logique selon laquelle les acteurs armés pouvaient accéder aux institutions par la négociation politique.

Vingt ans après, la question demeure : un nouveau règlement du conflit dans l’Est pourrait-il conduire à reproduire un tel schéma ?

C’est précisément le risque contre lequel Nicolas Kazadi met en garde.

Sa position ne revient pas à contester toute négociation de paix. Elle interroge plutôt les conditions dans lesquelles un compromis devient acceptable et les conséquences qu’il peut avoir sur l’avenir de l’État.

Car si chaque rébellion peut espérer obtenir une place dans les institutions par la violence, quel signal est alors envoyé à ceux qui privilégient la compétition démocratique plutôt que les armes ?

Derrière cette interrogation se dessine un enjeu majeur : rompre avec le cycle dans lequel la guerre entraîne des négociations, les négociations débouchent sur des arrangements institutionnels et ces arrangements préparent les conditions de nouvelles contestations armées.

«Les accords de Washington : faire la paix sans sacrifier la souveraineté »

La déclaration de Nicolas Kazadi intervient également dans un contexte diplomatique particulier, marqué par les engagements de paix conclus à Washington entre la RDC et le Rwanda.

Ces initiatives nourrissent l’espoir d’une normalisation des relations entre les deux pays, après des années de tensions et de violences dans l’Est congolais.

Sur ce point, Nicolas Kazadi ne rejette pas la perspective d’une réconciliation entre Kinshasa et Kigali. Il estime qu’une paix durable et mutuellement bénéfique est possible, à condition qu’elle repose sur le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la RDC.

La distinction est essentielle

La recherche de bonnes relations avec le Rwanda ne saurait, dans cette perspective, se traduire par une reconnaissance de fait du droit d’une puissance étrangère à peser sur la composition du pouvoir politique congolais.

Autrement dit, la paix entre deux États ne devrait pas avoir pour contrepartie une limitation de la liberté des Congolais de choisir leurs dirigeants et leurs institutions.

Cette question prend une importance particulière dans un contexte où se croisent négociations diplomatiques, revendications de la rébellion et appels à un dialogue politique national.

Pour Nicolas Kazadi, ces démarches ne doivent pas être confondues. La normalisation des relations avec le Rwanda relève du respect des engagements internationaux et de la souveraineté des États. Le dialogue entre Congolais relève, quant à lui, de leur responsabilité politique collective.

La réussite de l’un ne devrait pas être subordonnée à une redistribution du pouvoir imposée par le rapport de force militaire.

«Dialogue national : réconcilier les Congolais sans légitimer la violence »

La question du dialogue national occupe également une place importante dans la réflexion de Nicolas Kazadi.

Dans un pays confronté à des défis persistants de gouvernance, de cohésion nationale et de sécurité, le dialogue peut constituer un instrument légitime de réconciliation et de recherche de solutions.

Mais son caractère inclusif ne signifie pas nécessairement qu’il doive déboucher sur un partage du pouvoir.

Cette distinction permet de séparer deux questions trop souvent confondues dans le débat congolais : d’une part, la nécessité d’améliorer la gouvernance et de renforcer la cohésion nationale ; d’autre part, l’obligation de défendre l’intégrité territoriale face aux mouvements armés et aux ingérences étrangères.

Les insuffisances de la gouvernance peuvent et doivent être débattues. Elles ne sauraient cependant justifier une agression extérieure ni exonérer de leurs responsabilités ceux qui choisissent la violence.

Dans cette logique, un dialogue national devrait permettre d’identifier les réformes nécessaires, de consolider les institutions et de renforcer la confiance entre les citoyens et l’État.

Il ne devrait pas devenir un mécanisme par lequel la prise des armes conférerait un droit particulier à gouverner.

«La Constitution, une exigence de cohérence »

Nicolas Kazadi interpelle également Joseph Kabila sur le terrain constitutionnel.

L’ancien président, qui invoque la défense de l’ordre constitutionnel, est renvoyé à une contradiction que le député juge fondamentale : comment se réclamer de la Constitution tout en adoptant une posture perçue comme favorable à des acteurs qui contestent l’autorité de l’État par les armes ?

Cette interpellation dépasse la seule personne de Joseph Kabila.

Elle pose la question de la cohérence des engagements démocratiques dans un pays où la Constitution de 2006 devait précisément marquer la sortie des transitions imposées par les guerres et ouvrir la voie à une compétition politique fondée sur le suffrage.

Défendre la Constitution implique donc d’en respecter les règles, aussi bien dans l’exercice du pouvoir que dans sa contestation.

La critique du gouvernement, l’opposition politique et les revendications de réformes appartiennent pleinement au débat démocratique. Le recours à la violence armée pour modifier les équilibres institutionnels relève d’une logique différente.

C’est cette frontière que Nicolas Kazadi entend rappeler.

« Au-delà de Kabila, une interrogation sur l’avenir de l’État congolais »

La portée de cette prise de position dépasse finalement la controverse suscitée par le discours de Joseph Kabila.

Elle remet au centre du débat une difficulté historique de la construction de l’État congolais : comment sortir durablement des conflits sans institutionnaliser les rapports de force qui les ont produits ?

Les compromis du passé répondaient à de réelles nécessités historiques. Mais leur reproduction ne saurait constituer, à elle seule, une stratégie de paix durable.

La réconciliation nationale suppose de s’attaquer aux causes profondes des conflits, de restaurer la confiance dans les institutions, de répondre aux problèmes de gouvernance et de garantir la sécurité des populations.

Elle suppose aussi que la violence cesse d’être perçue comme un raccourci vers la reconnaissance politique.

À l’heure où les accords de Washington nourrissent l’espoir d’une stabilisation régionale, Nicolas Kazadi pose ainsi une question qui dépasse largement les rivalités entre dirigeants : comment faire en sorte que la paix mette définitivement fin à la guerre, plutôt que de préparer les conditions politiques de la suivante ?

Car l’enjeu, au fond, n’est pas seulement de faire taire les armes. Il est de construire un ordre politique dans lequel leur usage ne puisse plus déterminer l’accès au pouvoir.

Faire la paix avec ses voisins, réconcilier les Congolais et préserver leur droit souverain à choisir leurs dirigeants : ces trois exigences doivent se renforcer mutuellement, et non être négociées les unes contre les autres.

MD