RDC : alors que 1000 survivantes seront indemnisées en avril, Thésee-Aurore Makaba insiste sur la nécessité de la justice transitionnelle

7SUR7

Depuis 2020, le Fonds Mondial de Réparations pour les Survivant.e.s. des Violences Sexuelles est opérationnel en République démocratique du Congo. Ce projet pilote a pour objectif de montrer la faisabilité logistique et technique de la mise en œuvre des réparations dans plusieurs localités du pays. 

Thésee-Aurore Makaba, juriste et cheffe de projet du Projet pilote RDC du Fonds Mondial de Réparations pour les Survivant.e.s de violences sexuelles liées aux conflits, explique dans une interview accordée dimanche 28 mars 2021 à 7SUR7.CD  les avancées enregistrées grâce aux Fonds, les défis liés à la mise en œuvre d’un Fonds au niveau national, l’importance des réparations et l’urgence du processus de justice transitionnelle au pays. 

À la veille de l'ouverture de la table ronde sur la mise en place d’un Fonds National de Réparations pour les Survivant.e.s des violences sexuelles liées au conflit en RDC, elle appelle les parties prenantes à se focaliser sur le processus de Justice transitionnelle. 

Ci-dessous l'intégralité de l'interview 

7SUR7.CD : Quelles sont les avancées enregistrées en RDC dans le Projet-pilote du Fonds mondial des survivant e.s des violences sexuelles ?

Thésée-Aurore Makaba : En ce qui concerne le plan opérationnel, on est opérationnel depuis début 2020 et dans 3 provinces de la RDC : Nord, Sud-Kivu et le Kasaï-Central où on implémente des mesures individuelles des réparations.

On a déjà réalisé l'identification grâce à un comité de pilotage composé de la société civile mais aussi des survivant.e.s membre du mouvement, des membres du gouvernement congolais : organisations nationales et internationales. Plus de 1000 bénéficiaires ont été identifiés et vont recevoir à partir du mois d'avril des mesures des réparations individuelles. Je fais allusion aux mesures d'indemnisation, mais aussi des mesures des réparations sur le plan de soins de santé, psychologique et médical et d'accompagnement au niveau de la vie pour celle qui le souhaite. Et pour le réparation collective, cela va débuter au mois de mai.

Sur le plan geo-stratégique ou de plaidoirie, on a déjà réalisé plusieurs rencontres avec l'appui du mouvement national des survivant.e.s des violences sexuelles. Les différentes rencontres nous ont permis de comprendre les différentes initiatives au travers de la création d'un fonds national des réparations en RDC, de faire le diagnostic final pourquoi jusqu'à ce jour, nous n'avons pas de fonds national des réparations. 

7SUR7.CD : Actuellement on pense à la mise en œuvre d’un fonds des réparations national. Quels sont les défis de sa mise en œuvre ?

TAM : Il faudrait féliciter les efforts réalisés. On a le ministre des droits humains André Lite qui a initié un projet d'indemnisation en faveur des victimes des violences grave des droits internationaux des droits de l'homme en RDC. Ce projet est un premier en RDC qui englobe toutes les survivant.e.s des violences sexuelles mais aussi d'autres crimes de guerre et d'autres crimes contre l'humanité et permet d'octroyer les réparations administratives.
Le défi principal en soi, c'est la volonté politique qui manque. La conférence qu'organise va mettre en évidence les différents éléments nécessaires d'un fonds de répartition. Si le premier défi est une question liée à la volonté politique, le deuxième est celui du la manque de concertation entre les différentes parties prenantes. Le 3è défi est complètement géopolitique. Notre pays est tellement grand, le conflit est tellement profond aux multiples facettes. Le nombre des victimes se compte en milliers. C'est un grand défi qui va se poser dans l'implémentation du projet. 

7SUR7.CD : Pourquoi les réparations sont importantes ? 

TAM : Les réparations sont importantes parce qu'elles permettent aux survivant.e.s , aux victimes de se relever sur tout ce qui s'est passé dans leur vie. Une personne qui n'a jamais reçu de réparation est une personne qui n'a jamais été reconnue dans sa vie  qu'elle a été victime, qu'elle a subi quelque chose et que l'État est responsable. Que les faits aient été commis par les militaires des FARDC ou par des milices armées, l'État Congolais a l'obligation de protéger chacune de ses personnes. Les réparations viennent casser le cycle des violences. Elles permettent de créer une communauté sociale et rééquilibrer les rapports sociaux dans la communauté.  

7SUR7.CD : Quels rôles concrètement, la société civile et les médias doivent jouer pour la mise en œuvre du Fonds national des réparations ?

TAM : La société civile dans les réparations a toujours joué un rôle de contre-poids dans le sens où les réparations ne sont pas simplement le fait de l'État et doivent être accompagnées par la société civile qui est représentée par les organisations locales, associations des victimes, avocats, des experts en matières des questions sanitaires.  

Les médias vont jouer les rôles de relayer l'information et de faire parler les réparations. Il s'agit d'une urgence aujourd'hui. Nous sommes dans une société depuis que nous sommes nés on attend des conflits par ici et par là. Et nous sommes habitués à vivre  dans cette violence et on la trouve normale. Il faut que les médias nous amène à comprendre qu'il y a un problème et il faut qu'on nous adresse une solution. C'est une violence récurrente qui attaque toute la couche de la société. 

Il y a une partition qui doit être jouée par tout le monde. On ne peut pas relayer exactement le même message : le président ici, la première dame là-bas, à lorsque de l'autre côté le pays brûle. 

7SUR7.CD : Quels sont les impacts de l'absence ou du retard des réformes de la justice et de la sécurité en RDC sur la situation des violences sexuelles liées aux conflits ? 

TAM : Le président de la République avait annoncé que la RDC allait s'engager dans le  processus de justice transitionnelle. La justice transitionnelle est un ensemble des mécanismes qui permet à un État de passer d'un état de guerre (violations massives des droits de l'homme) vers un État pacifique (...). Réformer la justice, ce n'est pas le problème. Parce qu'on a un problème grave de corruption qui ronge l'État tout entier. Nous avons des auteurs très influents, ils ont le moyen qu'il faut, pourqu'il soit arrêté, c'est tout une procédure. 

Toutes les réformes qu'on est en train de tenter, je ne dis pas qu'elle sont vaines, je pense que le chemin du président de la République a montré au pays, c'est celui du processus de justice transitionnelle. C'est celui qu'il faut qu'on suive aujourd'hui. Qu'on  arrête de mettre les efforts dans tout ce qu'on est en train de faire, qu'on se focalise sur le processus de justice transitionnelle. Par qu'à la fin, les auteurs auront été jugés, les victimes auront reçu réparations, le secteur de la justice aura été réformée, les secteurs de la sécurité également. Pour moi, l'urgence est d'implémenter le processus de justice transitionnelle. 

 

Interview réalisée par Ange Makadi