Le président national du Cadre de concertation national de la société civile, Danny Singoma, et le coordonnateur national de la Nouvelle Société Civile Congolaise (NSCC), Jonas Tshiombela, se sont prononcés sur l’ordonnance présidentielle instituant le comité d’organisation du dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État.
Dans une interview accordée ce lundi 14 septembre 2026 à 7SUR7.CD à Kinshasa, Danny Singoma estime que cette ordonnance constitue une « étape » juridique vers la concrétisation du dialogue national et le lancement du débat officiel autour de ce processus.
« Cette ordonnance revêt une double portée : premièrement, elle confirme juridiquement la volonté du président de la République, Félix Tshisekedi, de concrétiser le dialogue. Deuxièmement, elle augure le lancement du processus de ce dialogue national. Cette ordonnance permet de lancer le débat officiel autour du dialogue. En politique, les surprises sont la règle. Au-delà des annonces faites lors du discours du 27 août 2026, il est possible qu’il y ait certaines innovations en vue. L’idée est là, mais elle reste encore théorique. C’est la désignation des personnes aux différents postes et fonctions qui permettra d’émettre un jugement. L’objectif prioritaire devrait être le retour à une paix intégrale et durable. La cohésion nationale et la refondation de l’État n’en sont que les corollaires », a déclaré Danny Singoma.
Le président national du Cadre de concertation national de la société civile souligne également que les inquiétudes liées à un éventuel partage des postes devront être appréciées à la lumière des termes de référence du dialogue.
« Des inquiétudes sont soulevées par certains en ce qui concerne un probable partage des postes. Si c’est pour la paix, pourquoi pas. Ce sont les termes de référence qui nous diront vers où nous allons et qui permettront de convaincre les uns et les autres. Comme évoqué précédemment, ce sont les termes de référence qui permettront de savoir si la transparence et la crédibilité sont garanties. La société civile doit être présente dans la phase préliminaire, la phase préparatoire, les consultations locales, le dialogue proprement dit et les mécanismes de suivi. Elle en est même la clé, pourvu que tout soit mis en œuvre pour garantir son sérieux, son inclusivité et l’opposabilité de ses conclusions », a-t-il ajouté.
De son côté, Jonas Tshiombela considère l’ordonnance présidentielle comme une « étape importante » permettant au processus d’entrer dans une phase opérationnelle.
« Notre première lecture est claire : nous saluons cette ordonnance présidentielle comme une étape importante dans la concrétisation du dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État. La Nouvelle Société Civile Congolaise considère que, face à la gravité de la situation nationale, il fallait passer des intentions aux actes. Le président de la République vient de poser un acte institutionnel qui permet au processus d’entrer dans une phase opérationnelle. Nous avons toujours soutenu le principe d’un dialogue national véritablement inclusif, conduit dans le cadre républicain et orienté vers l’intérêt supérieur de la Nation. Nous sommes donc favorables à cette initiative présidentielle », a expliqué le coordonnateur national de la NSCC.
Jonas Tshiombela estime toutefois que le soutien au dialogue ne constitue pas un « chèque en blanc ».
Il appelle à un processus axé sur les préoccupations nationales plutôt que sur le partage des responsabilités politiques.
« Soutenir le dialogue ne signifie pas donner un chèque en blanc. Nous attendons de ce processus qu’il soit un espace de vérité, de responsabilité et de propositions concrètes. La RDC ne peut plus se permettre un dialogue supplémentaire qui se terminerait par un simple partage de postes entre acteurs politiques. Le président de la République a lui-même clairement indiqué que l’objectif devait être de construire et de consolider l’État plutôt que de reproduire les arrangements politiques du passé. C’est précisément cette orientation que nous saluons », a-t-il souligné.
Sur la composition du processus, Jonas Tshiombela distingue le comité d’organisation de la représentation qui prendra part aux assises du dialogue national. Selon lui, le comité d’organisation doit essentiellement assurer les tâches préparatoires.
« Il faut d’abord distinguer le Comité d’organisation de la représentation qui sera retenue pour les assises proprement dites. Le Comité d’organisation a essentiellement une mission préparatoire, administrative, matérielle et logistique. Il ne doit donc pas être confondu avec la future architecture du dialogue national. Le président de la République avait annoncé que les modalités de représentation seraient précisées dans le processus qui suivra. Pour nous, le véritable test sera donc celui de l’inclusivité des consultations et des assises », a précisé Jonas Tshiombela.
Il souhaite notamment la participation de différentes composantes de la société congolaise, y compris celles issues des provinces.
« Nous voulons y voir la majorité, l’opposition, les organisations de la société civile, les confessions religieuses, les autorités coutumières, les femmes, les jeunes, les travailleurs, les universitaires, les entrepreneurs, les agriculteurs, les personnes vivant avec handicap, les professionnels et les autres forces vives de la Nation. La RDC ne doit pas être représentée uniquement par Kinshasa, les partis politiques et les élites. La RDC, c’est aussi le peuple des provinces, des territoires, des villes, des communes et des villages. Nous apprécions d’ailleurs l’orientation annoncée par le Chef de l’État selon laquelle le processus doit partir des provinces pour aboutir à Kinshasa. C’est une bonne manière de faire remonter la parole réelle des Congolais », a-t-il déclaré.
Pour la NSCC, les priorités du dialogue devraient notamment porter sur la paix et la sécurité, la cohésion nationale, la consolidation des institutions, la justice sociale, le développement, ainsi que les réformes institutionnelles et électorales.
Le président Félix Tshisekedi a signé, dimanche 13 septembre, une ordonnance portant création du Comité d’organisation du dialogue national. Ce texte ne convoque pas encore le dialogue, mais met en place la structure chargée d’en poser les premiers jalons.
Le comité aura notamment pour mission de définir les paramètres fondamentaux de ce dialogue et d’identifier ses besoins financiers, techniques, logistiques et sécuritaires. Il devra également proposer au chef de l’État les options nécessaires à la mise en place de la commission préparatoire.
Raphaël Kwazi