Rutshuru : La minoterie artisanale Amaya Food caracole grâce à l’électricité de Virunga Énergies

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Audace et sens de l’observation sont les deux ingrédients de la succes story de Trésor Ruviri, un jeune entrepreneur à la tête de Amaya Foods Compagny, une petite minoterie qui produit 1,5 tonne de farine de maïs par jour, soit 60 sacs de 25 kilos, basée à Rutshuru dans le Nord-Kivu, à la lisière de la frontière entre la RDC, l’Ouganda et le Rwanda. 

« Tout est parti de ma vision, que j’avais depuis très longtemps. Je voulais nourrir la population de Rutshuru. J’avais constaté que les gens avaient un grand problème. Ils n’accédaient pas à la farine de maïs de bonne qualité. Tout ce que nous consommons à Rutshuru est importé de l’Ouganda. Autre chose, nos agriculteurs qui produisent du maïs ne trouvaient pas d’unité de transformation sur place. C’est comme ça que j’ai saisi cette opportunité quand j’ai vu que le courant était disponible ici chez nous. J’ai trouvé qu’il est temps de créer cette petite unité de production pour essayer de résoudre le petit problème qui se posait ici chez nous. », a déclaré Trésor Ruviri, au cours d’une interview mercredi, au siège de sa société dans le centre de Rutshuru.

L’énergie, le déclic

C’est grâce à l’énergie électrique de la Fondation Virunga Développement, produite à travers l’entreprise Virunga Energies, à la Centrale de Matebe (13,9 MW) de Kiwandja, que ce jeune homme d’affaires a lancé son business en 2018. Sans énergie, bon marché et disponible, il lui était impossible de créer son unité de production. Accéder à l’énergie est une chose, mais pour développer un commerce, l’accès au crédit bancaire est presque indispensable. 

Le crédit, le déclencheur

Après l’obtention d’un prêt de 5000 $ en 2019 auprès de Equity Bank, son business a connu une ascension fulgurante. Grâce à cet emprunt, garanti par la Fondation Virunga Développement, Amaya Foods a acquis des machines neuves en Chine. 

« Au début, j’ai commencé mon commerce sur fonds propres. C’est après, en 2019 que j’ai sollicité un crédit auprès de Virunga Développement. Ils m’ont accordé un prêt de 5000 $ US », a-t-il expliqué.

N’étant pas une banque, la Fondation Virunga aide les entreprises locales à excéder au financement. Outre sa caution, elle dispense notamment des cours de comptabilité à l’attention des entrepreneurs locaux. Sur chaque prêt, la Fondation ne prend pas de commission. Ce qui abaisse le coût de l’argent. Le remboursement de cette caution s’effectue lors du paiement de la facture d’électricité. 40% sont consacrés au remboursement du crédit. 

Triplement du chiffre d’affaires à 1 million $

Amaya Foods Compagny vend à 13,5 $ un sac de farine de maïs sur les marchés de Kiwandja et de Rutshuru. Parmi ses clients, il y a notamment le Programme Alimentaire mondial (PAM), Médecins Sans Frontière (MSF) et la Fondation Virunga.  La société écoule aussi du son de maïs.

Trésor Ruviru veut tripler sa production dès janvier 2022. De 60 sacs jours, à 200. Ce qui va faire passer son chiffre d’affaires de 300.000 $ à près d’un million $.

« Pour le moment, j’ai une petite capacité de production, je produis une tonne et demie par jour. J’ai l’ambition de produire d’ici janvier 5 tonnes par jour d’ici début 2022. J’ai déjà pris des contacts pour l’achat de la machine. Je vais envoyer l’argent d’ici décembre pour qu’en janvier j’obtienne la nouvelle machine qui me permettra d’arriver à cette capacité de 5 tonnes par jour », a déclaré Ruviru, optimiste.

Et ce n'est pas l’énergie qui va manquer pour le nouveau développement de son entreprise. La centrale hydroélectrique de Matebe a encore de l’énergie disponible. Selon un de ses responsables, seuls 7MW sont vendus sur les 13 disponibles.

Réduire la pauvreté pour mieux protéger le parc Virunga

Faire des populations riveraines du parc national de Virunga (PNVi) des alliés de la conservation de la nature, tel est le credo de la Fondation Virunga Développement, se félicite Emmanuel Demeraude, directeur général du parc. 

Estimés à plus de 5 millions d’âmes, les riverains  exercent une pression continue sur le parc. 

La Fondation, appuyée notamment par l’Union européenne, développe des projets intégrateurs comme la construction d’un réseaux de barrages hydroélectriques de 104 MW. Le courant produit est fourni gratuitement à certains hôpitaux publics, aux écoles dans la ville de Rutshuru.
Grâce à l’énergie de la centrale de Matebe 1, certaines avenues bénéficient de l’éclairage public.

Les défis demeurent

Depuis 1994, le PNVi fait face à plusieurs défis, notamment : 

1. Braconnage (trafic d’ivoires, de cornes de rhinocéros, des griffes de lion, etc),

2. Envahissement des terres,

3. Insécurité à cause de l’activisme des groupes armés nationaux (Maï-Maï) et internationaux (ADF et FDLR),

4. Déforestation à cause de production du charbon de bois (Makala),

5. Pêche illicite sur le lac Édouard,

6. Insuffisance des moyens logistiques, humains et financiers, etc.

Créé en 1925, le PNVi couvre une superficie de 8000 km2 du PNVi. C’est le plus grand parc national au monde avec notamment, 708 espèces d’oiseaux. C’est là qu’on trouve le plus grand habitat naturel de célèbres gorilles de montagne.

Israël Mutala