Sharp Vision au cœur des tensions autour de la réforme des jeux en RDC

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En République Démocratique du Congo, la réforme du secteur des jeux ne se joue pas uniquement sur le terrain législatif. En coulisses, une lutte d’influence oppose institutions et acteurs privés, sur fond de promesses de modernisation et de craintes déjà observées ailleurs en Afrique.

Une réforme qui dépasse le cadre technique

La réforme du secteur des jeux en République Démocratique du Congo s’impose comme un enjeu plus politique que technique. Derrière les textes en préparation, c’est une véritable bataille d’influence qui oppose le ministère des Sports et Loisirs, le ministère des Finances et la SONAL, actuellement chargée de la régulation.

Deux projets de loi sont en cours d’élaboration et pourraient profondément rebattre les cartes. Le premier, porté par le ministère des Finances, vise à centraliser le contrôle de l’ensemble du secteur en s’appuyant sur un partenaire technique unique. Dans ce contexte, plusieurs entreprises sont évoquées dont Sharp Vision, aux côtés de Afitech et East Africa General Trading Company. Un tel dispositif permettrait à l’État de renforcer considérablement ses capacités de collecte et de supervision, avec des retombées financières potentiellement significatives.

Pour autant, l’absence de communication officielle du ministère des Finances alimente les interrogations sur les modalités concrètes de cette réforme et sur les critères de sélection du futur partenaire.

Un projet de loi parallèle porté au Parlement

En parallèle, le député Willy Mishiki a déposé une proposition de loi qui s’inscrit dans une logique de modernisation, mais avec une approche sensiblement différente. Le texte repose sur trois axes : l’intégration des opérateurs au système fiscal pour un suivi en temps réel des flux, le renforcement des mécanismes de lutte contre la fraude et une meilleure protection des joueurs, en particulier des plus jeunes face à une exposition croissante aux paris.

Cette initiative met en avant une volonté de transparence et de régulation plus directe par l’État, sans nécessairement concentrer le pouvoir entre les mains d’un acteur unique.

Des précédents africains qui nourrissent les inquiétudes

Si ces projets sont présentés comme des leviers de modernisation, ils suscitent également des réserves.

Plusieurs enquêtes font écho à des expériences comparables dans des pays comme le Sénégal et la Côte d’Ivoire, où l’intervention de Sharp Vision dans la supervision du secteur des jeux a été associée à des tensions institutionnelles, des controverses sur la gouvernance et une perte de confiance de certains acteurs.

Ces précédents alimentent aujourd’hui un débat plus large en RDC : celui du risque de concentration du marché, du manque de transparence dans les processus décisionnels et de l’impact réel de ces réformes sur l’écosystème local.

Entre modernisation attendue et crainte de déséquilibres

À l’approche des discussions prévues entre mars et juin, deux visions s’opposent. D’un côté, celle d’un secteur à structurer, capable de générer des recettes importantes et de mieux encadrer une activité en forte croissance. De l’autre, celle d’une réforme qui pourrait reproduire des schémas déjà contestés ailleurs, en concentrant les pouvoirs et en fragilisant certains équilibres existants.

La question n’est donc plus seulement de savoir comment réguler le marché des jeux en RDC, mais dans quelles conditions et au bénéfice de quels acteurs