RDC - Tribune : "Promesses non-tenues de libération de Samih Jammal : à quoi jouent les autorités ?" 

Publié mar 15/09/2020 - 13:29
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 Alors même que la procédure en appel a été reportée et malgré les promesses des autorités, Samih Jammal, l’un des co-accusés du procès des 100 jours, est toujours incarcéré dans des conditions rudes à la prison de Makala. Dans le contexte sanitaire actuel, l’entrepreneur libanais de 82 ans dont l’état de santé ne cesse de se dégrader s’est vu refusé toute demande de libération provisoire, la Cour de cassation se déclarant incompétente pour statuer. Cette décision avait suscité une grande incompréhension des avocats, quelques jours seulement après que cette dernière n’accepte de statuer sur une libération de son co-accusé Vital Kamerhe. 

M. Samih Jammal n’est pourtant pas au bout de ses peines : il semblerait en effet que les autorités souhaitent jouer avec ses nerfs, après lui avoir promis une libération à plusieurs reprises. Ces promesses à répétition n’ont cependant donné suite à aucune action concrète, puisque l’homme de 82 ans est aujourd’hui encore incarcéré à la prison de Makala. Selon plusieurs informations, il devait sortir la semaine dernière, ce qui n’a finalement pas été le cas pour des raisons inconnues. Samih Jammal attend donc toujours une autorisation de sortie de la part des autorités pour pouvoir bénéficier de soins urgents, étant donné son état de santé précaire.

L’un de ses avocats, le bâtonnier Mbu ne Letang Ntwa me Zo avait déjà fait savoir début juillet que son client souffrait de « maux de gorge, toux grasse, essoufflement et étouffement, douleur musculaire à la jambe gauche, insomnie et épigastralgie ». De tels symptômes devraient pousser les autorités à agir vite, mais ces dernières ont préféré mener un jeu trouble, et reporter la saisine de quelques semaines : il est scandaleux de réserver ce traitement à un octogénaire qui a servi la RDC depuis plus de 50 ans. 

L’entrepreneur libanais avait par ailleurs déjà sollicité une libération provisoire par le passé, mais pour des raisons toutes autres et qui ne concernaient pas son état de santé. Il avait en effet fait part de sa volonté de poursuivre son chantier de construction de logements préfabriqués, preuve de son engagement infaillible auprès de l’Etat congolais. Là encore, aucune autorisation ne lui avait été accordée. Pourtant parmi les 4500 logements prévus par le programme d’urgence du Président Tshisekedi et dont Samih Jammal avait la charge, 3000 sont destinés aux militaires et policiers congolais qui vivent aujourd’hui dans des conditions désastreuses. 

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, ces logements que la population congolaise attend avec impatience moisissent pour la plupart dans les ports nationaux ou voisins, sans personne pour les prendre en charge. De nombreuses images ont en effet circulé sur les réseaux sociaux ces derniers temps, montrant des containers bloqués dans le port de Lobito en Angola. A quoi jouent donc les autorités congolaises ?

Guillaume Lafargue, chercheur en relations internationales

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