Steve Mbikayi : "Dialogue politique, la France et la Belgique n’ont pas de leçon à nous donner"

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Carte blanche n° 166

Dialogue intercongolais : leçons non sollicitées de Paris et Bruxelles

Emmanuel Macron apprend, dans la froideur des réalités géopolitiques, l’âpreté des rapports de force. Face à un Donald Trump qui malmène les conventions, le président français voit son autorité publiquement humiliée ; l’Europe quant à elle, est reléguée au rang de variable d’ajustement dans le calcul stratégique de Washington. Lorsque l’ogre américain convoite le Groenland, Paris s’émeut et dénonce avec véhémence un " impérialisme " nouveau.

Pourtant, ce qui est intolérable venant de l’ Oncle Sam semble soudain tolérable lorsqu’il s’agit de l’Afrique. Ce que la France ne saurait imposer à ses pairs, elle prétend encore l’ordonner aux nations africaines, drapée dans une tutelle morale que les siècles passés ont réduite en poussière, une prétention pourtant mise en échec au Sahel, où elle a dû plier bagage.

Le contraste est criant. La France traverse elle-même une crise institutionnelle d’une rare intensité. Après la dissolution de l’Assemblée nationale, le camp présidentiel, minoritaire, s’accroche au pouvoir tout en refusant à l’opposition son droit légitime de gouverner. Le pays s’enlise dans une instabilité gouvernementale inédite sous la Ve République, une valse d’exécutifs éphémères et fragilisés. Point ici de médiation étrangère pour sommer les acteurs français au dialogue inter français. Point de pressions extérieures quémandées par une opposition en quête de soutiens internationaux. Le débat, aussi vif fût-il, est resté circonscrit à l’enceinte des institutions républicaines, là où doit se jouer le destin d’une nation souveraine.

Mais lorsqu’il s’agit de la République démocratique du Congo, la France et la Belgique, dans un réflexe que l’Histoire aurait dû corriger, se permettent d’exiger un " dialogue politique " alors même que des médiations africaines sont à l’œuvre. Elles vont jusqu’à en prescrire le format : celui de l’ECC-CENCO !Cette posture ne relève pas de la sollicitude, mais d’une ingérence patente dans les affaires intérieures d’un État souverain.

Une frange de l’opposition congolaise a courtisé cette interférence, multipliant les pèlerinages dans les capitales étrangères pour internationaliser une crise dont elle tente de masquer l’origine essentiellement sécuritaire sous le vocable multiforme . Après des déconvenues outre-Atlantique, l’Europe apparaît comme un relais de substitution commode.

Or, réduire la crise congolaise à une simple querelle interne serait en méconnaître l’essence. Sa racine n’est pas congolaise. Elle naît d’une agression extérieure, assumée et revendiquée par le Rwanda. Dans ce contexte, la priorité absolue ne saurait être le marchandage de postes au sein d’un dialogue dont l’issue est connue d’avance : un partage de prébendes, non l’éradication de la menace. L’impératif est l’unité nationale face à l’envahisseur.

Le patriotisme vrai commanderait que majorité et opposition conjuguent leurs efforts pour exiger, sur la scène diplomatique, le retrait des forces étrangères du sol national. Les pressions doivent se concentrer sur l’épicentre du conflit. Et si la diplomatie bute sur le refus de Kigali, le renforcement du mandat de la brigade d’intervention des Nations unies, aux côtés des FARDC, demeure une option légitime et éprouvée. C’est cette alliance de fer qui avait brisé l’élan du M23 en 2013. Pourquoi en écarter le principe aujourd’hui ?

Ce n’est qu’une fois l’intégrité territoriale pleinement restaurée, une fois l’ombre rwandaise dissipée, qu’un dialogue intercongolais pourra utilement tracer la voie vers des élections libres dans un pays apaisé. Inverser cet ordre des priorités, c’est jouer le jeu de l’agresseur et trahir l’intérêt fondamental de la nation.

Entre nous Congolais, nous n’avons besoin ni de tuteurs, ni de leçons venues de Paris ou de Bruxelles. Encore moins d’une assistance européenne que nous n’avons jamais sollicitée.

Notre souveraineté n’est pas un négociable.

Tribune de Steve Mbikayi, député national et président du Parti Travailliste (PT)