RDC : un professeur accuse le M23 de l'avoir nommé sans son accord et saisit la ministre de l’ESU pour être rétabli dans ses droits

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Le professeur docteur Bengeya Machozi Deo a saisi la ministre de l’Enseignement supérieur, universitaire, de la Recherche scientifique et des Innovations (ESURSI) au sujet de sa nomination par l’AFC/M23 dans un établissement public de Bukavu. Dans une correspondance datée du 26 août 2026, il affirme avoir appris cette nomination sur les réseaux sociaux, sans avoir été consulté ni sollicité au préalable.

Le professeur explique qu’il avait été nommé par les autorités de Kinshasa au poste de secrétaire général à la recherche au sein du comité de gestion de l’Institut supérieur du commerce (ISCBukavu). Selon lui, il se trouvait encore dans une zone contrôlée par l’AFC/M23 lorsqu’il a appris qu’il avait été désigné à ce même poste par le mouvement rebelle. Il dit avoir préféré ne pas écrire immédiatement à la ministre étant donné le contexte sécuritaire dans lequel il se trouvait.

"Il m'a semblé sage de ne pas vous écrire étant encore dans la zone contrôlée par l'AFC/M23. Étant en Suisse pour raison de l'Évangile, je vous rassure que je refuse l'offre de l'AFC/M23 et par ricochet vous prie de reconsidérer à juste titre ma situation aussi bien professionnelle que salariale", écrit-il.

Le professeur affirme également qu’il ne souhaite plus occuper de fonction au sein d’un comité de gestion. Il invoque notamment ses responsabilités ecclésiastiques ainsi que ses activités comme expert-comptable et membre de l’Ordre national des experts-comptables de la RDC. Il dit vouloir rester enseignant et chercheur.

Il est à rappeler que ceci est consécutif aux mesures prises par Kinshasa à la suite des nominations faites le 7 août 2026 par l’AFC/M23 dans plusieurs établissements publics d’enseignement supérieur et universitaire de Goma et Bukavu. Le ministère de l’ESURSI avait dénoncé ces désignations et les avait déclarées sans valeur juridique et administrative. Il avait notamment rappelé que les établissements publics d’enseignement supérieur restaient sous l’autorité des institutions légalement établies de la République démocratique du Congo.

Quelques jours plus tard, le gouvernement a également décidé de suspendre le paiement de 48 membres du personnel de l’ESURSI concernés par les mesures administratives liées à ces nominations. Selon la décision rendue publique par le ministère, ces personnes comprennent notamment 28 professeurs, 12 chefs de travaux et 3 assistants, ainsi que d’autres membres du personnel. La mesure prévoit leur retrait des listings de rémunération, dans l’attente de la suite de la procédure engagée à leur encontre.

Le gouvernement a par ailleurs suspendu, jusqu’à nouvel ordre, les activités académiques et para-académiques de l’année 2026-2027 dans 11 établissements publics de Goma et Bukavu. Cinq établissements sont concernés à Goma, notamment l’Université de Goma (UNIGOM), l’ISC, l’ISTM, l’ISTA et l’ISP. À Bukavu, la mesure concerne notamment l’Université officielle de Bukavu, l’ISC, l’ISTM, l’ISP, l’ISDR et l’ISAM.

Dans son arrêté, le ministère justifie officiellement cette suspension par la situation sécuritaire dans les 2 villes et indique qu’elle concerne notamment les inscriptions, les réinscriptions, les enseignements, les évaluations et les délibérations. Une dérogation a toutefois été prévue pour les étudiants finalistes de l’année académique 2025-2026 dont la formation n’a pas encore été achevée.

À travers sa correspondance, le professeur Bengeya Machozi Deo demande donc à la ministre de prendre en compte les circonstances dans lesquelles son nom a été associé à cette nomination. Il sollicite ainsi la reconsidération de sa situation professionnelle et salariale.

Isaac Kisatiro, à Butembo