Sud-Kivu : 145 000 personnes privées de soins à Uvira et Fizi (ONG AFPDE)

Image
Image

L’Association des Femmes pour le Développement Endogène (AFPDE) tire la sonnette d’alarme. Dans une alerte humanitaire publiée le 29 janvier 2026, cette organisation fait état d’une urgence sanitaire critique dans les territoires d’Uvira et de Fizi, au Sud-Kivu, consécutive au pillage systématique des structures de santé dans un contexte de violences armées persistantes.

Selon l’AFPDE, au moins sept structures sanitaires ont été neutralisées, totalement ou partiellement, à la suite de vagues successives de vandalisme ayant entraîné l’interruption des soins vitaux pour des dizaines de milliers de civils.

L’ONG rappelle que la dégradation de la situation sanitaire a précédé la chute de la ville d’Uvira. Déjà, le centre de santé de Katogota, dans la zone de santé de Lemera, était hors service, ses bâtiments étant occupés par des hommes armés.

La situation s’est brusquement détériorée début décembre 2025, après la rupture des positions militaires à Katogota et Lubarika, provoquant panique, exode massif des populations et vide sécuritaire.

C’est dans ce contexte que, dès le 5 décembre 2025, plusieurs structures sanitaires ont été méthodiquement pillées : Luberizi, Mutarule,  Nyakabere, Nazareno, Kiliba CBCA, Kigoma (zone de santé de Ruzizi), Kabimba (Uvira), I'Amba/Makobola, Munene, ainsi que le centre de santé et le centre hospitalier d’Abeka (zone de santé de Nundu).

D’après l’AFPDE, le système de santé est aujourd’hui à l’arrêt complet dans plusieurs zones de santé de Lemera, Ruzizi et Nundu. Les pillages ont  aussi touché tant les infrastructures que les équipements et les médicaments.

Le bilan est lourd : 32 lits, 161 matelas, des tables d’opération, des microscopes, du matériel de laboratoire, des kits d’accouchement et de pansement, ainsi que 27 systèmes solaires arrachés, privant les blocs opératoires d’électricité. Les portes, fenêtres et réservoirs d’eau ont été saccagés, rendant les bâtiments inutilisables.

L’ONG signale également une rupture totale des stocks de médicaments, y compris les antirétroviraux (ARV), les produits de santé sexuelle et reproductive et les kits de dignité, alors que certaines structures venaient d’être approvisionnées par des partenaires humanitaires comme l’AFPDE elle-même, Caritas Congo ou l’AAP.

À cela s’ajoute la fuite massive du personnel soignant, menacé ou contraint de quitter les zones d’insécurité. À Nazareno, 8 agents sur 19 ont fui. À Luberizi, seuls 5 agents sur 15 sont restés. À Munene, l’ensemble du personnel a quitté le village après les affrontements de décembre.

Selon les estimations de l’AFPDE, environ 145 003 personnes sont aujourd’hui privées d’accès aux soins de santé, dans une région déjà fragilisée par plus de 1,3 million de déplacés internes.

L’organisation met en garde contre un risque élevé de flambées épidémiques, notamment le choléra et la rougeole, en raison de la destruction de la chaîne de froid et de l’interruption de la vaccination. Les risques de paludisme, de maladies hydriques, de malnutrition aiguë et de décès maternels sont également en hausse.

Par ailleurs, l’AFPDE alerte sur la multiplication des violences sexuelles, avec un manque criant de kits PEP et d’intrants médicaux pour prévenir les infections sexuellement transmissibles.

Face à cette situation jugée « critique », l’AFPDE plaide pour une réponse humanitaire immédiate : déploiement de cliniques mobiles, réapprovisionnement d’urgence en médicaments essentiels depuis Bukavu ou le Burundi, sécurisation des structures sanitaires restantes et protection du personnel médical.

L’ONG recommande également la réhabilitation rapide des maternités, la prise en charge psychosociale du personnel de santé traumatisé et la mise en place d’un fonds de secours pour remplacer le matériel médical pillé.

Dans cette partie du Sud-Kivu déjà éprouvée par des années de conflits armés, l’effondrement du système de santé constitue désormais une menace directe pour la survie de milliers de civils, conclut l’AFPDE.

Merveil Molo