La Haute Cour militaire a clôturé, lors de l’audience de ce mardi 19 mai 2026, l’instruction de l’affaire opposant le lieutenant-général Philémon Yav, poursuivi pour trahison et incitation des militaires à commettre des actes contraires au devoir et à la discipline, à l’auditeur général des FARDC, le lieutenant-général Lucien-René Likulia Bakumi.
Après la réplique du ministère public et les plaidoiries des avocats de la défense, la Haute Cour militaire a pris l’affaire en délibéré et promis de rendre son arrêt dans le délai légal.
Le premier président de la Haute Cour militaire, le lieutenant-général magistrat Joseph Mutombo Katalay Tiende, a ensuite accordé la parole au prévenu pour son dernier mot.
Le général Philémon Yav a commencé son intervention par une citation attribuée à un général français : « Ma vocation militaire est née de la passion et de l’obsession que j’aies pour mon pays ». Il a poursuivi en évoquant son engagement pour la défense de la République démocratique du Congo et l’avenir des générations futures.
« Suite à la passion et à l’obsession pour mon pays, la RDC, jamais, en aucun cas je trahirai ma patrie. Je demande à cette auguste Cour de rejeter tous les griefs mis à ma charge et de prononcer purement et simplement mon acquittement. Je le dis haut et fort : je resterai loyal au commandant suprême des FARDC, aux institutions de la République légalement établies et toujours disposé à servir corps et âme la patrie au sein des FARDC. Je suis innocent », a-t-il plaidé.
Le lieutenant-général Philémon Yav a également soutenu que les accusations retenues contre lui étaient infondées. Selon lui, il est victime d’une cabale orchestrée par certains officiers militaires.
« Trois ans et neuf mois, presque quatre ans, que je viens de passer en prison dans des conditions d’incarcération pénibles. Mais aujourd’hui, laissez-moi vous avouer que de tous les griefs mis à ma charge et qui ont conduit à mon arrestation, rien n’est vrai. Il s’agissait tout simplement d’une cabale dont j’étais victime », a-t-il déclaré.
Le général Yav estime que ces accusations sont intervenues après son remplacement de certains officiers à la tête des opérations militaires au Nord-Kivu.
Il a également retracé plusieurs épisodes de sa carrière militaire, notamment son refus, en 1999 à Goma, de rejoindre la rébellion du RCD-Goma. Il affirme ensuite avoir participé à la défense de Kinshasa face aux rebelles et à leurs alliés, avant de poursuivre les combats dans le Kongo Central.
Le prévenu a notamment évoqué la reprise de plusieurs positions stratégiques ainsi que la libération de Nkamba, siège spirituel de l’Église kimbanguiste.
« Si je n’ai pas trahi à cette époque, pourquoi je trahirais aujourd’hui ? Ces expériences sont des sacrifices pour la défense et la protection de l’intégrité de notre territoire », a-t-il soutenu.
Le général Philémon Yav a aussi expliqué l’origine de son surnom de « Grand requin », présenté par le ministère public au cours du procès. Selon lui, cette appellation est liée à son style de commandement au sein d’une unité spéciale formée à Kitona avec l’appui des alliés angolais.
Enfin, il s’est exprimé sur les territoires actuellement occupés par des groupes armés dans l’est du pays, se disant convaincu qu’ils seront reconquis.
« Pour moi, ce ne sont que des batailles perdues. Mais la guerre reste à venir. Tant que nous sommes encore vivants, nous allons les récupérer », a-t-il conclu.
Le lieutenant général Philémon Yav est notamment poursuivi pour trahison et incitation des militaires à commettre des actes contraires au devoir et à la discipline.
ODN