RDC : Après promulgation de la Loi sur la protection des droits des peuples autochtones, les pygmées attendent leur intégration dans les institutions publiques

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Lors d’une conférence de presse sur la promulgation et la publication dans le journal officiel de la loi portant « protection et promotion des droits des peuples autochtones pygmées », tenue à Kinshasa le vendredi 2 novembre 2022, les organisations de la société civile qui ont accompagné ce processus pendant 14 ans ont exprimé leur satisfaction.

Ces organisations pensent que l’application de cette loi va permettre la restauration de la dignité des peuples autochtones pygmées, longtemps marginalisés.

« Cette loi est la concrétisation d’un processus qui nous a pris 14 ans de travail au niveau de terrain, de consultation et aussi de suivi des travaux au niveau des différentes commissions au parlement. D’un côté, cette loi vient réaffirmer les droits des pygmées que nous retrouvons dans la constitution. De l’autre côté, elle réaffirme certaines spécificités des peuples autochtones pygmées en termes des us et coutumes, en termes des mécanismes de gouvernance des espaces traditionnels sur lesquels ces peuples vivent et dépendent. Elle donne certains avantages en termes de discrimination positive parce qu’on parle d’un peuple qui a été longtemps marginalisé », a déclaré Patrick Saidi, coordonateur national de la Dynamique des groupes des peuples autochtones (DGPA).

Pour la société civile, les sacrifices consentis par les peuples autochtones pygmées dans la préservation du poumon forestier congolais doivent être compensés.

« Les pygmées sont des gardiens par excellence de notre forêt. Aujourd’hui, notre pays est bénéficiaire de plusieurs fonds dans le cadre de la lutte contre le changement climatique et reçoit beaucoup de recettes issues de l’exploitation forestière alors que les pygmées vivent dans ces espaces exploités. La préoccupation pour le moment est de voir comment l’Etat peut réserver un pourcentage pour les peuples autochtones pygmées. Ce même travail nous allons également le faire avec les partenaires au développement de l’Etat congolais, notamment la Banque mondiale et l’Union européenne, afin que la vision de la loi se traduise dans tous les accords financiers », a ajouté Patrick Saidi.

De leur côté, les pygmées ont déclaré qu’ils sont préparés à intégrer les institutions publiques comme le veut la loi. 

« Les dispositions édictées dans les articles 13, 24 et 30 prévoient la représentativité des peuples autochtones dans toutes les instances du pays. Le gouvernement est donc obligé de fournir l’effort afin que nous soyons représentés dans les toutes institutions car jusque-là nous sommes absents. Nous sommes préparés à assumer des responsabilités car plusieurs parmi nous ont étudié mais moisissent au chômage », a dit John Benani Nkumu, pygmée originaire du territoire de Bikoro, dans la province de l’Equateur.

Quant à l’ONG norvégienne RFN qui a appuyé financièrement ce processus, elle a promis de continuer la mobilisation, notamment au niveau international, afin que la vision de cette loi soit concrétisée.

« Nous appuyons les peuples autochtones dans 7 pays, dans 3 continents. Après avoir vu les avancées en Amérique latine par rapport à la reconnaissance des droits des peuples autochtones et ce que cela a pu transformer dans leur quotidien et l’image des pays sur les questions environnementales, en découvrant l’initiative qui était en gestation en RDC avec la DGPA, la RFN avait fait le paris d’accompagner ce groupe d’acteurs pour qu’ils puissent obtenir le même niveau de protection et des avantages que les peuples autochtones des autres continents. La volonté du gouvernement et la détermination des peuples autochtones à obtenir cette loi a été un déclic qui nous a permis d’apporter notre appui. Maintenant nous allons travailler au niveau local, national et international afin que tout ce qui est dans cette loi se concrétise », a signifié Angélique Mbelu, membre de l’ONG RFN.

Notons que les peuples autochtones pygmées on les retrouve dans 21 provinces sur les 26 que compte la RDC. Brièvement, cette loi leur garantit les facilités d’accès à la justice et aux services sociaux de base, la reconnaissance de leurs usages et coutumes, notamment en ce qui concerne la pharmacopée, et enfin la plénitude de la jouissance des terres et des ressources renfermées dans leurs milieux de vie.

Bienfait Luganywa