Mutiki et la doctrine Kamba : vers une convergence stratégique au service de la consolidation de l’État [ Tribune ]

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Le débat autour des propositions dites « Mutiki » et « Kamba » a pris, ces dernières semaines, une tournure presque binaire. Certains présentent les deux approches comme concurrentes, comme s’il fallait choisir l’une contre l’autre. Cette lecture est politiquement compréhensible, mais stratégiquement insuffisante.

La République démocratique du Congo traverse une phase où la stabilité institutionnelle et la réforme structurelle doivent avancer ensemble. Dans ce contexte, la meilleure manœuvre n’est pas d’opposer Kamba à Mutiki. La meilleure manœuvre est de transformer Mutiki en véhicule doctrinal Kamba. Autrement dit : laisser Mutiki entrer dans l’histoire parlementaire, mais y intégrer la profondeur stratégique Kamba.

Le moment parlementaire appartient à Mutiki
Un fait est clair : la proposition de loi Mutiki est introduite à l’Assemblée nationale. Elle existe institutionnellement. Elle structure le débat. Elle mobilise les parlementaires. Elle occupe l’espace politique.

Dans toute dynamique législative, le texte qui entre le premier dans l’arène parlementaire bénéficie d’un avantage stratégique majeur : il devient la base de discussion.
Chercher à créer une opposition frontale à ce stade reviendrait à diviser une ambition commune.

Une convergence de fond

Sur le fond, les deux approches partagent une intuition centrale : mettre fin à la culture de la récompense de la rébellion et protéger les institutions républicaines.

La proposition de loi Mutiki apporte une réponse structurante en introduisant un mécanisme préventif destiné à protéger les institutions contre toute infiltration susceptible de compromettre leur stabilité et leur crédibilité. Elle constitue, à ce titre, un signal fort en faveur de la consolidation de l’État de droit et du respect des principes républicains.

Elle agit comme un verrou institutionnel.
Elle protège l’État contre l’infiltration des fonctions régaliennes.
La doctrine Kamba, quant à elle, va plus loin : elle vise à transformer la structure des incitations politiques afin que la rébellion cesse d’être une stratégie rationnelle.
Il n’y a pas contradiction. Il y a profondeur différente.
Mutiki protège.
Kamba transforme.
La maturité stratégique consiste à articuler les deux niveaux.
Pourquoi l’opposition serait une erreur
Opposer les deux textes créerait :
une polarisation inutile,
un débat de personnes plutôt que de principes,
un risque de blocage politique.
Surtout, cela détournerait l’attention du véritable objectif : rompre durablement le cycle rébellion–intégration.

L’histoire parlementaire montre que les grandes transformations institutionnelles passent souvent par l’intégration progressive d’idées doctrinales dans des textes politiquement viables.
La transformation durable ne naît pas toujours d’une confrontation. Elle naît souvent d’une intégration stratégique.
Transformer Mutiki en véhicule doctrinal
Que signifie concrètement cette approche ?
Cela signifie :
renforcer les bases juridiques de responsabilité,
clarifier la dimension dissuasive,
intégrer une réflexion sur les incitations structurelles,
encadrer strictement toute forme d’arrangement futur.
Protéger les institutions est une étape essentielle, mais la consolidation durable de l’État suppose également de réfléchir aux mécanismes qui rendent la violence politiquement attractive.
C’est dans cette perspective qu’une approche doctrinale complémentaire, souvent associée à la réflexion dite « Kamba », peut enrichir le débat parlementaire. Cette approche ne vise pas à concurrencer les initiatives existantes, mais à approfondir leur portée stratégique en mettant l’accent sur la transformation des incitations politiques.
Autrement dit, faire de Mutiki non seulement un pare-feu, mais aussi un levier de transformation.
Plutôt que de multiplier les textes, il s’agit d’approfondir celui qui est déjà dans le processus législatif.

Une stratégie d’État, pas une rivalité d’initiatives
La République démocratique du Congo n’a pas besoin d’une compétition entre doctrines. Elle a besoin d’une cohérence d’État.
Dans un environnement régional sensible, face à des dynamiques de déstabilisation répétées, la solidité institutionnelle dépend moins du nombre de lois adoptées que de la cohérence stratégique de leur architecture.
La meilleure stratégie est donc claire :
accompagner Mutiki,
y intégrer la profondeur Kamba,
éviter les oppositions artificielles,
construire une doctrine républicaine unifiée.

Conclusion : la victoire silencieuse de la cohérence

Dans les moments décisifs, la sagesse stratégique consiste à choisir l’efficacité plutôt que la confrontation.
Si la loi Mutiki peut porter en elle la profondeur doctrinale Kamba, alors la réforme ne sera pas seulement adoptée — elle sera consolidée.
Ce n’est pas une question d’ego.
Ce n’est pas une question de signature.
C’est une question de transformation durable.
L’histoire retiendra moins les rivalités que la cohérence.
Et aujourd’hui, la cohérence commande l’intégration.

Eric Kamba
Chercheur en relations internationales et géostratégie
Fondateur de Congo Action pour la Diplomatie Agissante (CADA)