
Toutes les entreprises minières privées et étatiques installées à Goma et à Bukavu ont été systématiquement pillées il y a peu par les RDF et leurs supplétifs du M23 et leurs stocks de minerais ont été emportés au Rwanda. Dirigée par l’Indien Dharam Kotecha, membre de la famille Kotecha, l’entreprise SOGECOM a échappé miraculeusement à cette razzia. C’est, du reste, la seule entreprise qui continue sans désemparer toutes ses activités. En plus, elle importe, sans inquiétude, des produits manufacturés par la frontière de Kamembe (Rwanda) et Bukavu (RDC). Pourquoi cette faveur et qui, dans la hiérarchie du M23, voire des RDF, joue à l’ange protecteur de SOGECOM pour l’épargner ainsi de la fatwa qui a frappé trente-huit des trente-neuf entités qui opèrent dans les 3 T, voire dans l’or, aux Nord et Sud Kivu ? La collusion M23-SOGECOM est avérée. La lettre du 21 mars 2025 du ministre national congolais des Mines adressée au secrétaire général de la CIRGL, basé au Burundi, est assez explicite à cet effet. Cependant, T.I.C (Tantalum-Niobium International Study Center), où siège Dharam Kotecha comme membre de l'équipe de la chaîne d'approvisionnement, se montre complaisante vis-à-vis du M23 dans son communiqué publié courant mars.
C’est un secret de polichinelle. Après la prise de Goma et de Bukavu en janvier-février 2025, les forces occupantes, à savoir les Forces de Défense Rwandaise (RDF) et leurs supplétifs du M23, ont procédé au pillage systématique de toutes les entreprises minières privées et publiques installées dans ces deux villes. Et le butin de leur razzia, on s’en doute, a été emporté au Rwanda.
Ce qui n’était qu’allégation a été finalement confirmé par le ministre national congolais des Mines, Kizito Pakabomba. Dans sa lettre précitée adressée au secrétaire général de la CIRGL, dont le siège est au Burundi, avec copie pour information aux autorités nationales et aux présidents du Comité régional de l’IRRN et du Comité d’audit de la CIRGL basés à Bujumbura et à Nairobi, le numéro un des Mines en RDC demande d’urgence l’ouverture d’une enquête et la prise des mesures conservatoires afin de prévenir l’exportation illégale des lots de minerais récemment pillés en RDC.
Au cours de la semaine du 10 au 16 mars 2025, souligne-t-il, les exportateurs des produits stannifères installés à Goma ont été victimes d’un pillage systématique relevant d’un vandalisme abject de la part des RDF et leurs supplétifs du M23. Au total, 174 467,1 kg de cassitérite, 7 445, 4 kg de coltan et 4748,1 kg de wolframite des Entités de traitement NBB & Frères, Congo Ressources Mining SARL, CDMC SARL, Kivu Mineral Ressources et SAKIMA SA se sont volatilisés. Soit au total 186 660,6 Kg de minerais en instance d’exportation et en attente, entreposés dans des lieux agréés et dont la RDC détient les preuves. Ces minerais ont été, au vu et au su de tout le monde, acheminés à Gisenyi, au Rwanda. Après Goma, l’opération s’est poursuivie à Bukavu où les mêmes entreprises, et bien d’autres, ont été mises à sac.
Les quantités de minerais pillés révélées par le ministre Kizito Pakabomba ne concernent que la ville de Goma et le sont à titre indicatif. Ceci d’autant qu’il est recensé, dans l’ensemble des provinces de Nord et du Sud-Kivu, 39 entités de traitement en matière des 3T + G. Mais, aussi curieux que cela puisse paraître, trente-huit d’entre elles, à l’exception de SOGECOM, ont été dévalisées systématiquement.
Pourquoi cette faveur ? SOGECOM jouit-elle d’une couverture du M23 ou les deux entités travaillent-elles ensemble ? Difficile de répondre. Mais, contacté par téléphone, un responsable de SOGECOM, qui n’a pas daigné décliner son nom, a accepté que son entreprise continue à s’adonner bel et bien à des activités minières à l’est de la RDC, aussi bien au Nord qu’au Sud-Kivu. Mais, à la question de savoir comment sa société a survécu au pillage qui a frappé de plein fouet toutes les autres sociétés minières, il a prétexté la mauvaise connexion téléphonique pour ne plus répondre aux différentes tentatives d’appels par la suite.
Entre-temps, T.I.C (Tantalum-Niobium International Study Center), un regroupement des 86 sociétés qui ont pour objectif de promouvoir les filières du tantale et du niobium, a publié, courant mars, un communiqué de presse dans lequel elle se déchaîne sur le Gouvernement congolais. Elle indique que la situation en RDC est dérangeante du point de vue de la sécurité et des moyens de subsistance des personnes affectées localement, ainsi que sur le plan commercial.
Et d’ajouter :
« les incursions continues du M23, leur contrôle des sites miniers et des routes commerciales, en combinaison avec l'approche indisciplinée du gouvernement de la RDC, n'augurent pas bien de l'attente d'une solution raisonnable de sitôt ».
Cela étant, l'approvisionnement responsable de la région ne fera que devenir plus difficile et compliqué à l'avenir.
Selon des milieux proches du dossier, le Gouvernement congolais dénonce l’attitude de T.I.C de vouloir faire une équivalence entre les actions du groupe armé non gouvernemental M23 et celles de l’exécutif légitime et démocratiquement élu du Congo. Il stigmatise son communiqué qui semble insensible aux pertes de vies liées à cette crise en ce qu’il met principalement l’accent sur l'importance d'obtenir des matières premières. Aussi, il fustige le fait que ledit communiqué soit signé par M. Dharam Kotecha, qui est la filiale de SOGECOM, le seul exportateur agréé des trente-neuf entités qui opèrent dans le Nord et le Sud Kivu et dont les minéraux n’ont pas été saisis par le M23. L’on évoque également des reportages crédibles qui expliquent que l’entreprise indienne n’a pas été touchée du fait de sa liaison avec certains généraux du M23 et d'autres hauts fonctionnaires militaires qui, en vertu du droit congolais et international, fait d’elle un collaborateur.
Un autre signataire du communiqué de T.I.C qui n’est pas le bienvenu auprès du Gouvernement congolais, c’est Mme Candida Owens. Elle est présentée comme le financier de Mineral Supply Africa, une entreprise dont les Nations Unies reconnaissent le rôle principal en matière de recel des minéraux congolais au Rwanda. Faisant partie du Group Company, elle avait, en plus, sollicité un partenariat avec James Kabarebe, le Général rwandais récemment placé sous les sanctions américaines pour son activisme avec le M23.
Le Gouvernement congolais apprécie à leur juste valeur les bonnes relations de travail qu’il a eues avec T.I.C par le passé. Mais, il trouve déconcertante la légèreté avec laquelle cette organisation s’adresse à lui, tout en ménageant un groupe rebelle sans loi ni foi qui tue, sans le moindre scrupule, de milliers de Congolais à l’image du carnage de Goma et pille cyniquement les minéraux du Congo, ce qui constitue des crimes de guerre. Il se réserverait ainsi le droit de demander des explications, surtout que jusque-là, ni T.I.C, ni ITSCI, se sont attelées à la moindre diligence, donnant ainsi libre cours aux RDF et M23 d’opérer aisément.
Toutefois, la RDC fait savoir qu’elle reste une source vitale d'approvisionnement en 3T des entreprises membres de T.I.C et que, par conséquent, il est de bon aloi que son soutien réel se traduise par la condamnation du pillage des minéraux dans les Nord et Sud-Kivu en tant que crime de guerre, reconnu aussi bien par le droit international que le droit positif congolais. Il n’écarte pas l’éventualité de poursuivre toutes les organisations tierces, à l’instar d’ITSCI qui continue d’étiqueter les minéraux au Rwanda, si jamais il est prouvé qu'elles se sont engagées à légitimer frauduleusement les minéraux provenant du M23.
Pour mémoire, les minerais de SOGECOM sont vendus à l’international via Halycyon Inc, entreprise liée à ITSCI. Elle s’approvisionne également au Rwanda. Il est donc du devoir de toutes les entreprises liées à SOGECOM de rester très regardantes sur son implication dans les crimes de guerre commis par le M23 et ses complices des RDF.
Paul Paluku Kambale