Carte blanche n°179
Dialogue : une demande assortie de conditions !
On dit souvent que la main qui donne est toujours au-dessus de celle qui reçoit. Celle qui reçoit, c’est celle qui demande. Dans le contexte politique actuel de la République démocratique du Congo, c’est bien l’opposition qui réclame la tenue d’un dialogue.
Plusieurs de ses leaders ont multiplié les déclarations dans ce sens, allant même jusqu’à organiser des marches pacifiques pour en solliciter la convocation par le président de la République.
Curieusement, après avoir appelé de leurs vœux ce dialogue, les mêmes acteurs de l’opposition en fixent désormais les conditions : le lieu, le médiateur, la composition… La démarche est pour le moins incohérente. Ils placent la charrue avant les bœufs. Il eût été plus logique d’attendre d’être consultés avant d’émettre un avis sur ces questions.
Le plus important, pour l’opposition, serait de clarifier les sujets qu’elle souhaite voir abordés dans ce dialogue éventuel. Or, ils invoquent une « crise multiforme », ça reste trop général et peu convaincant. Une telle crise peut recouvrir des dimensions sécuritaires, économiques, sociales, politiques, voire environnementales. On est alors en droit de se demander comment un dialogue politique de quelques jours pourrait résoudre des problèmes aussi complexes et variés.
Dans notre histoire, les dialogues ont toujours poursuivi un objectif précis : trouver une issue à une crise politique liée à un déficit de légitimité des institutions, en particulier celle du président de la République. Les autres formes de crises , économiques, sociales ou environnementales, relèvent quant à elles de la gestion ordinaire du pays par le gouvernement. La mission permanente des institutions républicaines est justement d’anticiper et de pallier ces difficultés avant qu’elles ne dégénèrent. Et lorsque celles-ci surviennent, les réponses doivent être trouvées dans le cadre institutionnel établi.
Au regard de cette réalité, la seule crise qui pourrait aujourd’hui justifier un dialogue national est la crise sécuritaire. Et pour y remédier, il faut négocier avec la partie véritablement à l’origine du problème : le pays agresseur. Il demeure toutefois possible d’éviter cette voie, si les Congolais qui servent de paravent à cet agresseur décidaient de s’émanciper et de se rallier à la patrie.
Imaginons un instant que les supplétifs du Rwanda, révoltés par les atrocités commises sur leurs compatriotes, se repentent et rejoignent le camp national : un dialogue entre Congolais pourrait alors mettre fin à la guerre. Le Rwanda perdrait ainsi tout prétexte pour poursuivre son entreprise criminelle. Dans ce cas, les Congolais se réuniraient pour faire bloc contre l’ennemi, et ce forum serait aussi un espace de pardon et de réconciliation nationale.
Mais en dehors de ce scénario idéal, tout autre dialogue politique ne ferait que mettre le conflit en veilleuse. Bientôt, d’autres Congolais seraient recrutés pour servir la même cause, sous de nouveaux prétextes.
Ces prétextes, le Rwanda les renouvelle sans cesse : tantôt il s’agit des FDLR, tantôt de la « protection des Tutsi menacés d’extermination », puis plus récemment de la revendication de prétendus territoires rwandais au sein de la RDC. Voilà la véritable cause du conflit, totalement étrangère à la gouvernance du pays.
Pour obtenir une paix durable, le Rwanda doit perdre cette guerre. Sur le plan diplomatique, la RDC est sur la bonne trajectoire. Les sanctions ciblées envisagées par les États-Unis, y compris contre Paul Kagame, pourraient accélérer les choses. La nervosité actuelle et les sorties médiatiques erratiques du président rwandais en sont la preuve.
Le moment est donc mal choisi pour brouiller les cartes avec un dialogue politique qui offrirait un répit à l’agresseur et à ses supplétifs. Ce serait leur donner du temps, alors que la diplomatie congolaise marque enfin des points. Chaque patriote congolais doit en être conscient : le dialogue politique, oui, mais seulement après que le processus diplomatique aura permis de recouvrer la totalité de notre territoire.
J’interpelle à cet égard nos pères spirituels, les évêques de l’ECC et de la CENCO. Ils méritent respect et considération, mais ces vertus se méritent aussi par la sagesse et la retenue. Le prestige de leurs fonctions exige d’eux l’exemplarité. Ils ne peuvent pas faire de la médiation une obsession, surtout lorsqu’une partie essentielle à ce dialogue les récuse. Persister dans cette voie les expose à la suspicion et risque d’entacher la neutralité de l’Église.
Défier de manière répétée le président de la République leur donne une posture plus politicienne que religieuse. Nulle part ailleurs, dans les pays en crise, on ne voit des confessions religieuses multiplier les voyages de capitale en capitale pour soutenir une démarche ouvertement rejetée par le Chef de l’État. C’est une erreur stratégique et symbolique.
Étant donné leur poids moral, un éventuel dialogue national ne pourrait de toute façon pas se tenir sans eux.
Lors de la Conférence nationale souveraine, Monseigneur Monsengwo avait été élu président des assises face à un candidat soutenu par le régime de Mobutu. Ce précédent montre que la crédibilité de l’Église s’affirme lorsqu’elle adopte une posture de réserve, non de pression.
Aujourd’hui, tandis qu’une lueur d’espoir se profile dans la guerre imposée de l’extérieur, il est impératif de taire nos querelles internes.
Nous devons préserver l’unité nationale et éviter d’exposer nos divergences à l’extérieur. Plus que jamais, la raison et le patriotisme doivent guider notre parole et nos actes.
Steve Mbikayi, député national et président du Parti Travailliste (P.T)