Dans un rapport publié le mercredi 10 juin, Global Witness présente les mines de coltan de Rubaya, au Nord-Kivu, comme un « butin de guerre » du Rwanda et du M23.
Après une année d’enquête, l’ONG affirme avoir identifié un système sophistiqué mis en place par Kigali pour blanchir et nationaliser le coltan exploité dans les zones de conflit de l’Est de la RDC, principalement à Rubaya.
Selon cette enquête, la rébellion du M23, soutenue par le Rwanda, engrange près de 800 000 dollars par mois depuis 2024 grâce aux taxes imposées sur la production et le commerce du coltan. Les négociants sélectionnés par le mouvement rebelle pour acheminer clandestinement les minerais vers le Rwanda verseraient 4 dollars par kilogramme au M23 et 3 dollars aux autorités rwandaises.
D’après Global Witness, plus de 120 tonnes de coltan sont introduites frauduleusement chaque mois au Rwanda depuis 2024. À la fin de l’année 2025, quelque 1 400 tonnes, voire davantage, auraient été transférées illégalement de la RDC vers le Rwanda après la prise de Goma par le M23, « contaminant ainsi les chaînes d’approvisionnement dans la région des Grands Lacs ».
L’ONG britannique affirme avoir «découvert des preuves directes montrant que sept entreprises rwandaises s’étaient procuré du coltan de conflit provenant des mines de Rubaya en RDC » avant de l’exporter. Il s’agit de :
African Panther Resources ;
Sunrise Metal Company ;
Boss Mining Solution ;
Kanzamin ;
Philbert Trading Minerals ;
East Group Minerals ;
Tawotin.
« L’entreprise exportatrice à Kigali vient étiqueter le coltan de Masisi, qui devient alors du coltan rwandais », a témoigné un trafiquant de coltan auprès des enquêteurs de Global Witness.
Après avoir quitté le Rwanda via les ports de Dar es Salaam, en Tanzanie, ou de Mombasa, au Kenya, puis intégré aux exportations rwandaises, 85 % de ce coltan de conflit serait vendu à sept principales entreprises :
Minterra (Émirats arabes unis) ;
Halcyon (Émirats arabes unis/Dubaï) ;
Traxys (Luxembourg) ;
East Rise Corporation
(Hong Kong/Chine) ;
Novacore (Émirats arabes unis) ;
Ningxia Orient Tantalum Industry Co. (Chine) ;
Jiujiang Jinxin Non Ferrous Metals (Chine).
L’implication des fonderies chinoises
L’ONG britannique affirme avoir identifié huit fonderies ayant transformé la majeure partie du coltan exporté du Rwanda entre 2023 et 2025. Six sont situées en Chine, une au Kazakhstan et une en Thaïlande :
Ningxia Orient Tantalum Industry Co. (OTIC) (Chine) ;
Jiujiang Jinxin Nonferrous Metals Co. (Chine) ;
Jiujiang Tanbre Co. (Chine) ;
Jiujiang Zhongao Tantalum & Niobium Co. (Chine) ;
Ximei Resources (Guangdong) Limited (Chine) ;
Hengyang King Xing Lifeng New Materials Co. (Chine) ;
Ulba Metallurgical Plant (Ulba) (Kazakhstan) ;
Taniobis (Thaïlande).
« La Chine est la principale destination du coltan en provenance du Rwanda pour sa transformation, tant en volume qu’en nombre de fonderies. Tous les grands exportateurs rwandais y expédient au moins une partie de leur production », affirme Global Witness.
L’ONG ajoute : « Le Rwanda est devenu le deuxième fournisseur de coltan de la Chine après le Nigeria en 2023. La Chine a importé 1 571 tonnes de coltan en provenance du Rwanda en 2023, un chiffre qui a grimpé à 2 286 tonnes en 2024. »
La complaisance des géants de la tech
Au cours de son enquête, Global Witness affirme également avoir découvert que des entreprises telles que Samsung, Panasonic, Amazon, Microsoft, Vodafone, Toyota, Sony, Nvidia, Apple, Honda, LG Display et Ericsson comptent dans leur chaîne d’approvisionnement des produits issus de fonderies qui se seraient procuré du coltan provenant de Rubaya.
« Le coltan de conflit se retrouve dans des objets utilisés quotidiennement par les consommateurs, notamment les téléphones mobiles, les ordinateurs portables et les voitures », déplore l’ONG.
Elle affirme par ailleurs que le Rwanda blanchit le « coltan de sang » de Rubaya sous l’œil complaisant des organismes internationaux de traçabilité censés garantir des approvisionnements responsables, en particulier l’International Tin Supply Chain Initiative (ITSCI).
Alphonse Muderwa