Steve Mbikayi répond à Joe Wilson sur la marche des Rwandais à Washignton : « Sans égard pour notre Président, vous le qualifiez de dictateur, sans la moindre preuve, c’est irrespectueux. Faites pression sur le Rwanda afin qu’il respecte l’accord signé

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Marche des Rwandais à Washington : réponse au congressman Joe Wilson

Réagissant à la marche organisée par des Rwandais à Washington le 20 avril 2026, le représentant Joe Wilson a déclaré :
« Les Banyamulenge se réunissent à Washington, appelant à juste titre le dictateur Tshisekedi et les génocidaires du FDLR pour avoir perpétré un nouveau génocide dans la région des Grands Lacs d’Afrique. J’appelle les présidents Tshisekedi et Ndayishimiye à arrêter immédiatement toute violence et à mettre en œuvre l’Accord de paix de Washington. Les problèmes du Congo exigent avant tout une action du Congo lui-même, plutôt que de rejeter la faute sur le président Trump. »

Nous adressons la réponse suivante à Joe Wilson.

Monsieur le Représentant,

Votre réaction à la marche organisée à Washington par des Rwandais met au grand jour votre partialité dans le conflit opposant la République démocratique du Congo au Rwanda. Sans détour, vous relayez le narratif de Kigali, au mépris d’une analyse plus circonspecte des faits.

Sans égard pour notre Président, vous le qualifiez de dictateur, sans la moindre preuve, et l’associez aux FDLR. Vous l’accusez même de perpétrer un nouveau génocide dans la région des Grands Lacs. De tels propos, à l’égard d’un Chef d’Etat, sont à la fois irrespectueux, inacceptables et, à bien des égards, péremptoires.

Retenez ceci : les Congolais ne rejettent pas la faute sur le président Trump. Le problème est clair. Les États-Unis ont parrainé un accord qu’ils doivent faire respecter. Or, le Rwanda vous défie ouvertement. À votre ultimatum exigeant le retrait de ses forces du territoire congolais au plus tard le 1er avril 2026, il a opposé une fin de non-recevoir.

Plutôt que de céder à la diversion et de brouiller les cartes, allez à l’essentiel. Intensifiez les sanctions afin de faire respecter votre position en tant que première puissance mondiale. Dans ce dossier, votre crédibilité est en jeu. Agissez avec la diligence requise.

S’agissant de la marche organisée à Washington le 20 avril 2026 ne représentait en rien des Congolais d’origine rwandaise. Il s’agissait de Rwandais instrumentalisés par le pouvoir de Kigali pour détourner l’attention du véritable problème : l’occupation et le pillage d’une partie de notre territoire.

Les Congolais d’origine rwandaise, dits Banyamulenge, ne sont pas persécutés en RDC. Ils bénéficient, au contraire, d’un traitement privilégié. Le pays compte plus de 450 groupes ethniques, et cette communauté est la seule à être continuellement représentée dans les gouvernements. Elle occupe également de nombreux postes au sein de l’armée et des services de sécurité, souvent au détriment d’autres groupes.

Le problème n’est pas la population d’origine rwandaise en tant que telle, mais une partie de ses élites politiques. Celles-ci cherchent à monopoliser les postes de pouvoir en RDC. Tant qu’elles sont intégrées au système, elles demeurent silencieuses ; lorsqu’elles en sont exclues, elles rejoignent la rébellion et défendent les intérêts rwandais.

Avant l’agression rwandaise sous la bannière de l’AFDL, les Banyamulenge vivaient en parfaite cohabitation avec les autres communautés. Dans les entreprises comme dans les quartiers, les relations étaient pacifiques.

Pourtant, lors de la prise du pouvoir par le FPR, beaucoup sont retournés au Rwanda, où certains ont occupé des postes de responsabilité. Sous l’AFDL, des Rwandais présentés comme Banyamulenge ont dirigé l’armée congolaise et occupé des fonctions clés. Le cas le plus emblématique reste celui de James Kabarebe : chef d’état-major de l’armée congolaise, il a ensuite occupé la même fonction au Rwanda.

Il y a une semaine, un ancien député congolais a été intercepté à Brazzaville alors qu’il tentait de voyager avec un passeport rwandais. Il a reconnu être de nationalité rwandaise.

Dès lors, une question fondamentale se pose : qui est Rwandais, et qui est Congolais d’origine rwandaise ? À qui profite cette confusion savamment entretenue ?

Le prétendu génocide auquel vous faites allusion relève d’une stratégie d’intimidation visant à dissuader les Congolais de dénoncer l’infiltration de leurs institutions. À cet égard, les Congolais sont des victimes, non des bourreaux.

Oui, existe bel et bien des Congolais d’origine rwandaise. Mais il existe aussi des Rwandais se faisant passer pour des Congolais banyamulenge. Les organisateurs de la marche du 20 avril à Washington en offrent une illustration : il s’agissait de Rwandais se présentant comme Congolais.

Ils ont dénoncé une prétendue persécution des rwandophones en RDC. Si une telle persécution existait, des preuves en auraient été apportées. Les États-Unis disposent des moyens nécessaires pour établir que ces accusations relèvent d’une construction destinée à entretenir la confusion, sinon d’un véritable artefact politique. Vous le savez.

Il convient de rappeler que, comme dans tout pays, des conflits communautaires existent en RDC : entre Yaka et Teke dans le Bandundu, entre Rega et Bashi au Kivu, entre Kasaïens et Katangais, entre autres.

Des tensions existent également entre Banyamulenge et certaines communautés du Kivu.

Cependant, il est inacceptable que, dès lors que des rwandophones sont concernés, la responsabilité soit systématiquement imputée au gouvernement. Il s’agit là d’une exploitation abusive de conflits locaux.

En République démocratique du Congo, l’État protège tous les citoyens. Tous sont égaux devant la loi. La cohabitation entre Congolais d’origine rwandaise et les autres communautés ne pose pas de problème structurel.

Le véritable enjeu réside dans l’action de certains acteurs politiques d’origine rwandaise qui instrumentalisent la question identitaire. Ceux-ci se laissent manipuler par Kigali afin de justifier l’agression de notre pays.

La marche du 20 avril à Washington s’inscrit dans cette stratégie. Elle visait à offrir une bouffée d’oxygène à un régime rwandais fragilisé par les sanctions américaines.

Ne tombez pas dans ce piège.

Faites pression sur le Rwanda afin qu’il respecte l’accord signé sous le parrainage du président Trump.

Le problème sera alors résolu.

Carte blanche n°207 de Steve Mbikayi, député national et président du Parti Travailliste