Le procès opposant le lieutenant-général Philémon Yav à l’auditeur général des FARDC, le lieutenant-général Likulia Bakumi Lucien-René, a repris ce mardi 17 février devant la Haute Cour militaire, sous la direction de son premier président, le lieutenant-général Joseph Mutombo Katalay.
Comme annoncé, la Haute juridiction militaire a fait comparaître en qualité de renseignant le lieutenant-général Sikabwe Asinda Fall, actuel directeur général d’Afridex (Africaine d’explosifs), ancien chef d’état-major de la Force terrestre des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et ancien coordonnateur des opérations dans la province du Nord-Kivu.
Cette comparution faisait suite à celle du lieutenant-général Constant Ndima. Lors de l’audience du 27 janvier 2026, ce dernier avait affirmé qu’au cours d’un voyage effectué aux États-Unis en 2022, dans le cadre d’une rencontre des chefs d’état-major africains, le général Sikabwe Fall aurait été approché par son homologue rwandais, le général Mubarakh Muganga. Celui-ci lui aurait fait part de la volonté de son pays d’éliminer certains officiers généraux congolais jugés « extrémistes ».
Interrogé par les juges, le lieutenant-général Fall a confirmé que le lieutenant-général Philémon Yav figurait parmi les six officiers que le Rwanda souhaitait voir neutralisés. Revenant sur le contexte de cette rencontre, il a expliqué que, durant les travaux de la réunion des chefs d’état-major des forces terrestres, une brève séance de pourparlers bilatéraux RDC–Rwanda s’était ouverte au sujet de l’invasion rwandaise à Kibumba.
Sur autorisation de la hiérarchie à Kinshasa, a-t-il précisé, un dialogue direct avait été engagé et avait duré toute la journée, aboutissant au retrait des troupes rwandaises. C’est au cours de ces discussions que le chef d’état-major des forces terrestres du Rwanda lui aurait ouvertement demandé que la RDC retire des opérations six officiers jugés « extrémistes », à savoir :
le lieutenant-général Constant Ndima ;
le lieutenant-général Philémon Yav Irung ;
le général-major Peter Cirimwami (décédé) ;
le général-major Sylvain Ekenge ;
le général de brigade Tshinkobo Mulamba Ghislain (décédé) ;
et le général de brigade John Chinyabuuma Kamukinde.
Selon le lieutenant-général Sikabwe Asinda Fall, le Rwanda aurait menacé d’éliminer ces officiers si la RDC ne procédait pas à leur relèvement des zones opérationnelles. Il a affirmé avoir immédiatement transmis cette information à la hiérarchie à Kinshasa ainsi qu’au gouverneur militaire de l’époque, le général Ndima.
Répondant à une question du ministère public sur son interprétation de ce message, le général Fall a estimé que la demande de relèvement de ces officiers s’inscrivait dans une stratégie de déstabilisation de la RDC. Il a rappelé, à titre historique, qu’à l’époque de Mzee Laurent-Désiré Kabila, le Rwanda aurait utilisé une stratégie similaire avant d’attaquer Kinshasa.
Questionné par la défense, le renseignant a déclaré que le général Philémon Yav serait « la bête noire » des autorités rwandaises depuis plusieurs années. Pour avoir défendu Kinshasa et d’autres positions stratégiques lors de différentes batailles, il serait considéré comme un « ennemi juré » du Rwanda.
Les avocats de la défense ont vivement exploité cette déclaration pour questionner la cohérence de l’accusation, s’interrogeant sur la manière dont un officier présenté comme ennemi du Rwanda pourrait aujourd’hui être qualifié d’allié de ce même pays.
En réaction, l’auditeur général Likulia Bakumi a soutenu que l’inscription du nom du général Philémon Yav sur cette liste visait à semer la confusion, affirmant qu’en réalité, il s’agirait d’un allié du Rwanda.
Pour rappel, le général Philémon Yav est poursuivi pour trahison et incitation des militaires à commettre des actes contraires à la loi. Il lui est notamment reproché d’avoir reçu et dissimulé un appel téléphonique du général rwandais James Kabarebe, dans lequel ce dernier aurait désigné le général-major Peter Cirimwami comme un obstacle à la mise en œuvre du plan rwandais de déstabilisation de la RDC.
ODN