« Pays-solution » et « Africa Forward » : du concept à la mise en œuvre commune [Tribune]

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À Nairobi, la diplomatie congolaise a brandi son narratif fétiche de RDC « pays-solution ». Mais au-delà de la rhétorique, qu'est-ce que ce concept signifie réellement, et comment l'approche novatrice d'Africa Forward offre-t-elle, pour la première fois, une passerelle concrète pour sa mise en œuvre ? Alors que le FMI et la Banque mondiale confirment la trajectoire résiliente de notre économie, l'heure n'est plus aux slogans, mais à la concrétisation.

« Pays solution » : entre perspectives positives et difficultés de l’instant

Pour comprendre l'enjeu des discussions post-Nairobi, il faut analyser avec lucidité les forces et les faiblesses qui caractérisent la trajectoire actuelle de la RDC. Sur le plan macroéconomique, les signaux sont au vert. Les perspectives du Fonds monétaire international confirment que notre pays consolide sa position pour intégrer le top 5 des plus grandes économies d'Afrique subsaharienne. Cette dynamique est portée par une croissance du PIB que la Banque mondiale qualifie de résiliente, maintenant son cap malgré l'instabilité sécuritaire chronique dans l'Est et les chocs extérieurs.

C'est ce potentiel brut qui légitime le statut de « pays-solution », explicité à la tribune des Nations Unies par le président Félix Tshisekedi : « Nous voulons que le monde change de regard sur la RDC. Mon pays ne doit plus être vu comme un simple problème ou un réservoir de crises, mais comme un partenaire stratégique indispensable à la transition écologique mondiale. »

Au-delà de l'atout forestier du bassin du Congo, premier puits de carbone de la planète, ce positionnement repose sur la détention des ressources indispensables à la décarbonation globale.

Pourtant, ce tableau flatteur cache des fractures microéconomiques sévères que le pays doit encore surmonter. Le paradoxe congolais est brutal : notre économie croît, mais notre marché intérieur reste asphyxié par un taux de bancarisation inférieur à 15 % et un déficit criant d'accès à l'électricité qui paralyse l'arrière-pays. Jusqu'à présent, la mise en œuvre de ce statut de pays-solution est restée prisonnière des limites du modèle extractiviste traditionnel. Le sous-sol est riche, les chiffres d'exportation de matières brutes grimpent, mais le tissu industriel local ne suit pas encore. C'est précisément ce fossé entre la haute diplomatie des salons et la réalité industrielle de nos provinces qui retarde l'impact réel de cette croissance sur le quotidien des Congolais.

La nouvelle donne Africa Forward comme levier d'affaires

C’est face à ce défi de l'industrialisation et de l'accès au capital que les livrables du sommet de Nairobi offrent une opportunité stratégique inédite. Africa Forward a brisé les codes de la diplomatie traditionnelle en substituant au vieux tête-à-tête exclusif entre États un modèle élargi et pluripartite. En réunissant à la même table des dirigeants politiques, des fonds d'investissement et des leaders du secteur privé, le sommet a acté le fait que l'avenir économique du continent ne se discute plus à huis clos. Pour la RDC, cette configuration est majeure car elle coïncide avec la refondation de l'offre économique de la France.

Consciente de la perte de vitesse de son logiciel historique dans la région, Paris abandonne progressivement la logique d'aide publique au développement pour se repositionner en partenaire d'affaires via le co-investissement et le capital-croissance.

Le déploiement de la coalition AFIC (Africa Forward Investment Coalition), fer de lance de la coordination des 23 milliards d'euros d’engagements annoncés à Nairobi, introduit une approche financière clarifiée. Loin d’être un fonds public figé ou une aide déjà distribuée, cette enveloppe globale juxtapose des contrats commerciaux fermes déjà alloués à des partenaires africains et de lourdes lignes de garantie interbancaire prêtes à être activées.

Ce capital, mobilisé conjointement par les institutions françaises et de grands groupes privés africains et européens, cible le financement de projet et le dérisquage par la finance mixte. C'est un levier direct pour matérialiser l'ambition de transformation locale rappelée avec insistance par le chef de l'État : « Avec notre cobalt, notre coltan et notre lithium, la RDC est au cœur de la transition énergétique mondiale. Nous sommes un pays-solution, mais cette solution doit désormais bénéficier d'abord au peuple congolais par la transformation locale. »

Pour la RDC, ces milliards ne constituent pas un quota garanti mais une réserve de capitaux disponibles qu'il faut aller chercher de haute lutte. Les outils de Proparco ou de Bpifrance n'attendent désormais que la soumission de dossiers rigoureux pour débloquer des financements d'infrastructures lourdes, de logistique ou d'énergie décentralisée. C'est ici que le travail de réseaux comme le Congo Business Network, dirigé par Noël K. Tshiani, devient stratégique. L’enjeu est d’armer nos champions nationaux, de l'infrastructure énergétique avec Nuru à la fintech avec VaultPay, face aux standards exigeants de la finance internationale. En s'alignant sur ces critères de gouvernance, le secteur privé congolais s'ouvre une voie d'accès directe à ces flux financiers.

Pour que le pays-solution devienne une réalité industrielle, nos grands opérateurs, de concert avec des hubs comme Texaf Bilembo, Ingenious City ou Silikin Village, doivent faire preuve d'agressivité commerciale pour présenter des projets rigoureusement structurés. Si nous restons passifs, ces promesses d'investissements profiteront à des marchés africains plus agiles, et notre statut de géant économique en devenir ne restera qu'une promesse de plus sur papier.