Qui pour sauver le soldat Jean Marc Kabund : Tshisekedi ou Kabila ?

Publié mer 20/05/2020 - 07:08
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Visé par une pétition du  MLC Jean Jacques Mamba pour le défenestrer de son prestigieux poste de 1er vice-président de l’assemblée nationale, le dur à cuire Jean Marc Kabund est dans une impasse.

Après avoir, dans un premier temps, minimisé la pétition de sa déchéance, le président a.i de l’UDPS se démène comme un diable dans un bénitier pour sauver son poste.Pour se tirer d’affaires, Kabund a choisi une stratégie maladroite.

D’abord, il a essayé de gagner du temps en s’absentant lors des plénières pour ne pas avoir à être notifié.  Ensuite, au mépris du principe de l’inviolabilité du siège du parlement, il a ameuté une horde des Wewas (motards proches de l’UDPS). Cette meute avait pour mission d’intimider ses collègues députés. Malgré cette pression, la procédure de sa destitution a poursuivi son cours.

Pour empêcher sa déchéance, cette fois-ci Kabund a opté pour le terrain judiciaire plutôt que politique. Comme par enchantement, un des 62 signataires de la pétition Mamba déclare que sa signature lui a été extorquée et décide de porter l’affaire en justice. Deux autres le suivront. « Ne pouvant plus monnayer les retraits de signature comme lors des législatures passées, ils inventent des prétextes », commente un député.

Malgré cela, rien n’y fait, le processus de sa destitution continue. C’est alors que « Maître-nageur » décida de prendre sa plume pour accuser la présidente de l’assemblée nationale Jeanine Mabunda de parti pris et de manquement au devoir de solidarité envers un membre du bureau.

Sur la sellette, l’élu du Mont-Amba à (un des 4 districts de Kinshasa) ne peut compter ni sur la présidence de la République, de qui il aurait obtenu le quitus pour « recadrer » le président du sénat, coupable d’ « outrage » à chef de l’Etat pour avoir critiqué l’ordonnance présidentielle sur l’état d’urgence sanitaire.  Ni sur ses propres troupes à la chambre basse, divisées et faible numériquement. Il est vrai que le président de la République, dans une posture partisane, a exhorté mardi au Palais de la nation la trentaine de députés UDPS à faire bloc derrière Kabund. Ce soutien ne sauvera pas le fauteuil de Kabund.  Pas sûr aussi que l’infortune de Kabund émeuve notamment un Paul Tshilumbu, déchu récemment de ses fonctions de porte-parole par le tonitruant président de l’UDPS. Des cadres de son propre parti pensent d’ailleurs qu’il s’est mis en danger tout seul par son zèle car personne ne lui avait demandé d’affabuler sur les 7 millions $ de frais d’organisation du congrès. Il eut fallu qu’il s’attaquât aux arguments de Thambwe Mwamba, disent-ils. C’est pour les convaincre  d’apporter leur soutien à Kabund, que le président les a réunis chez lui. Et même en cas de soutien unanime des députés UDPS, son sort se  joue ailleurs. Il est entre les mains du Front Commun pour le Congo (FCC) avec ses 300 députés environ, sur 500.

La machine politique de Joseph Kabila -rancunière pour n’avoir jamais digéré la promesse menaçante de Kabund de les voir traverser à la nage le Fleuve Congo pour s’exiler au Congo-Brazza-, a une occasion de lui faire payer ukases. Le FCC est donc resté sourde aux menaces voilées ou ouvertes de crise politique, voire institutionnelle, brandies par certains cadres de l’UDPS, qui résulterait de la déchéance de Kabund.

Malignement, des cadres du FCC font observer qu’ils tiennent à la coalition gouvernementale et que le poste de 1er vice-président de l’assemblée nationale revient non pas à l’individu Kabund mais à l’institution UDPS. En cas de destitution de ce dernier, l’UDPS n’aura qu’à désigner un autre cadre pour le remplacer. Argument imparable ! Il ne reste plus qu’une seule option à Kabund pour garder son poste: aller à Canossa chez Joseph Kabila. En aura-t-il le courage ? Oui car il a déjà réussi par le passé à faire applaudir l’ex-président à la bouillante 10è Rue devant une foule des «  combattants » (militants UDPS). Sacrifiera-t-il son juteux poste sur l’autel de son orgueil ? A supposer que oui, même pour rentrer au gouvernement, ça ne sera pas chose facile pour lui. En cas de remaniement, Tshisekedi, chef de la majorité présidentielle, et Kabila, patron de la majorité parlementaire, ont chacun un droit de véto sur la liste de ministrables. C’est-ce qui a empêché notamment Albert Yuma, favori de Kabila, d’occuper  le poste de premier ministre, car Tshisekedi avait mis son véto. Réciprocité oblige, Kabila s’était aussi opposé notamment à l’entrée de Mbusa Nyamisi dans le gouvernement Ilunga.

Kabund est donc dans une situation inextricable s’il ne s’humilie pas devant l’autorité morale du FCC. Son éviction éventuelle et probable du bureau de l’assemblée va-t-elle déclencher une autre crise au sein de la coalition au pouvoir ? L’avenir nous le dira bientôt ! Mais en attendant l’issue de cette procédure, des cadres du FCC se réjouissent secrètement de voir Kabund en difficulté.

Ce qui est sûr, la RDC traverse une grave crise sanitaire, économique et sociale. Se permettra-t-elle le luxe de s’offrir une nouvelle crise politique et institutionnelle ? Ce serait irresponsable.

Toutefois, des observateurs s’accordent à dire que la déchéance de Kabund ne sera pas sans conséquences sur la coalition. Elle aura des conséquences politiques car c’est un rouage important dans le dispositif du chef de l’Etat. Il est le chef du parti présidentiel et de la délégation CACH aux négociations de partage des postes avec le FCC.

 

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En 16 mois de coalition, FCC et CACH ont provoqué plus d’une dizaine de crises qui ont paralysé le bon fonctionnement des institutions de la République. Il sagit notamment de :

1.   Crise sur la désignation du premier ministre, il a fallu 4 mois

2.   Formation du gouvernement, 3 mois

3.   Affaire ordonnances bloquées SNCC et GECAMINES, 11 mois, non encore résolue

4.   Affaire Charles Nawej pour outrage à chef de l’Etat

5.   Affaire dissolution assemblée nationale vs destitution

6.   Affaire 200 millions $ GECAMINES

7.   Affaire interpellation Ramazani Shadary à l’aeroport de Ndjili

8.   Affaire interpellation par la DGM de Janet kabila

9.   Affaire Delphin Kahimbi

10.                Affaire Thambwe Mwamba sur irrégularité des ordonnances présidentielles sur l’état d’urgence

11.                Affaire Henri Magie

12.                Affaire Mukuna

13.                Affaire Kamerhe

L’affaire Kabund vient de s’ajouter à cette longue liste.

Alors que toutes ces affaires occupent les dirigeants, l’insécurité dans l’est caracole, l’économie périclite et le social se délite. Entre une coalition ambiguë et une cohabitation claire, que choisiriez-vous ?

Zabulon Kafubu