Le président rwandais Paul Kagame a exhorté jeudi son pays à renforcer son autonomie, alors que se multiplient aux États-Unis les appels à des sanctions contre Kigali, à cause de son activité meurtrière dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Dans une intervention publiée sur le compte X de la présidence rwandaise, Kagame a insisté sur la nécessité pour le Rwanda de ne plus dépendre des partenaires extérieurs, au moment où Washington durcit le ton face au rôle avéré de Kigali dans la crise congolaise.
« Nous nous sommes engagés à être autonomes (…) afin que notre existence ne dépende pas de la chance, ni de la bonne volonté de ceux qui pourraient choisir de nous aider aujourd’hui puis de se retirer demain. L’autonomie est donc notre priorité principale », a déclaré le dictateur.
Un Rwanda dépendant de l’aide internationale
Ce discours sonne toutefois comme un aveu de fragilité. Car le Rwanda, souvent présenté comme un modèle de développement, demeure en réalité largement tributaire du pillage des ressources naturelles de la RDC, de l’aide internationale et des financements extérieurs pour soutenir son économie, ses infrastructures et ses programmes sociaux. La menace de sanctions américaines, combinée à un refroidissement diplomatique, expose donc Kigali à un risque majeur : celui de voir se tarir les ressources et les appuis qui ont longtemps accompagné son ascension. Selon plusieurs observateurs, la diplomatie offensive du président congolais Félix Tshisekedi a d’ailleurs contribué à isoler Kigali sur la scène internationale, au point que le Rwanda semble perdre progressivement ses soutiens les plus influents, notamment les États-Unis et le Royaume-Uni, longtemps considérés comme ses alliés stratégiques.
M23/AFC, accord de paix fragilisé et pression internationale
Le Rwanda fait face à une pression internationale croissante en raison de son soutien au groupe armé M23/AFC, qui a conquis l’an dernier de vastes portions dans l’est de la RDC. Malgré les dénégations officielles de Kigali, de nombreuses preuves, notamment relayées par des experts des Nations unies, alimentent les accusations d’une implication militaire directe du Rwanda. La situation est d’autant plus explosive qu’un accord de paix entre le Rwanda et la RDC, négocié par le président américain Donald Junior Trump, avait été signé à Washington fin 2025. Mais cet accord a été fragilisé presque immédiatement : quelques jours après la signature, le M23/AFC s’est emparé d’une autre grande ville stratégique, Uvira, relançant les critiques et renforçant les soupçons sur la stratégie réelle de Kigali.
La « coopération sécuritaire », un prétexte déjà démasqué
Aux États-Unis, un soutien bipartisan s’est exprimé le 22 janvier au sein d’une sous-commission de la Chambre des Représentants chargée des Affaires étrangères, en faveur de sanctions supplémentaires contre le Rwanda. C’est dans ce climat que l’ambassadrice du Rwanda à Washington, Mathilde Mukantabana, a reconnu pour la première fois l’existence d’une « coordination sécuritaire » directe avec le M23 et son bras politique, l’Alliance Fleuve Congo (AFC). « Le Rwanda participe à une coordination sécuritaire avec l’AFC/M23. Je l’affirme clairement pour instaurer la confiance par la transparence », a-t-elle admis. Kigali tente ainsi de justifier son implication par la nécessité de se protéger contre des groupes armés liés au génocide de 1994. Mais pour de nombreux analystes, cette rhétorique sécuritaire n’est qu’un habillage politique : plusieurs rapports des experts des Nations unies ont documenté l’existence de circuits de contrebande et d’exploitation frauduleuse des ressources naturelles congolaises, laissant entendre que la véritable motivation est économique. Dans ce contexte, la stratégie rwandaise apparaît de plus en plus comme une manipulation : elle ne trompe plus personne.
Vers la fin de l’impunité ?
La montée des pressions
diplomatiques et l’éventualité de sanctions marquent un tournant. Après des années de prudence, voire de complaisance, la communauté internationale semble enfin prête à faire preuve de fermeté face à une crise qui ensanglante l’est de la RDC depuis près de trois décennies. Pour Kinshasa, l’enjeu est clair : seule une réponse internationale forte et cohérente pourra mettre fin à l’impunité, stopper l’exploitation illégale des ressources et surtout mettre un terme aux massacres des populations civiles, qui subissent depuis trente ans le prix d’une guerre alimentée par des intérêts géopolitiques et économiques.
La carte tutsie : un alibi communautaire usé jusqu’à la corde
Kigali tente également de justifier son ingérence en RDC en instrumentalisant la question identitaire. Tantôt le régime de Paul Kagame affirme intervenir pour protéger la communauté tutsie vivant en RDC, qu’il présente comme systématiquement menacée, allant jusqu’à se proclamer garant de ses intérêts alors qu’il s’agit d’une communauté congolaise et non rwandaise. Une posture que plusieurs responsables tutsis congolais ont d’ailleurs rejetée, lui déniant toute légitimité à parler en leur nom. Tantôt, Kigali brandit l’argument sécuritaire des ex-forces rwandaises hutu, notamment les FDLR, prétendument prêtes à attaquer le Rwanda. Mais ces récits peinent à convaincre : au moment du déclenchement de cette guerre, il n’existait aucune tension communautaire majeure, les Tutsis congolais vivaient en paix, et aucune offensive significative des FDLR n’était signalée contre le territoire rwandais. Cette rhétorique apparaît donc comme une construction politique destinée à masquer des ambitions stratégiques et économiques. Aux yeux de nombreux observateurs, Paul Kagame s’impose désormais comme un menteur patenté, et le temps des faux prétextes semble révolu : enough is enough.