Le Gouvernement a arrêté, lundi 31 août 2026, un plan d’action en trois phases pour lutter contre les érosions à travers le pays, avec des interventions allant de l’urgence immédiate à une réponse structurelle sur une période de dix ans.
Cette stratégie a été précisée au cours d’une réunion présidée par la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, consacrée aux mesures à prendre face aux risques d’érosion et d’inondation à l’approche de la saison des pluies.
Autour de la cheffe du Gouvernement étaient notamment présents les vice-Premiers ministres de l’Économie, Daniel Mukoko Samba, et du Budget, Adolphe Muzito, ainsi que les ministres des Infrastructures et Travaux publics, John Banza, et des Finances, Doudou Fwamba.
Au sortir de la réunion, le ministre des Infrastructures et Travaux publics a expliqué que les échanges avaient permis de déterminer les modalités techniques d’intervention, mais aussi les réformes à engager pour s’attaquer aux causes profondes du phénomène.
« Nous avons passé en revue les différents aspects de la question : comment nous allons procéder en termes clairs sur les plans techniques, comment nous allons nous préparer à l’arrivée de la saison des pluies. Donc, nous avons arrêté la stratégie conséquente, et nous avons aussi abordé les différentes réformes à faire immédiatement, pour qu'à la longue, nous n’ayons plus ces problèmes », a déclaré John Banza.
Trois phases pour répondre à l’urgence
La première phase, qui couvre une période de zéro à un an, sera consacrée aux travaux d’extrême urgence déjà identifiés par le Gouvernement. Il s’agira de traiter en priorité les sites où les érosions présentent les risques les plus importants pour les populations et les infrastructures, notamment à l’approche des fortes pluies.
La deuxième phase s’étendra d’un à cinq ans. Elle prévoit notamment la réalisation d’études ainsi que l’élaboration ou l’actualisation des plans directeurs de certaines grandes villes du pays.
Enfin, la troisième phase ira jusqu’à dix ans. Elle devra permettre de mettre en place des solutions structurelles et durables, notamment à travers une meilleure planification urbaine et une réorganisation de l’occupation de l’espace.
« Nous sommes en train de travailler sur un plan global qui part de zéro à dix ans, en trois phases. La première phase, c’est de zéro à une année, donc les travaux d’extrême urgence que nous avons identifiés et que nous allons prendre en charge. Et la deuxième phase, c’est d’une année à cinq ans. Il y a des études à faire sur les plans directeurs de certaines grandes villes de notre pays. Puis la troisième phase va jusqu’à dix ans, pour avoir, à long terme, ce que le pays doit faire pour que nous ne puissions pas connaître ces drames-là », a détaillé John Banza.
Le Gouvernement entend désormais mobiliser les différents services de l’État pour mettre en œuvre cette feuille de route et renforcer la protection des populations exposées.
« Nous avons un schéma très clair maintenant, et nous allons le mettre en œuvre. Nous allons nous mobiliser, et mobiliser les différents services de l’État, pour que la population soit protégée de ces fléaux qui ont de graves conséquences sur notre économie, qui ont de graves conséquences sur notre société », a assuré le ministre des ITP.
La mise en œuvre de ce plan devra cependant tenir compte de l’ampleur des besoins et des moyens nécessaires pour conduire les travaux anti-érosifs.
John Banza a rappelé que ces interventions présentent des contraintes particulières, notamment parce qu’une fois engagés, les travaux doivent être menés jusqu’à leur achèvement.
« La question est complexe. La question de la lutte anti-érosive est complexe. Effectivement, le Gouvernement a déjà décaissé des moyens importants. Et vous devez savoir que, dans la lutte anti-érosive, c'est différent des autres types de travaux de construction, que ce soit les routes ou les bâtiments. C'est-à-dire que, pour la lutte anti-érosive, dès que vous commencez, vous devez absolument terminer », a-t-il expliqué.
Selon lui, l’étendue du phénomène à travers le territoire national oblige le Gouvernement à adapter ses interventions en fonction des ressources disponibles et des caractéristiques techniques de chaque site.
« Nous avons un grand pays, avec des villes qui sont confrontées à ces problèmes. Donc, nous avons plusieurs villes qui sont confrontées à ces problèmes, et cela nous demande beaucoup, alors beaucoup de moyens. Mais cela ne nous effraie pas. C’est l’approche et la stratégie que nous sommes en train d’adapter, en fonction de nos moyens, et en fonction aussi des techniques que nous devons utiliser pour que nous puissions protéger nos populations », a-t-il ajouté.
Un phénomène qui dépasse largement Kinshasa
La problématique des érosions ne se limite pas à la capitale. Plusieurs villes et autres agglomérations du pays sont confrontées à la multiplication des têtes d’érosion, menaçant des habitations, des routes et d’autres infrastructures.
« Ces travaux ne concernent pas la ville de Kinshasa. Je vous ai dit tout à l’heure que beaucoup de nos villes sont concernées. Vous avez à Kikwit, par exemple, plusieurs têtes d’érosion. Vous avez la ville de Luebo, qui est presque en train de disparaître. Nous avons commencé des travaux dans la cité de Tshumbe, et nous avons la ville de Kananga, par exemple, qui a plus de 500 têtes d’érosion. Vous avez la ville de Mbuji-Mayi, vous avez la ville de Kasenga, vous avez pratiquement toutes nos villes », a déclaré John Banza.
Pour le Gouvernement, la multiplication des érosions est également liée aux insuffisances accumulées dans la planification urbaine et l’occupation de l’espace.
« À un moment donné, le pays n’a pas suivi les prescrits de l’urbanisation, et donc ça nous rattrape. Et donc, on doit remembrer, comme on dit, ou réorganiser, ou réorienter », a-t-il souligné.
Une réponse pilotée par la Première ministre
Cette réunion s’inscrit dans le prolongement de la communication de Judith Suminwa Tuluka lors du Conseil des ministres du 28 août 2026, au cours duquel elle avait insisté sur la nécessité de prendre des mesures urgentes en prévision de la rentrée scolaire et de la saison des pluies.
La Première ministre entend ainsi assurer personnellement la coordination de la réponse gouvernementale, avec la mobilisation des différents services de l’État pour mieux protéger les populations et les infrastructures exposées aux érosions et aux inondations.
À Kinshasa, cette réponse comprend notamment la poursuite des travaux du collecteur de Bolikango, long de six kilomètres, destiné à canaliser les eaux depuis la zone d’érosion, dans la commune de Ngaliema, jusqu’à la baie de Ngaliema, avant leur déversement dans le fleuve Congo.
Merveil Molo