RDC : L'accès à l'information publique, un véritable casse-tête pour les citoyens, (Témoignages)

Publié mar 08/09/2020 - 15:03
7SUR7

En République Démocratique du Congo, accéder à l'information publique demeure un casse-tête. D'après les témoignages recueillis par 7SUR7.CD, des étudiants, hommes d'affaires, journalistes, chercheurs et autres, éprouvent des difficultés énormes pour obtenir les données dont ils ont besoin pour mener à bien leurs recherches. Les informations publiques sont dans la plupart des cas inaccessibles ou obsolètes. 

Assistant en Sciences de l'Information et la Communication à l'Université de Lubumbashi (UNILU) dans le Haut-Katanga, Didier Makal Kanteng affirme avoir fait face au phénomène "secret" dans la recherche de l'information publique. 

"Il y a une culture du secret.Tout est top secret. Même filmer un marché public réputé sale dans un contexte d’épidémie de choléra, par exemple, on va vous renvoyer chercher l'autorisation du maire ou du bourgmestre qui a interdit de laisser les journalistes ou chercheurs obtenir les informations dont ils ont besoin. Il faut donc  recourir aux voies informelles quelques fois pour avancer dans sa recherche ou pire, changer d'orientations", déplore-t-il.

Au dernier trimestre de l'an dernier, il dit avoir recadré un sujet de travail sur le service public des médias suite au refus d'accès à l'information. 

Didier n'est pas le seul à être buté à ce problème. Judith Asina, journaliste basée à Kinshasa depuis 2010, fait également face au quotidien à l'inaccessibilité de l'information publique. Une situation qui ne lui facilite pas du tout la tâche dans l’exercice quotidien de sa mission d’informer les publics.
 
Même en cette période de la pandémie de la Covid-19, les journalistes n’ont pas pu avoir des données jugées « fiables » sur la gestion de la crise du coronavirus au pays. 

"Il n'est pas toujours facile pour un journaliste congolais d'accéder aux sources d'informations officielles. J'en ai l'expérience. En 2018, j'avais besoin des informations concernant les produits du Tabac en RDC. Étant donné que la Direction Générale des Douanes et Accises (DGDA) a en charge ce sujet, il fallait que je m’y rende. Sur place, le directeur de service m’a demandé d’écrire au directeur général de la DGDA (Déo Ruhwiza à l'époque) et de lui réserver une copie. L'idée, me dit-il, était d'obtenir la permission de donner les informations dont j'ai besoin. Chose faite ! (...) Deux semaines plus tard, je reçois l'appel du chargé de communication du DG qui voulait des précisions sur les recherches. Il a dit qu’il pouvait bien m’aider (...)", explique-t-elle.

Et de poursuivre : "Chaque fois que je l'appelais, il me disait que le dossier était sur la bonne voie et que le DG va me répondre. Le chargé de communication m'a toujours laissé en attente jusqu'à ce que le DG est décédé".

Cette situation handicape aussi les étudiants. Merveil Molo a déposé depuis février 2020 son attestation de recherche pour avoir les infos à la  FBNbank, institution financière évoquée dans son mémoire. Étudiant en deuxième licence des organisations des organisations, il dit être obligé de faire un suivi régulier de son dossier. Il attend depuis plus de 7 mois la suite que l'entreprise bancaire va reserver à sa demande de recherche. Cependant, il demeure optimiste.

"Depuis lors, je ne suis pas encore entré en possession d'informations. Je comprends que l'institution ait des inquiétudes pour mettre à ma disposition les éléments dans un environnement concurrentiel, c'est légitime mais les infos dont j'ai besoin ne sont pas si stratégiques que ça. Là, je suis bloqué et je ne sais pas trop évoluer. Je dois me pointer chaque jour à la Fac (institut, ndlr). En même temps, je dois aller à la banque pour faire le suivi. La dernière fois où je suis allé, on m'a fait patienter près de deux heures pour retrouver mon attestation. Il était déjà 13 heures et j'avais cours", regrette-il. 

Outre le problème lié essentiellement à la difficulté d'accéder à l’information publique, la qualité de l’information est un autre souci. Les citoyens, les organisations de la société civile et les journalistes semblent négliger l’importance d’utiliser leur droit d’accès à l’information.

Être en mesure d’accéder à l’information publique est, en effet, un élément essentiel de la bonne gouvernance et l’un des aspects qui permettent d’évaluer la gestion démocratique et l’ouverture d’une société à la participation des citoyens. 

L’accès à l’information permet aux citoyens d’évaluer les actions de leurs institutions et gouvernements et constitue la base pour un débat éclairé. La RDC fait partie des pays qui ne possèdent aucune loi sur l'accès à l'information publique. Une proposition de loi sur l'accès à l'information, initiative du sénateur Moïse Nyarugabo, avait été adoptée au Sénat en septembre 2015 et renvoyée à l'Assemblée nationale. Elle reste jusque-là dans le tiroir du bureau de la chambre basse du Parlement.

Ange Makadi Ngoy

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