Le gouvernement congolais a haussé le ton face aux nouvelles nominations annoncées par l’AFC/M23 dans plusieurs établissements publics de l’Enseignement supérieur et universitaire (ESU) à Goma et Bukavu. Dans un communiqué publié le 10 août, le ministère de l’Enseignement supérieur, universitaire, Recherche scientifique et Innovations (ESURSI) affirme que ces décisions, annoncées le 7 août dernier, n’ont aucune valeur juridique et administrative.
Les établissements concernés sont notamment l’Institut supérieur de commerce (ISC), l’Institut supérieur des techniques médicales (ISTM), l’Institut supérieur des techniques appliquées (ISTA) et l’Institut supérieur pédagogique (ISP) à Goma. À Bukavu, les mesures concernent notamment l’ISC, l’ISTM, l’ISP, l’Institut supérieur de développement rural (ISDR), l’Institut supérieur des arts et métiers (ISAM) ainsi que l’Université officielle de Bukavu (UOB).
Pour Kinshasa, ces nominations constituent une ingérence dans le fonctionnement des établissements publics placés sous l’autorité de l’État. Le ministère rappelle que des initiatives similaires avaient déjà été signalées à l’ISTM/Bukavu en juin 2025 et à l’Université de Goma en mai 2026. Cette dernière nomination avait notamment débouché sur le remplacement du recteur Muhindo Mughanda, nommé par Kinshasa, par un responsable choisi par l’AFC/M23.
"L’occupation d’un territoire ne confère ni souveraineté, ni compétence institutionnelle, ni pouvoir de nomination. Les établissements publics d’Enseignement Supérieur et Universitaire demeurent des institutions de la République Démocratique du Congo", soulignent les autorités congolaises.
Le gouvernement insiste ainsi sur le fait que les établissements concernés restent soumis aux décisions des autorités légalement établies à Kinshasa. Il précise que les comités de gestion régulièrement investis restent en fonction et continuent d’exercer leurs prérogatives.
"Aucune autorité de fait, aucun mouvement armé ni aucune structure dépourvue de légitimité constitutionnelle ne peut se substituer aux institutions légalement établies de la République ni exercer des compétences relatives à l’organisation et au fonctionnement des établissements publics d’Enseignement Supérieur et Universitaire", prévient le gouvernement.
Le ministère fait par ailleurs savoir que toute personne qui participerait à la mise en œuvre de ces nouvelles nominations s’expose aux sanctions prévues par les lois congolaises. Il appelle également la communauté universitaire du Nord-Kivu et du Sud-Kivu à rester attachée aux institutions de la République et assure vouloir préserver la continuité du service public de l’enseignement supérieur dans les zones concernées.
Ces mois, l'AFC/M23 multiplie les décisions dans plusieurs secteurs relevant normalement de l’administration centrale. Outre l’ESU, le mouvement rebelle a récemment nommé des responsables dans le domaine de la justice et des droits humains et pris des mesures concernant les cambistes, les opérateurs de monnaie électronique, les agents bancaires et les bureaux de transfert d’argent dans les zones sous son contrôle.
À travers cette succession de décisions, l’AFC/M23 continue donc de mettre en place ses propres structures et responsables à Goma et Bukavu, alors que Kinshasa conteste leur légalité et affirme maintenir sa reconnaissance des autorités régulièrement nommées par l’État congolais.
Isaac Kisatiro, à Butembo