Au lendemain de l’annonce, à Goma, d’un nouveau mouvement politico-militaire dénommé Front pour la refondation de la nation (FRN), le professeur Tryphon Kin-Kiey Mulumba appelle les Congolais à privilégier l’amour de leur pays, à se détourner des ambitions personnelles et à rejeter le recours aux armes comme moyen de conquête du pouvoir.
Dans un message adressé aux Congolais ce mercredi 14 octobre 2026, à Kinshasa, l’ancien candidat à l’élection présidentielle de 2018 plaide pour le dialogue national annoncé par Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo et réaffirme son soutien au chef de l’État.
Réagissant à l’annonce du Front pour la Refondation de la Nation (FRN), faite le lundi 12 octobre à Goma, Tryphon Kin-kiey Mulumba a exprimé ses inquiétudes face à la multiplication des mouvements politico-militaires en République démocratique du Congo. Il présente cette nouvelle initiative comme une menace supplémentaire pour la vie des Congolais, dans un pays confronté depuis plusieurs décennies à des conflits armés.
« Aimons le Congo, notre pays. J’aime le Congo, mon pays. Faisons-le exister dans sa grandeur et sa splendeur reçues de Dieu. Mettons de côté nos égos. Laissons tomber toutes ces puissances qui veulent le détruire pour se servir. Soyons Responsables », a-t-il exhorté dans une publication sur son compte X, le mardi 13 octobre, au lendemain de l’annonce de ce mouvement.
Dans son message, le professeur insiste sur la nécessité de préserver l’unité nationale et de privilégier les intérêts de la République plutôt que les ambitions individuelles. Il estime que les richesses du pays et sa position géographique stratégique devraient constituer des atouts pour son développement, mais qu’elles peuvent également susciter des convoitises extérieures.
« Un pays aussi immense, doté de tant de ressources rares, au centre et au cœur du Continent, entouré par autant de pays, ce qui devrait être une opportunité économique, peut soulever des convoitises », souligne-t-il, avant d’en appeler à la responsabilité des dirigeants, de l’élite et des citoyens.
Pour Tryphon Kin-kiey Mulumba, cette situation impose aux Congolais de tirer les leçons de l’histoire politique du pays et de ne pas laisser les intérêts extérieurs alimenter de nouvelles divisions. Il rappelle que les différentes rébellions ont souvent justifié leurs actions par la maltraitance et la mauvaise gouvernance des pouvoirs successifs à Kinshasa.
« Voir, depuis des décennies, des Congolais aller de rébellion en rébellion, en invoquant, à chaque rébellion, la maltraitance et la malgouvernance du pouvoir quand il y en a eu plusieurs à Kinshasa, c’est signe que ces Compatriotes sont des “Congolais de service”, expression de Gérard Kamanda wa Kamanda », affirme-t-il.
Le président du conseil d’administration de la Régie des Voies Aériennes met ainsi en garde contre la répétition des conflits armés, alors que plusieurs régimes se sont succédé à la tête du pays sans que les rébellions cessent définitivement dans l’Est de la RDC.
« Ne jamais trahir le Congo »
Dans son message, Tryphon Kin-kiey Mulumba inscrit son appel à la responsabilité dans une perspective historique, en évoquant plusieurs événements majeurs qui ont marqué l’histoire politique de la République démocratique du Congo depuis son accession à l’indépendance.
Il rappelle notamment le discours prononcé le 30 juin 1960 à Léopoldville par le roi Baudouin Ier, à l’occasion de l’indépendance du Congo, avant d’évoquer les menaces qui, selon lui, continuent de peser sur l’intégrité territoriale du pays.
« Le 30 juin 1960, à Léopoldville, le roi Baudouin Ier, dans son discours de l’Indépendance, avait clairement averti les Congolais. On parle de balkaniser le Congo. On parle de soudaniser le Congo. Congolais, arrêtons de congoliser des guerres des puissances extérieures qui profitent des calendriers à l’étranger », déclare-t-il.
Le professeur revient également sur l’assassinat de Patrice-Émery Lumumba, premier Premier ministre du Congo indépendant, le 17 janvier 1961, ainsi que sur la chute de Mobutu Sese Seko, le 16 mai 1997, et sa mort en exil le 7 septembre de la même année.
Il évoque ensuite Laurent-Désiré Kabila, qui avait prononcé en 1998 une formule devenue emblématique de son discours politique : « Ne jamais trahir le Congo. Le 16 janvier 2001, Laurent-Désiré Kabila est tué par les mêmes puissances », affirme Tryphon Kin-kiey Mulumba, qui établit ainsi un lien entre ces épisodes historiques et son appel à préserver la souveraineté nationale.
À travers ces références, il invite les Congolais à ne pas transformer les rivalités et les intérêts des puissances extérieures en nouveaux conflits sur le territoire national. Il estime que l’amour de la patrie et la responsabilité collective doivent primer sur les divisions politiques.
Tryphon Kin-kiey Mulumba rappelle également avoir réagi, le mardi 27 mai 2025, au discours prononcé par l’ancien président Joseph Kabila à Goma, alors occupée par une rébellion. À cette occasion, il avait proposé à l’ancien chef de l’État d’adopter une démarche d’apaisement à l’égard de son successeur, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo.
Par ailleurs, l’ancien candidat à la présidentielle mettait en avant une démarche fondée sur le dépassement des différends personnels et politiques au profit de l’intérêt national. Cette position rejoint son appel actuel à mettre de côté les égos et à privilégier les voies pacifiques pour résoudre les divergences politiques en RDC.
Kin-kiey Mulumba réaffirme son soutien à Félix Tshisekedi
Dans la dernière partie de son message, le professeur Tryphon Kin-kiey Mulumba revient sur son engagement politique aux côtés de Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo depuis 2018. Il rappelle qu’à l’époque, alors qu’il était lui-même candidat à la présidence de la République, il avait décidé de soutenir celui qui allait devenir le chef de l’État.
« Je rappelle mon engagement depuis 2018 aux côtés de Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, candidat Président de la République, à la création du mouvement Cap pour le Changement, CACH. Moi-même candidat Président de la République, j’ai mis de côté mon ambition personnelle pour soutenir la candidature de Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo », écrit-il.
Il explique que ce choix répondait à sa volonté de servir la nation et de contribuer à la réalisation des aspirations du peuple congolais. Dans cette logique, il renouvelle son soutien au président de la République et présente le dialogue national annoncé par ce dernier comme une voie de règlement des différends.
« Aujourd’hui, je renouvelle mon soutien au Président de la République, Chef de l’État, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, dans un esprit d’amour et de responsabilité pour le Congo », affirme-t-il.
Pour Tryphon Kin-kiey Mulumba, le dialogue doit permettre aux acteurs politiques de rechercher des solutions aux désaccords qui traversent le pays, sans recourir à la violence armée.
« Le dialogue national annoncé par le Président de la République est une issue à nos différends. Tout recours aux armes comme moyen de conquête du pouvoir est inacceptable », insiste-t-il.
L’ancien candidat à la présidentielle estime que le recours aux armes pourrait compromettre les efforts engagés pour rétablir la paix et la stabilité en République démocratique du Congo.
« Cela est susceptible de replonger notre Nation dans les violences et l’instabilité quand le processus de paix est enclenché comme celui de retrait des troupes étrangères », prévient-il.
Il réaffirme enfin sa disponibilité à prendre part aux initiatives visant à favoriser la paix et le dialogue, tout en maintenant son soutien au chef de l’État.
« Je réaffirme ici ma disponibilité à contribuer aux efforts de paix et de dialogue, tout en poursuivant mon soutien au Président de la République, chef de l’État, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo », conclut Tryphon Kin-kiey Mulumba.
Son message intervient 48 heures après l’annonce de la création du Front pour la refondation de la nation (FRN), un mouvement politico-militaire dirigé par l’ancien président de la République, Joseph Kabila.
Jephté Kitsita