LES NON-DITS DE LA RENCONTRE DE BRUXELLES

Vendredi 3 juin 2016 - 07:35

Tenir les élections en 2016, particulièrement la présidentielle devient presqu’hypothétique. De ce point de vue, une transition paraît tout autant inévitable. Qui la dirigera ? Quel sort sera réservé au président Kabila ? Des questions que des leaders de l’Opposition tenteront d’élucider dans la capitale belge.

Le Potentiel

 

         La rencontre de Bruxelles se précise. L’UDPS d’Etienne Tshisekedi, qui en est l’initiateur, tente à Kinshasa comme ailleurs d’amener les leaders de l’Opposition à adhérer à son projet. Des émissaires de Tshisekedi se sont déployés dans tous les sens pour réussir cette grande mobilisation.

Si on ne sait pas décrire avec précision la charpente de la rencontre de l’Opposition prévue du 8 au 9 juin dans la capitale belge, du moins des bribes d’informations ont commencé à filtrer dans l’opinion. A Bruxelles, il est signalé la présence d’une importante délégation du G7. Le Front citoyen et l’Alternance pour la République ont marqué leur accord, rapportent des sources concordantes. Jusque-là, les seules réticences proviennent de la Dynamique de l’Opposition qui semble avoir posé quelques préalables avant de répondre à l’invitation de l’UDPS. Mais, selon les derniers témoignages, les deux parties ne devraient pas tarder à harmoniser leurs vues.

A Kinshasa, des émissaires d’Etienne Tshisekedi y travaillent activement. En clair, la table ronde de Bruxelles devient de plus en plus imminente.

 

Qu’est-ce qui sortira de Bruxelles ?

De prime abord, l’’initiative de Tshisekedi a intrigué. Contrairement à la position qu’affichait une bonne frange de l’Opposition, Etienne Tshisekedi avait pratiquement pris la tangente en répondant favorablement à l’appel de la majorité au pouvoir pour la tenue d’un dialogue politique. Ce qui lui a valu de critiques acerbes dans les rangs de l’Opposition. Mais, tout en adhérant au projet du dialogue, Etienne Tshisekedi a multiplié des préalables retardant davantage la convocation de ce dialogue.

La nomination du facilitateur de l’Union africaine, le Togolais Edem Kodjo, n’a pas eu aucun effet sur l’intransigeance de l’UDPS, précipitant le dialogue dans l’impasse. Dans la Majorité, Tshisekedi passe pour le principal point de blocage.

Alors que la machine du dialogue peine à prendre de l’élan, c’est le moment qu’a choisi Etienne Tshisekedi pour lancer l’unité de l’Opposition. L’initiative de l’UDPS n’est pas fortuite. Elle tient à un schéma qui s’explique parfaitement au regard de l’enlisement du processus électoral.

Dans le contexte actuel, les observateurs les plus avertis sont d’avis que la Céni ne dispose plus de temps matériel nécessaire pour la tenue effective d’élections dans les délais constitutionnels. Vu sous cet angle, une transition s’impose à tous. A Bruxelles, la question sera à l’ordre du jour. Sur la table, Etienne Tshisekedi est prêt à soumettre le sujet tabou, à savoir l’éventualité de la mise en place d’une courte transition pour préparer en toute priorité et accalmie les élections afin d’assurer l’alternance au sommet de l’Etat, aux termes de la Constitution.

C’est prenant en compte cette éventualité que Tshisekedi a pris l’initiative de convoquer l’Opposition pour parler d’un seul langage lorsqu’il s’agira de s’engager dans cette transition. Ça sera l’un des thèmes majeurs de la réunion de Bruxelles.

En effet, de l’avis de l’UDPS, le président Kabila ne devait plus faire partie de ce nouveau décor institutionnel, par le fait de l’article 220 de la Constitution qui le met hors course pour un troisième mandat présidentiel. Tout comme, cette transition devait être la plus courte possible – soit 120 jours au maximum – avec pour seul objectif : l’organisation des élections essentielles, c’est-à-dire la présidentielle et les législatives nationales.

La difficulté majeure pourrait surgir au niveau du choix du principal animateur de cette brève transition. L’UDPS le prédit déjà. Aussi a-t-elle pris le devant en conviant les leaders des partis de l’Opposition à un débat ouvert et sincère. Au fond, avec une opposition unie, Etienne Tshisekedi entend amener l’Opposition à parler d’une seule voix. Kabila étant bloqué par la Constitution, l’Opposition devait, selon Tshisekedi, faire prévaloir son droit de gérer cette petite transition. L’arrêt de la Cour constitutionnelle, qui s’est limitée à interpréter l’article 70 de la Constitution, ne devait pas, se défend-on à l’UDPS, légitimer l’implication du chef de l’Etat dans la mise en œuvre d’un tel schéma.

Connaissant bien les habitudes de l’Opposition, on sait que la rencontre de Bruxelles ne sera pas facile à manœuvrer. Tout se jouera par le jeu de concessions. L’UDPS qui a toujours affiché la ligne dure lorsqu’il sera question de se répartir les tâches devra sûrement mettre de l’eau dans son vin pour ne pas faire  échouer la rencontre. Car, il faut dire que, de l’autre côté, la majorité au pouvoir ne se laissera pas faire. Sans doute, qu’elle va récidiver pour tirer à sa manière son épingle du jeu.

 

A tout prendre, la réussite de prochaines tractations de Bruxelles dépendra de l’attitude de l’UDPS. Si Tshisekedi affiche sa mine triomphaliste, comme il en a souvent l’habitude, il va hypothéquer une belle occasion de fédérer l’Opposition et de sauver le pays d’une impasse qui risque de déboucher sur un conflit armé. Bref, il ne pourra sortir quelque chose de consistant à Bruxelles que si l’UDPS et Tshisekedi acceptent de jouer à la conciliation et, pourquoi pas, à l’humilité avec ses pairs de l’Opposition, principalement ceux du G7, de la Dynamique de l’Opposition, du Front citoyen, de l’Alternance pour la République et bien d’autres.

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