Appel d’offres blocs pétroliers : Opposée à l’exploitation des énergies fossiles, la Dynamique POLE écrit au président Tshisekedi

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Le 27 juillet 2022, 12 organisations de la société civile réunies au sein de la Dynamique POLE (Politique énergétique) ont adressé une lettre ouverte au président de la République. Elles y expliquent les risques que court la RDC en misant sur les énergies fossiles pour se développer.

Pour cette Dynamique qui prône le développement du secteur énergétique comme moteur du développement durable en RDC, la « campagne du gouvernement congolais sur l’appel d’offres de 27 blocs pétroliers et 3 gaziers ne montre que les avantages financiers mais élude les risques environnementaux et les conséquences sur les communautés locales ».

Ainsi, la première crainte est l’endettement du pays car le brut ne sera produit que plusieurs années après, au moment que les énergies fossiles pourront déjà perdre leur valeur sur le marché international.

« Nous risquons de nous retrouver d’ici 15 ans dans un marché où le pétrole n’est plus favorable. Et des milliards de dollars qui seront déjà investis pourront se constituer en dettes car le gouvernement est obligé de les garantir », a déclaré Emmanuel Musuyu, secrétaire exécutif de CORAP, organisation membre de cette Dynamique, lors de la présentation de cette lettre à la presse le 28 juillet.

La deuxième crainte de la Dynamique POLE exprimée au chef de l’Etat est la surestimation des bénéfices de l’exploitation de ces 27 blocs pétroliers.

« On nous parle des milliards de dollars de bénéfice alors que les études économiques, environnementales et sociales n’ont pas été réalisées. Ce qui fait que ça reste hypothétique. Les chiffres qu’on donne sont carrément proches d’une propagande », a taclé Emmanuel Musuyu.

La troisième inquiétude de la Dynamique POLE se base sur l’expérience de la ville de Muanda au Kongo-Central, où le pétrole est exploité depuis plusieurs années par la société franco-britannique PERENCO.

« Dans cette ville, il n’y a que quelques kilomètres d’asphalte sur la route principale, presque tous les jeunes y sont chômeurs. Les emplois dignes de nom sont attribués aux expatriés. Si l’exploitation pétrolière n’est pas avantageuse pour la population à Muanda, qu’est-ce qui rassure que celle de ces 27 blocs sera avantageuse pour la population congolaise ? », s’interroge cette Dynamique.

L’inquiétude suivante a comme soubassement l’exemple du Nigeria, de l’Angola et du Ghana que le ministre des Hydrocarbures, Didier Budimbu, ne cesse de citer comme des « modèles de développement par le biais de l’exploitation pétrolière ». 

La Dynamique POLE cite un rapport de l’ONU sur Ogoniland, un territoire du delta du Niger, où les cours d’eau sont polluées par des hydrocarbures, y compris par un agent cancérigène présent dans l’eau à une concentration jusqu’à 900 fois supérieure à la norme de l’Organisation mondiale de la santé.

« Pourquoi l’Etat congolais prendrait le risque de mettre en danger le bien-être des communautés locales en connaissant ces risques ? », interroge encore cette Dynamique.

La cinquième inquiétude est la violation des lois congolaises par cet appel d’offres et la « privation des moyens de substance et les droits sur les terres aux millions de congolais qui y habitent au profit des multinationales ».

Pour la Dynamique POLE, cet appel d’offres de 27 blocs pétroliers viole l’article 7 de la loi n°11/09 du 16 juillet 2011 portant principes fondamentaux relatifs à la protection de l’environnement, l’article 155 du code des hydrocarbures et l’article 25 de la n°14/003 du 11 février 2014.

L’avant dernière inquiétude de la Dynamique POLE est que le gouvernement risque d’abandonner l’idée de construire un « avenir économique vert et inclusif qui protège la santé, la vie, l’eau, les richesses naturelles comme les forêts et les aires protégées ».

« Si la population a accès à une énergie propre, fiable, abordable et proche d’elle, elle pourra se prendre en charge en développant des activités économiques qui pourront permettre d’améliorer les conditions de vie au niveau communautaire », a dit Emmanuel Musuyu lors de cette conférence de presse.

La dernière inquiétude de la Dynamique POLE exprimée au chef de l’Etat par rapport à cet appel d’offres est le risque de la violation par le gouvernement de son propre créneau « RDC, pays solution » au problème de réchauffement climatique planétaire.

« Sans qu’on le pourchasse, le gouvernement s’est engagé lui-même à réduire les émissions de gaz à effet de serre du pays à 21% par l’atténuation et l’adaptation (…). L’exploitation des blocs pétroliers n’est donc pas compatible avec la Contribution déterminée au niveau national (CDN) révisée en 2021 pour la période de 2021-2030 », conclut cette correspondance.

Pour rappel, le président de la République a rassuré dans son discours lors du lancement de cet appel d’offres, que la RDC ne compte pas "renier ses engagements auxquels elle a souscrit à l’international".

 Félix Tshisekedi a ajouté que les travaux d’exploration et d’exploitation seront réalisées à l’aide des moyens technologiques "les plus modernes qui protègent l’environnement, la faune et la flore, les écosystèmes ainsi que les équilibres écologiques".

Bienfait Luganywa