Grand Katanga : Pourquoi Francine Muyumba focalise -t-elle la haine des anti - Kabilistes ? (tribune)

Publié lun 13/05/2019 - 13:29
Il ne se passe plus une semaine sans que l'ambassadrice Francine Muyumba, ancienne Présidente de l'Union Panafricaine de la Jeunesse, ne fasse l'objet d'une conspiration des officines katumbistes tapies au Grand Katanga. Les attaques croisées contre cette jeune sénatrice de conversion très récente dans la politique active sont d'autant plus questionnables que l'opinion est en droit d'être renseignée sur ce qui se cache derrière. Nous nous sommes proposé d'apporter ici toute la lumière sur ce feuilleton politique à rebondissements. LE GRAND KATANGA ET LA SUCCESSION DE JOSEPH KABILA Il est difficile de décrypter le paysage politique actuel du Katanga si l'on n'analyse pas le jeu politique à l'aune de la succession de Joseph KABILA à la magistrature suprême. En effet il s'est observé une certaine homogénéité politique au Katanga sous le règne des deux KABILA, père et fils. Habituée à être la province des Présidents de la République, le grand Katanga a vécu diversement la fin constitutionnelle des deux mandats de Joseph KABILA Kabange. L'équation à résoudre était celle de savoir si un troisième katangais consécutif devait succéder à Joseph KABILA ou si le temps de passer finalement le témoin à une autre province était finalement venu. Nationaliste et lumumbiste jusqu'à la moelle épinière, Joseph KABILA avait clairement donné des indices sur le fait qu'il ne fallait pas compter sur lui pour mettre à mal la cohésion nationale chèrement acquise en conservant le pouvoir présidentiel au sein de l'espace katangais. Non seulement qu'une telle occurrence exacerberait le sentiment de favoritisme et de régionalisme pro-katangais mal vécu par les ressortissants d'autres provinces, mais aussi il est apparu évident au successeur de Mzee Laurent Désiré Kabila que l'avènement d'un troisième katangais consécutif n'était pas la meilleure façon de garantir les intérêts des katangais eux-mêmes au sein de l'arc-en-ciel national. La bipolarisation politique du Grand Katanga entre les fidèles à Joseph Kabila d'un côté et les katumbistes de l'autre est née du dilemme sur la succession ou non de Joseph Kabila par un katangais. KATUMBI ET LA DISSIDENCE Richissime et populiste, le dernier gouverneur du grand Katanga est connu pour la démesure de ses ambitions. L'occasion de la fin du deuxième mandat constitutionnel de Joseph Kabila était trop belle pour que Moïse Katumbi boude son plaisir d'accéder enfin au top job. Ceux des katangais qui estimaient qu'il fallait que le grand Katanga conserve à tout prix la magistrature suprême l'ont suivi dans sa dissidence qui, en réalité, se déploiera comme la plus grande entreprise de traîtrise de ce début de siècle. Rentré d'exil ruiné à la faveur de la réconciliation katangaise prônée par Joseph Kabila au début de son règne, Moïse Katumbi sera le plus grand bénéficiaire de la rente minière du Katanga sous le regard clément de Joseph Kabila. Pour ceux qui feignent de l'oublier, tout le patrimoine de Moïse Katumbi a été accumulé grâce à l'ascendant politique que Joseph Kabila lui a garanti en province, d'abord comme numéro un du parti présidentiel PPRD au Katanga dès sa création, ensuite comme le tout puissant gouverneur de cette province minière sur laquelle il a régné sans partage pendant plus de huit ans. Le plus katumbiste des katangais actuellement, le bâtonnier Jean-Claude Muyambo, s'est en son temps fendu de pas moins de 13 lettres ouvertes qui donnent toute la lumière sur l'enrichissement effréné de Moïse Katumbi sur fond d'une contrebande minière toujours inégalée. Et ce n'est pas le réalisateur belge Henri Michel qui dira le contraire avec son long métrage "Katanga business". Trônant désormais sur un vaste empire financier, le Richissime Moïse Katumbi d'ascendance juive - et ce n'est pas anodin de le signaler - se constituera également un carnet d'adresse à nul autre pareil. Il sera coup sur coup adoubé par tout ce que l'hémisphère Nord compte comme faiseurs de rois, en commençant par le spécialiste des "regime change" en Afrique, le sulfureux homme d'affaires américain Georges Soros qui, lui aussi, a des origines juives comme Moïse Katumbi. LES ONG CHEVAUX DE TROIE DE LA GALAXIE SOROS Georges Soros a fait fortune dans la spéculation boursière. En fin calculateur, il comprendra très vite qu'un investissement dans la philanthropie lui procurera une avance considérable sur ses concurrents. D'où la création d'open society et consorts, ainsi que son obsession à financer à tout va la société civile africaine à travers des ONG afin de maintenir les opinions publiques africaines dans le giron de ses intérêts miniers notamment. Derrière des printemps arabes, les mouvements citoyens subversifs et autres ONG de défense des droits de l'homme se cache cet intraitable homme d'affaires qui tire les ficelles selon son bon vouloir comme dans un spectacle des marionnettes. C'est tout cet arsenal que l'américain mettra à la disposition de Moïse Katumbi pour lui faciliter la conquête du pouvoir suprême en RDC. ONG vs FRANCINE MUYUMBA AU KATANGA OU PRÉPARATION DE L'ATTERRISSAGE EN DOUCEUR DE MOÏSE KATUMBI Voilà trois ans que Moïse Katumbi vadrouille à l'étranger depuis que les événements politiques consécutifs à sa traîtrise l'avaient contraint à un exil très mal vécu par l'intéressé. Son soulagement était énorme lorsqu'il annonçait urbi et orbi son retour prochain en République Démocratique du Congo par le Katanga. Dans son obsession de décrocher le top job, Moïse Katumbi met toujours un point d'honneur à prouver à ses parrains qu'il a la maîtrise du grand Katanga. Il est vrai que l'homme y est adoubé par plusieurs katangais qui ont développé un syndrome de Stockholm au point de considérer Moïse Katumbi comme leur héros, alors que l'histoire renseigne qu'il est leur plus grand fossoyeur... Ayant monté en épingle une certaine série de persécutions dont il serait victime pour avoir empêché le "troisième faux penalty", Moïse Katumbi a su accroître son capital de popularité au grand Katanga, mais pas au point de bousculer l'écrasante majorité kabiliste qui s'est confortée aux dernières élections législatives et provinciales dans toutes les quatre provinces issues du démembrement du Grand Katanga. C'est dire à quel point Moïse Katumbi comptait sur les scrutins indirects pour refaire son retard en faisant parler son aptitude légendaire à l'achat des consciences. Si la mission était quasi impossible au Haut-Lomami et au Lwalaba de Richard Muyej Mangenz Mans, Moïse Katumbi pouvait espérer créer la surprise au Tanganyika avec les Mwando, et au Haut-Katanga avec Jean-Claude Muyambo et Kyungu-wa-Kumwanza. C'était sans compter avec une cartouche FCC qui venait opportunément de décrocher à l'international, à savoir l'ambassadrice Francine Muyumba. Issue d'une famille cheffale très réputée de Kongolo dans le Tanganyika, Francine Muyumba a été à la surprise générale maillot jaune à l'élection des sénateurs dans la cosmopolite province du Haut-Katanga. Une surprise voulue comme telle par le FCC qui a laissé le soin à cette fidèle des fidèles de finir le travail en vue d'une victoire éclatante dans le Tanganyika et dans le Haut-Katanga. En bref, grâce à son entregent et à son art de persuasion, Francine Muyumba s'est déployée à Kalemie et à Lubumbashi où elle a largement contribué à la victoire de son camp. Christian Mwando Nsimba, Kyungu-wa-Kumwanza et Jean-Claude ont tour à tour mordu la poussière de la façon la plus ridicule et la plus inattendue. La faute à une Francine Muyumba droite dans ses bottes qui a réussi à faire une bouchée des hommes du "tout puissant" Moïse Katumbi. D'où cette guerre par procuration que Moïse Katumbi mène par ONG interposées à Francine Muyumba au Grand Katanga. Sauf que dans ce combat de David contre Goliath, il est extrêmement compliqué de déceler des poux sur un crâne rasé. Francine Muyumba ne traînant aucune casserole derrière elle devenait de fait insaisissable. La seule manière de l'avoir était alors de mettre à contribution les ONG de défense des droits de l'homme des réseaux Soros qui pullulent à Lubumbashi afin qu'ils scrutent les faits et gestes de la jeune sénatrice pour lui coller une de ces légendes d'infamie dont ces ONG ont le secret. Le premier à dégainer sera Thimothée Mbuya, conseiller juridique d'"Ensemble" de Moïse Katumbi, qui se cache dans la peau d'un défenseur des droits de l'homme en sa qualité de "propriétaire" de JUSTICIA Asbl, une organisation de défense des droits de l'homme financée par les réseaux Soros. Cet avocat de Katumbi a remué ciel et terre avec un communiqué au vitriol cousu de fil blanc sur une improbable implication de Francine Muyumba dans la séquestration et la torture de deux militaires, alors qu'il ne s'agissait que de deux vulgaires voleurs ayant dérobé le sac à main de la jeune sénatrice Francine Muyumba pendant qu'elle séjournait à Lubumbashi pour justement préparer l'échec cuisant du candidat de Moïse Katumbi à l'élection du gouverneur de la province du Haut-Katanga. Au demeurant, il n'est pas à exclure que les deux militaires aient commis ce vol en intelligence avec sieur Thimothée Mbuya, si l'on en juge par la précision quasi chirurgicale avec laquelle il décrit le contenu du sac à main volé, même s'il en profite pour charger en passant Francine Muyumba qu'il fait passer pour une de ces espionnes qui se promènent avec des stylos-caméras et des montres intelligentes... Il y a au surplus toute une somme d'atomes crochus entre Thimothée Mbuya et les deux voleurs, comme le fait qu'ils sont tous trois ressortissants du Kasaï lubaphone. Il est donc fort à parier que dans la nuit où Francine Muyumba a appelé au secours au milieu des crépitements des balles non loin de sa résidence, les deux militaires incriminés aient alerté Thimothée Mbuya qui leur aurait demandé de créer un scandale dans la résidence privée de Francine Muyumba afin de permettre aux écuries de Katumbi d'en découdre enfin avec elle. En tout cas c'est ce que suggère l'acharnement contre Francine Muyumba de la société civile à la solde de Katumbi dont le moins qu'on puisse dire est qu'il conforte au fil des jours cette hypothèse désormais la seule plausible. Il faut dire que le communiqué de Thimothée Mbuya avait réussi à faire sensation, mais seulement l'espace d'un matin. Tous les médias qui avaient relayé ce brûlot ont fini par publier des démentis à l'instar de RFI qui, après avoir mené sa propre enquête contradictoire, a fini par s'arrimer sur la version des avocats de Francine Muyumba. Or le temps presse et le retour de Moïse Katumbi se fait de plus en plus imminent. L'élimination politique de Francine Muyumba étant un objectif majeur de l'équipe de déminage pour l'atterrissage en douceur de Moïse Katumbi au Katanga comme en territoire conquis, il fallait rapidement passer à la vitesse supérieure. C'est tout le sens de l'appel à agir lancé depuis Lubumbashi par une constellation d'Ong qui ont en commun le fait d'être financées par les réseaux katumbistes au sein de la galaxie Soros. Toute honte bue, un quarteron des organisations de défense des droits de l'homme est monté de nouveau au créneau ce jeudi 9 mai 2019 pour recycler le pétard mouillé de Thimothée Mbuya et JUSTICIA Asbl en appelant les institutions républicaines à les aider à se débarrasser de celle qui est devenue le cauchemar de leur parrain Moïse Katumbi au grand Katanga. Une formule d'intimidation qui a révélé ses limites dans le passé lorsque ces mêmes organisations étaient appelées en renfort pour mettre en place le projet insurrectionnel cher à Soros et Katumbi. Joseph Kabila n'avait alors jamais dégagé comme ils le souhaitaient. Par contre il a eu le bonheur et le privilège de conduire la première passation civilisée du pouvoir avec le fils de l'opposant historique Étienne Tshisekedi, obligeant l'instigateur de l'épuration éthnique dans les années 90 de raser les murs de la Présidence de la République pour espérer être à l'abri des représailles. Pour le katumbiste Kyungu-wa-Kumwanza, Félix Tshisekedi ne fait plus partie des "bilulu". Quand le ridicule nous tient! FRANCINE MUYUMBA PLUS SEREINE QUE JAMAIS En s'engageant dans la politique active, Francine Muyumba savait certainement qu'elle ne serait pas épargnée par les coups fourrés dont raffole la classe politique congolaise. C'est peut-être cette préparation à affronter les obstacles qui explique son sang froid et sa sérénité malgré toutes sortes d'attaques dont elle fait l'objet. Mais il faut surtout souligner que la sénatrice du Haut-Katanga semble avoir bien assimilé les vertus du silence chères à Joseph Kabila Kabange. Le souverainiste Président de la République honoraire laissait toujours mourir la médisance de son propre poison en répondant par un silence retentissant à ses détracteurs. Et c'est la même attitude qu'on observe chez Francine Muyumba qui semble comprendre la frustration de ses adversaires politiques et qui s'emmure dans le silence pour préparer les futures victoires du camp kabiliste face aux nouveaux défis à relever. Une chose est sûre, Francine Muyumba ne se laissera pas distraire par les sirènes des droits-de-l'hommistes téléguidés en mal crédibilité au sein d'une opinion nationale mieux renseignée sur le modus operandi de ces suppôts de l'impérialisme. Le passé appartient au passé. Seul le futur semble plus important pour une Francine Muyumba dont tout le monde connaît maintenant la détermination à faire triompher la famille politique de Joseph Kabila. Jean Bodin SHIMUNA Luvumbu Philosophe et essayiste