RDC : "Ce n'est pas le changement de la constitution qui arrêtera les massacres des civils, ni le référendum qui améliorera les conditions de vie", (Evêque de Butembo-Beni)

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Alors que son diocèse paie le prix fort des attaques terroristes entretenues par les ADF, l'évêque de Butembo-Beni (Nord-Kivu) dénonce l'indifférence des officiels congolais face au drame.

Dans un message remontant au 3 juin dernier et relayé à la presse, Monseigneur Paluku Sikuli dresse un tableau sombre de la situation sécuritaire dans le Grand Nord du Nord-Kivu, caractérisé par la présence du M23, les massacres à répétition des civils, le banditisme urbain à Butembo et Beni, l'instabilité dans les zones rurales, le dysfonctionnement dans les écoles et les structures sanitaires ainsi que la résurgence de la maladie à virus Ebola.

« Le diocèse de Butembo-Beni souffre d'une insécurité presqu'endémique. La zone pastorale sud vit sous l'occupation étrangère avec la complicité du M23. Celle du Nord est affligée de manière répétitive par les actions meurtrières des ADF. Et, comme le malheur n'arrive jamais seul, la maladie à virus Ebola est venue compliquer la vie de toute la population », écrit le pasteur de l'Eglise catholique à Butembo-Beni.

Cependant, en dépit de ce climat, déplore le prélat, des détenteurs du pouvoir dans le pays s'évertuent à déployer leurs efforts pour changer la constitution, plutôt que pour répondre « aux besoins réels et légitimes » des Congolais.

« Dans ce contexte peu luisant, la préoccupation de nos gouvernants semble être ailleurs. Ceux-ci s'attellent avec obstination incompréhensible à activer le processus de changement de la constitution. Nous estimons qu'il serait plus utile et urgent de se pencher sur la recherche de réponses adéquates aux attentes profondes de la population », fait-il remarquer.

Dans son document, l'évêque charge le président de la République, le gouvernement, les députés et les sénateurs engagés dans le projet de changement de la constitution. Pour lui, cette démarche risque de cautionner la balkanisation du pays que les Congolais redoutent tant depuis des années.

Ainsi, appelle-t-il Félix Tshisekedi à se « préoccuper avant tout de la restauration de la paix et de ne pas oublier que la finalité du pouvoir, c'est d'abord le service du peuple ». Le prélat invite par ailleurs les députés et les sénateurs à ne pas être complices du malheur de leurs frères et à éviter la politique du ventre.

Mgr Paluku Sikuli demande à l'armée de redoubler d'efforts pour la protection des citoyens et à la population de rester éveillée pour ne pas être piégée par des manipulations des politiciens.

« Ce n'est pas le changement de la constitution qui arrêtera les massacres. Ce n'est pas non plus un référendum qui améliorera automatiquement les conditions de vie », prévient-il.

La position tranchée de l'évêque diocésain est publiée alors que dans le pays, les initiatives en faveur du changement de la constitution dominent les débats politiques.

Mercredi 3 juin dernier, des opposants réunis au sein de la Coalition Article 64 (C64) ont appelé à une journée ville morte pour s'opposer à ce projet. Le vendredi 5 juin, l'évêque Ejiba a par ailleurs mobilisé à Kinshasa pour apporter son soutien à la démarche.

Le même jour, l'Eglise du Christ au Congo (ECC) a entendu l'opposant Martin Fayulu ainsi qu'Augustin Kabuya et André Mbata au sujet de leur vision sur le sujet et promet de rendre sa position publique ce dimanche 7 juin. Celle-ci, au côté de l'Eglise catholique était en première ligne entre 2016 et 2018 pour empêcher que Joseph Kabila ne touche à la constitution pour s'accorder un 3e mandat.

Isaac Kisatiro, à Butembo