RDC - Parc national des Virunga : De la menace à la promesse

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Si d'ici 2030, le Parc national des Virunga (PNVi), au Nord-Kivu, n'arrivait pas à créér au moins 800.000 emplois, produire 104 MW et générer une économie alternative de 1.6 milliards $/an, alors s'enclencherait inéluctablement le compte à rebours sur la survie de l'un des plus beaux sites naturels au monde.

Le PNVi ressemble à une peinture de Vinci

Son directeur et chef de site, l'anthropologue belge, Emmanuel De Merode, le compare d’ailleurs, à juste titre, à une peinture de Léonard de Vinci. 

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Emmanuel De Merode, directeur et chef de site parc des Virunga

Sommes-nous prêts à voir disparaître ce site extraordinaire que le monde entier nous envie ?
 
Le PNVi est une pure merveille de la nature. Créé en 1925, ce qui fait de lui le plus ancien parc d'Afrique, Virunga a une biodiversité biologique exceptionnelle, la plus riche du continent. Il y a dans le parc 218 espèces de mammifères, dont 21 endémiques du Rift Albertin, 706 espèces d'oiseaux, 78 espèces d'amphibiens (familles des grenouilles et crapauds), 109 reptiles dont le mamba noir et le cobra royal, présents notamment sur la magnifique île Tchegera sur le lac Kivu, aux confins des provinces du Nord et Sud Kivu.

Tenez, on y trouve, entre autres, les fameux gorilles de montage. Les gorilles de plaine, qui ressemblent comme deux gouttes d'eau à leurs cousins de montagne, sont aussi une des attractions du PNVi.
 
Le parc national des Virunga est aussi particulier par sa géographie extraordinaire qui offre des paysages et des reliefs dont les contrastes sont à vous couper le souffle.
 
De magnifiques plaines aux savanes en passant par les forêts humides, toutes surplombées par des montagnes géantes, certaines crachant du feu, Nyiragongo et Nyamulagira, ainsi que des collines verdoyantes où poussent notamment le cacao, le café, le haricot, la pomme de terre, etc. Le parc des Virunga est d'une beauté inouïe. C'est aussi dans ce site que l'on peut apercevoir de la neige sur le Mont-Ruwenzori, 3ème montagne la plus haute d'Afrique.
 
Le PNVi est tellement beau et unique que la communauté internationale l'a inscrit en 1979 au patrimoine mondial de l'UNESCO.
 
Mais ce joyau naturel est, depuis près de 30 ans, menacé de disparition à tel point que l'UNESCO l'a déclaré "patrimoine mondial en péril", en 1994.
 
Les trafics dans le parc rapportent 170 millions $

Le génocide Rwandais en 1994 avec le déferlement des centaines de milliers de réfugiés dans le parc a sérieusement endommagé ses écosystèmes.
L'autre coup dur asséné au parc c'est l'activisme des groupes armés : FDLR, ADF et Maï-Maï.

Le parc des Virunga est devenu l'un de plus violents au monde avec l'assassinat de 21 éco-gardes en 2019. Le PNVi est au cœur de plusieurs trafics illicites. Des experts estiment à 170 millions $ par an, l'économie de la guerre faite dans le parc et contrôlée par ces groupes armés négatifs.

En effet, les FDLR présents dans le parc au niveau des territoires de Rutshuru et Nyragongo, contrôlent le trafic de charbon de bois ( Makala) d'une valeur de 40 millions $ par an. C'est grâce à cela qu'ils se financent en armes notamment. 92% du Makala (braise) qui innondent la ville de Goma proviennent de Virunga. Sur la RN2, on aperçoit au loin des fours en plein parc qui servent à fabriquer de la braise. Ce commerce illicite est tenu par les FDLR. Certains riverains leur paient une taxe en échange de la protection face aux éco-gardes. 

Aux FDLR, la filière Makala, aux ADF la filière cacao et huile de palme

Les ADF eux, plus présents dans le territoire de Beni, contrôlent en particulier la filière cacao. Dans cette partie de la RDC, la contrebande du cacao et de l'huile de palme bat son plein. Le cacao et le café congolais sont exportés frauduleusement en Ouganda, selon des éco-gardes de l'ICCN (Institut Congolais de la Conservation de la Nature). 

Autre problème qu'a le PNVi, la surpêche sur le lac Édouard, dont deux tiers appartiennent à la RDC, qui génère une économie de 62 millions $ par an. Des experts estiment que 15.000 tonnes de poissons par an sont pêchés illégalement dans le lac Édouard.

L'exploitation des ressources naturelles, principalement agricoles et halieutiques, font peser une menace permanente sur le parc. 

Le braconnage, l’autre menace

Le braconnage de l'ivoire, des griffes de lions, des cornes des rhinocéros ont aussi contribué largement à la baisse des populations d'éléphants notamment. Mais depuis peu, plusieurs individus d’éléphants commencent à regagner le parc en provenance de l’Ouganda. Signe que la sécurité s’est accrue dans le parc grâce à l’action des éco-gardes.

L’empiètement du parc pour cultiver qui compte 800.000 ha des terres fertiles
 

Comme si cela ne suffisait pas, le parc des Virunga n'est pas bien vu par une bonne partie de la population riveraine, toujours plus nombreuse et désireuse de plus de terres fertiles pour sa survie.

Face à l'interdiction de cultiver dans le parc, la pauvreté a poussé certains paysans à s'en prendre aux emblématiques gorilles de montagne. Jadis, on les braconnait pour leur viande, mais en 2007 on en massacra quelques individus sans les emporter. C'était un signal de détresse émis par une population privée de ses 8.000 hectares de terres riches, pour que le monde vienne contempler des gorilles. A ce prix là, le coût de la conservation devenait exorbitant pour la population. D'autant plus que des experts affirment qu'un hectare de terre au Nord-Kivu rapporte 1.500 $ par an. Ce qui fait une richesse potentielle de 6 milliard $ chaque année. Pourquoi alors des populations environnantes se priveraient-elles de ces terres riches qui d'ailleurs sont les leurs ? Révoltées, des populations riveraines du parc, près de 5 millions, ont commencé à l'envahir pour le cultiver. La cohabitation entre parc et populations était devenue de plus en plus difficile. Pour ne rien arranger, il arrive souvent que des animaux sauvages quittent leur habitat naturel dans le parc pour venir ravager des cultures des paysans. Ce qui rendaient ces derniers furieux. Depuis, pour apaiser ces relations tumultueuses, le PNVi a entrepris la construction d'une clôture électrique.
 
Le parc est féerique certes, mais doit-on le conserver au détriment des populations riveraines ?
 
L'avenir de cet aire protégé est dans celui des populations riveraines, avait tout de suite compris son directeur général Emmanuel De Merode.

Pour lui, la meilleure façon de conserver le parc c'est de faire des populations riveraines ses alliers et non ses ennemis. Ainsi naquit en 2007 une nouvelle approche de conservation, dénommée « Alliance Virunga », basée sur la création des richesses en faveur des populations riveraines.

« Notre approche est de créer une économie alternative, créer une richesse équivalente à 1.6 milliard $ par an », dit le Dr E. De Merode. 

Tourisme, investissement, énergie et industrialisation, les piliers du programme Alliance Virunga 

D'après le directeur du PNVi, ce programme Alliance Virunga a plusieurs piliers : l'investissement par le tourisme, la production de l'énergie pour ne pas dépendre de la terre et l'industrialisation. D'ici 10 ans, l'objectif de l'Alliance c'est de produire 104 MW et créer 800 milles emplois.
 
D'ores et déjà, l'Alliance a commencé à produire des résultats. Les mises en service par "Virunga Énergies", branche de Virunga Fondation, gestionnaire du PNVi, des centrales hydroélectriques de Mutwanga (1,7 MW) en 2013 et de Matebe 1 (13,1 MW) en 2015, ont eu un impact socio-économique immédiat dans la province.

Matebe a donné de l’énergie à 20000 ménages et 11% de jeunes ont quitté les groupes armés 

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Centrale de Matebe au parc des Virunga

Grâce à Matebe 1, près de 20.000 foyers ont été raccordés en électricité. 12.000 à Goma (250.000 hab) et 6.500 à Rutshuru (23.000 hab), Mutwanga (40.000 hab) et Nyiragongo. La centrale de Mutwanga alimente près de 1.400 ménages (1368 exactement). On estime à fin 2019 que c'est 11% de jeunes, jadis embrigadés dans les groupes armés, qui ont trouvé un emploi dans les 900 PMEs créées grâce à la disponibilité de l'énergie électrique. A Rutshuru, 50% de la transformation du maïs se fait localement. Alors qu'auparavant, la farine de maïs venait de l'Ouganda voisin. Plusieurs commerces ont vu le jour dont les activités de soudure notamment. C'est grâce à cette énergie bon marché, 0,25$/kilowatt (400 FC/KWH), que plusieurs industries se sont développées dans les zones qui jouxtent le PNVi. 

Des industries se créent et se développent dont une chocolaterie et une savonnerie

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Chocolaterie Virunga

La chocolaterie Virunga et la savonnerie à Mutwanga, ex-fief des ADF, ont créé de la richesse et des emplois. Avec un investissement de 400.000$, VIRUNGA chocolat produit 1.5 tonnes de chocolat par mois. L'activité est en pleine croissance. La société, filiale de la Fondation
 
Virunga, veut produire dix fois plus, soit 15 tonnes par mois. Des travaux d'agrandissement de son usine sont en cours à Mutwanga. La société emploie 20 personnes (12 permanents et 8 occasionnels). Selon Roger Marora Muhindo, son directeur de production, cette belle aventure n'a été possible que grâce à la disponibilité d'une énergie de qualité fournie par Virunga Énergies.

"La production du chocolat nécessite un courant de qualité pendant 48 heures. En cas de coupure, on perd la production ", explique-t-il.

La chocolaterie a su organiser une filière cacao totalement destructurée. Grâce à la Virunga Chocolat, un réseau de 3.500 agriculteurs vendent désormais leur cacao sans peine et ont des revenus stables.

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Savonnerie Virunga

Quelques mètres plus bas, il y a une savonnerie qui fonctionne aussi grâce à l'électricité de Virunga Énergies. Sicovir, avec investissement de 6,3 millions $, le   projet industriel débuté en 2013, a livré sa première production en 2016. Ce projet dont la Fondation Virunga detient près de 23% du capital, emploie 100 personnes dont 70 permanents et 30 occasionnels et a une capacité de production de 700 tonnes par mois. À l'instar de la Chocolaterie Virunga, Sicovir garantit des revenus aux agriculteurs qui lui vendent de l'huile de palme. Son directeur, Marc Abdallah, pense atteindre le seuil de rentabilité l'année prochaine, mais à condition que l'Etat lui en facilite la tâche. 

Harcèlement fiscal même en zone de guerre

Pour lui, les pouvoirs publics doivent tenir compte que son industrie est dans une zone de guerre et qu'elle fait face à d'énormes difficultés d'approvisionnement. Les industries qui sont en zone de guerre ne doivent pas être taxées de la même façon que celles qui sont en zone de paix. Il déplore une fiscalité agressive de l'État qui favorise l'importation au détriment de la production locale, créatrice d'emplois.

"Pas d'allègement malgré la guerre. Les agents fiscaux ne viennent pas ici. Ils nous harcèlent au téléphone. C'est du harcèlement fiscal au téléphone. Ils doublent la pression. Si on continue à perdre l'argent, on va fermer. Ça sera catastrophique. Les actionnaires ne vont pas continuer à investir indéfiniment", dit, dépité, Abdallah.

C'est grâce à Sicovir que l'hôpital de Mutwanga a été réhabilité. L'activité économique qui découle de cette savonnerie fait que les jeunes ne soient pas huppés par des groupes armés, se réjouit le Dr Emmanuel De Merode.
 
L’énergie fournie gratis aux écoles, hôpitaux et prisons 

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L'énergie étant disponible, Virunga Fondation entend amplifier l'industrialisation du Nord-Kivu, afin de diminuer la pression sur le PNVi. Sa nouvelle trouvaille : créer des parcs économiques. Elle en a déjà créé deux. Un à Mutwanga et un autre à Goma. Un troisième pour bientôt à Lubero. La chocolaterie se trouve dans le parc économique de Mutwanga.
Si l'énergie est fournie à des prix abordables aux industriels et aux ménages, elle est donnée gratuitement aux hôpitaux, aux écoles, aux prisons, aux stades, aux camps militaires, aux bâtiments administratifs et aux tribunaux, notamment.

Goma : Baisse de la criminalité grâce à l’éclairage public de Virunga Énergies 

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Éclairage public de Virunga Énergies

Virunga Énergies via ses deux centrales Matebe et Mutwanga, contribue beaucoup à l'éclairage public. Grâce à cette énergie, Goma est devenue l'une des villes les plus éclairées en RDC. Conséquence : baisse de la criminalité dans ses quartiers chauds, entre autres....
 
Avec la mise en service cette année de la centrale de Luviro à Lubero (14.6MW), la Fondation veut décupler l'impact socioéconomique du PNVi sur les populations, afin de le préserver.

"Les gens sont dans les groupes armés par désespoir. Il faut leur créer une alternative économique", martèle le DG du parc.

Union européenne, partenaire historique du parc 

Dans son projet d'industrialisation du Nord-Kivu par l'énergie, la Fondation Virunga peut compter sur plusieurs partenaires notamment, l'Union européenne (UE). Le PNVi a un budget annuel de 13 millions $. Le parc entrevoit son autonomie financière en 2025. En 2017, le PNVi a attiré 5.000 touristes, un record, qui sont venus voir les gorilles de montagne. Son directeur général veut attirer davantage des touristes. Et cela passe notamment, par des facilités en matière de visas.

Plusieurs menaces pèsent sur le parc, mais la nouvelle approche développée par son directeur laissent entrevoir une lueur d’espoir. 

La manne touristique pour la voir tomber, nécessite que l’Etat améliore la sécurité et le climat des affaires. Le parc national des Virunga offre plusieurs opportunités aux touristes nationaux et locaux. 

IML